Covid-19 : Dépistage minimal, mortalité maximale

Nostradamus l'a annoncé d'une voix mielleuse : ce serait le 11. Avec un dépistage piano-piano. C'est un peu comme si la France n'avait pas le privilège de l'Allemagne et de la Corée du Sud, ou que le bon sens était réservé aux simples mortels.

« Dans les prochaines semaines, nous allons continuer d’augmenter le nombre de tests chaque jour ». Emmanuel Macron ne rajoute pas “en freinant des quatre fers“, mais il aurait pu. À eux seuls les laboratoires publics départementaux attendent depuis le 15 mars l’autorisation de produire de 150 000 à 300 000 tests par semaine. Ils ne l’avaient toujours pas la semaine dernière, peut-être l’ont-ils eue, au compte-gouttes, depuis ? « On nous répète, depuis, que le dossier est à l'étude », s’égorgeait un responsable.

Pour les laboratoires qui ne sont pas habilités, mais qui ont fait l’effort de se mettre aux normes, le ministre de la Santé encadre les analyses par un « partenariat » organisé avec un laboratoire de biologie médicale qui « garantira la bonne réalisation des opérations et le respect des normes et bonnes pratiques ». Vu l’enthousiasme initial des autorités, un ou deux mois de perdus, agrémenté d’un langage bureaucratique pseudo-rassurant, on peut craindre que l’encadrement se résume à un frein supplémentaire.

Macron le jure, « le 11 mai, nous serons en capacité de tester toute personne présentant des symptômes ». Vœux pieux, aucun chiffre à la clé, et dramatiquement insuffisant : de nombreux médecins rapportent des cas d’aggravation subite avant l’apparition des symptômes. La désinvolture, ou le j’men-foutisme de ces irresponsables de pouvoir continuera de provoquer des morts qui auraient pu être évitées, c’est statistiquement indéniable, difficilement quantifiable - c’est ce qui les protège peut-être juridiquement – c’est ce qui les condamne moralement de manière définitive.

Le dilemme du dépistage massif

Le dépistage massif était possible dès avril avec une production locale. Une aide de l’Allemagne, qui maitrise l’épidémie, reste envisageable comme le suggère Philippe Douste-Blazy. S’il était mis en œuvre, quelques plans sur la comète risqueraient cependant de s’évanouir. Comment justifier le « tracking » des personnes par les données GPS de nos smartphones ? Sa fiabilité est tellement aléatoire que son effet préventif de l’épidémie est contestable. Le pic de contagion est en ce moment, donc c’est maintenant que le test est susceptible de sauver des vies : il n’est pas implémenté. Et il est évident que les gens ayant besoin de travailler ou de garder leur job n'auront d'autre choix que de se laisser traquer. Que les données restent anonymes n'y change rien. C'est une étape liberticide qui en appellera d'autres.

Par un merveilleux hasard, l'Alliance ID2020 (créée en 2015) où se trouvent notamment Microsoft (Bill Gates et sa fondation pro-vaccination n'est pas très loin), the "Vaccin Alliance" et la fondation Rockefeller, "construit un nouveau modèle mondial pour [...] la mise en oeuvre de solutions et technologies d'identification numérique...". Il faudrait être un complotiste invétéré pour s'imaginer que des philanthropes aussi désintéressés et fragiles que Bill Gates et Rockefeller instillassent la moindre pression financiaro-politique pour voir aboutir leur vision à la faveur du Covid-19.

