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L’amphi K est plein d’une jeunesse remontée, joviale et attentionnée. Les intervenantes égrènent les évidences d’une sélection qui ne dit pas son nom. Ça fait un bail que les gens de pouvoir n’appèlent plus les choses par leur nom; question de tact. La « loi orientation » instaure le principe de « la fiche avenir », nouvelle référence d’aiguillage des lycéens qui remplace de fait l’épreuve du BAC, lequel reposait sur un niveau de connaissance uniformément évalué. La réputation du lycée devient prépondérante pour l’admission à l’université, et comme le lycée dépend fortement du quartier d’habitation, le résultat est une « ségrégation sociale des étudiants », rage l’un d’eux. Une prof ajoute : « Il y a en plus l’autocensure : le lycéen se réoriente en fonction des représentations de lui-même que le corps enseignant lui suggère. »
L’équation de la sélection est simple : 30 000 étudiants supplémentaires, 345 millions d’euros retranchés au budget d’ universités déjà exsangues. Pour y parer, « ce que je suggère c’est qu’on nous donne beaucoup parce qu’on fera encore mieux », revendique une enseignante habituée à faire tout ce qu’elle peut avec peu. Et quand l’État offre autour de 5 milliards d’euros à des rentiers ou actionnaires qui n’investiront le reliquat qu’à leur gré, « donner » aux universités est juste un choix politique.
Dans sa stratégie du laissez-faire ultra-libéral, le président Macron n’a pour stratégie industrielle que la galvanisation des start-up et la réduction des couts salariaux et fiscaux pour attirer les entreprises étrangères. Des pans entiers d’industrie lourde ont sombré devant le regard hagard des politiciens. Ainsi le ministre de l’économie Macron Emmanuel a-t-il assisté à la cession de la branche énergie d’Alstom aux américains de General Electrics. Une broutille, au vu de la filière d’avenir que représentent les énergies alternatives.
Un intervenant extérieur prend la parole : « La vie en logistique c’est trois ans; toutes des femmes qui finissent les vertèbres bousillées. Amazon s’apprête à implanter son plus grand centre européen; on a besoin de chair fraiche… ». L’ouverture du centre n’est pas vérifiable, mais le scénario se prête bien au paysage économique français. Perspectives flamboyantes pour les informaticiens, les financiers et autres mathématiciens ambitieux. Attirer à tout prix des unités de production et de service dont on ne maitrise en rien ni la nature ni la pérennité. Emplois d’aide à la personne dans les conditions d’EHPAD que l’on connait. Avec un panel de métiers toujours plus réduit, aucun plan d’investissement de la puissance publique qui donne un tant soi peu de visibilité d’avenir, pourquoi continuer à former des étudiants ?
Au Congrès de Versailles en Juillet, le président avait prévenu : l’efficacité ne rime pas nécessairement avec justice. Reste à savoir si les calculs d'épicier mènent à la "grandeur" d'un pays.