Victoire de Trump, joie du FN et ses limites

En bonne élève opportuniste, Marine Le Pen a été prem's pour féliciter son "semblable". Le tentant parallélisme entre France et USA en vue des élections 2017, qui n'épargne personne, mérite d'être relativisé.

Pour parfaire la réaction bleu-blanc-rouge, citons le FN Louis Alliot au micro de France Inter, pour qui l'élection de Trump prouve que "la liberté d'expression est totale en Amérique". Et d'affirmer, sans craindre la contradiction, "qu'il ne faut écouter ni les sondeurs, ni les politiques, ni les médias ". Les médias sont muselés, mais "la liberté d'expression est totale", de là à conclure que Louis Alliot situe la liberté d'expression dans la possibilité de se faire élire en injuriant les femmes, en assumant un langage xénophobe et vulgaire… il n'y a qu'un pas.

Las Vegas, faux-semblants architecturaux © Mark Baugé Las Vegas, faux-semblants architecturaux © Mark Baugé

                                                                  

                                                           Le parallèle xénophobe

"There are 2 million people criminal aliens in our country… Day one, my first hour in office, those people are gone."
Autrement dit, les étrangers illégaux sont tous des criminels, il seront expulsés au premier jour.
Il poursuit : "And you can call it deported if you want." Que certains y voient une allusion nostalgique aux camps de concentration hitlériens, ça ne dérange pas Donald Trump. L'essentiel est qu'ils votent pour lui, quitte à propager et banaliser des sentiments de haine.

Le FN n'est pas dépaysé. À une nuance près : avec l'affaire du "détail de l'Histoire", Le Pen père proférait des horreurs à son compte. Trump les garde pour ses électeurs extrêmes. Reste à mesurer l'impact électoral de ces propos.

Aux États-Unis, le flot d'immigration est quasi continu depuis des décennies, pour répondre à des besoins de main d'oeuvre sous-qualifiée (ou hyper-qualifiée), mais aussi du fait d' une réelle capacité d'accueil dont les germes sont à chercher dans l'origine historique migratoire des américains, sans vouloir l'idéaliser (http://www.laviedesidees.fr/Une-terre-d-opportunites-mais-pour-qui.html). L'expropriation massive de millions de petits paysans mexicains, en lien avec une monoculture industrielle importée et imposée, explique en partie la latinisation du sud des États-Unis. Dans des régions entières (à Miami, 60% sont d'origine latine) les effets sont flagrants : la langue espagnole devient prépondérante, avec le cortège de médias associés… Sur ce terreau d'une transformation très rapide, on saisit l'impact que peuvent avoir chez certains électeurs les déclarations de Donald Trump. Les craintes de la population, justifiées ou non, reposent sur une réalité palpable, du moins dans les états du sud des USA.

En France, le FN a délaissé (sans la renier) la vieille antienne de "l'immigré qui prend le travail des français", trop éloignée des faits réels, pour la rhétorique anti-musulmane, alimentée par les attentats de l'EI. L'image de la femme voilée se multipliant dans l'espace public matérialise l'angoisse entretenue d'une religion-culture musulmane qui mettrait en danger la culture, la république, la laïcité françaises.
 
Il en résulte un fantasme indifférent à la réalité vécue : nul besoin de croiser des femmes voilées pour s'y perdre. L'angoisse post-attentats, l'omniprésence médiatique de certains intellectuels, suffisent à justifier tous les amalgames, occultent la source des problème réels et complexes, dont la nature est territoriale et politico-historique, avant d'être religieuse ou culturelle. La xénophobie ne s'applique pas à une population immigrée, mais à une population française et francophone depuis une ou plusieurs générations, à qui l'on invente des comportements "communautaires" .

Couper l'herbe au FN consiste d'abord à enrayer la fabrique des faux problèmes.

                                                          L'anti-système oligarchique

Nouveau venu de la politique, Donald Trump a réussi à s'ériger en pourfendeur d'un système corrompu, extérieur à lui. Avec sa stratégie de relance par les grands travaux, empruntée a Roosevelt, il prend à rebours son camp républicain. L'anti-système serait donc au dessus des partis, autofinancé, immaculé. Une posture qui a payé dans les urnes.

Le FN parvient à se poser en redresseur des systèmes corrompus, "contre la mafia" à Hénin Beaumont… Les élus communaux FN (Le Chevallier à Toulon…) ont pourtant démontré leur capacité en népotisme, clientélisme clanique, condamnés par la justice. Plus récemment, les financements du FN par la russie, ont " mobilisé une galaxie d'intermédiaires et d'oligarques " selon Mediapart.

Du côté de l'Afrique, Robert Bourgi, émissaire officieux, affirme avoir ramené au FN une valise de billets du président gabonais Omar Bongo pour la campagne de 1998, Bongo finançant selon lui "les autres partis" également.
Marine Le Pen n'oublie pas de condamner la Françafrique, "cette corruption généralisée de nos élites respectives". Récemment, Louis Aliot a dénoncé le soutien de la France à Sassou Nguesso après son coup d'état constitutionnel au Congo, défendant l'opposant Kolelas; le FN entretient à peu de frais une crédibilité sur le terrain de la gauche anticolonialiste.

Parallèlement, Samuel Maréchal dirige un cabient de conseil en Finance implanté dans 12 pays africains... les business de la "famille" FN n'attendent que la prise de pouvoir pour s'épanouir. En outre, selon l'association SURVIE, "le rejet de la Françafrique sert à appuyer son idéologie anti-immigration", c'est à dire prétendre laisser se développer l'Afrique pour bloquer les entrées de migrants.

Le FN, qui se comporte comme un poisson dans l'eau dans les méandres du système politico-financier, développe des systèmes claniques voir maffieux dès qu'ils ont obtenu des mairies, fait tout pour se poser en incorruptible. Un mythe de plus à défaire.

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