 

Alliance ID2020 Alliance ID2020

 

Objet de l'alliance ID2020 Objet de l'alliance ID2020

 

L’autorité de Santé en est presque fière : les tests ne sont pas “automatiques“ ; c’est le moins qu’on puisse dire. Même à l’hôpital le test n’est pas systématique. Combien de morts sont comptabilisés “Covid-19“ par erreur ? Difficile à dire, mais il y en a, c’est « automatique ». Le critère est des plus ouverts : la toux et la fièvre, et la notion subjective de « difficultés à respirer » correspondent à plusieurs grippes saisonnières, ainsi qu'aux divers cas de pneumonie que l’atmosphère confinée des habitats vétustes pleins de moisissure ne doit pas arranger. En 2013, 1000 personnes par mois sont mortes de pneumonie en France. C’est déjà potentiellement 10% d’erreur sur l’affectation des victimes du Covid-19.

depistage-pas-systematique

Un dépistage massif suppose que l’on sache où se faire dépister. Or depuis le confinement, de nombreux médecins sont aux abonnés absents, de nombreux centres de santé sont fermés, notamment dans les zones de dense population où l’épidémie se répand le plus vite. Ça suppose de communiquer sur ces questions. Vous avez beaucoup lu, ou entendu des communiqués de la Santé sur l’accessibilité de la médecine de ville ? Moi, non. C’est un problème gigantesque. Combien de personnes sont arrivées à l’hôpital avec les poumons atteints à cause de cette carence ? Combien en meurent, combien s’en sortent mais restent longtemps à l’hôpital ? Des traitements classiques existent, les antibiotiques par exemple, qui évitent de finir à l’hôpital. Sur LCI, le Dr Philippe Juvin de l'hôpital Pompidou annonce déjà qu'une "deuxième vague" de patients "qui se sont mal traités" va arriver.

Entendu à la radio un communiqué de santé publique : « … si votre cas s’aggrave, appelez le 15 ». Si je voulais augmenter le nombre de morts par le Covid-19, et gonfler artificiellement les chiffres Covid-19, je n'agirais pas autrement. La mairie de Paris affiche que "Tout usager indiquant « j’ai du mal à respirer » doit appeler le 15", et précise depuis peu que "cinq centres de santé sont mobilisés sur l’accueil des patients Covid-19". Cinq centres sur 18 arrondissements?

Depuis le début du confinement les opérations chirurgicales « non urgentes » sont reportées sine die. Combien sont devenues urgentes depuis ? Combien de personnes meurent d’autre chose que du coronavirus pour manque de soins ?

Un urgentiste anonyme affirme qu’il n’a jamais été aussi peu actif à l’hôpital que depuis la crise, comme si les patients habituels avaient disparu. Son témoignage est tellement renversant qu’on en vient à douter. Mais s’il dit vrai, on comprend qu’il reste anonyme. Nous sommes des otages. Un otage ne sait pas ce qui se trame à l’extérieur. Toutes les actions et paroles des dirigeants suscitent la méfiance. Les médias ont tellement laissé dériver la situation qu’on ne sait pas ce qu’ils nous cachent. Nous serions quasi aveugles sans les informations et analyses provenant des citoyens lambda.

 

Covid-19 : Témoignage d'un urgentiste d'hôpital français © georges

Il faudrait que d’autres médecins témoignent de ce qui se passe. Un bon moyen pour rester anonyme est qu’ils fassent passer leur message par une connaissance abonnée à Mediapart, dans la zone commentaire de cet article ou d’autres. Peut-être existe-t-il un hashtag twitter dédié ?

L’État peut très bien revenir sur la date du 11 mai. Le Figaro le laisse déjà supposer, Éric Woerth nous y prépare. Le prolongement du confinement est très dangereux - pour la santé mentale et physique des personnes fragiles ou seules, pour les familles précaires, pour la morbidité qu’entraînera la crise économique. Un certain nombre de régions peu touchées pourraient être dé-confinées bien avant le 11 mai ; l’idéal serait bien sûr que ces régions disposent de masques, de tests en quantité, de traitements efficaces. Tout ce que ce gouvernement ne fournit pas, ou si paresseusement.

Malgré la gestion calamiteuse de l’épidémie et le mode de comptage anarchique, le nombre officiel de décès du Covid-19 reste inférieur aux mortalités grippales des années 2009, 2013 et 2015.

Les professions en première ligne, les régions, les élus, les petites entreprises, les citoyens ont leur mot à dire sur cette « stratégie » de sortie du confinement.

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