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Billet de blog 21 mars 2020

Coronavirus – Incurie gouvernementale prélude à la Triple Peine

Acte I : “Modernisation“ de l’hôpital public. Acte II : Politique de santé publique désastreuse face au Covid-19. Acte III : Décisions précipitées, confinement sans discernement, atteinte sans précédent aux bases de la démocratie. La morbidité économique résultante nous pend au nez.

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Pendant que les épidémiologistes de la garde présidentielle échafaudent les pires cas, « 300 à 500 000 morts », c’est scientifique croyez-en la Sainte Vierge, l’édition Libération du lundi démontre que le pire n’a pas de limites. Deux infos en Une :

« MUNICIPALES Abstention record et poussée verte » + « Coronavirus L’ÉTAT D’INCONSCIENCE ».

Tout va très bien Monsieur le marquis Laurent Joffrin, les anciens qui ne sont pas allés voter - terrorisés par l’annonce du samedi - sont à ranger parmi les abstentionnistes d’une élection des plus démocratiques, et par-dessus le marché (où des « foules » de français continuent de se ruer, s’étrangle le marquis) le journal culpabilise les français, c’est-à-dire qu’il escamote l’inexplicable incompétence sinon pire, les pires s’empilent, du gouvernement Edouard Philippe.

Une découpée de Libération du lundi 16 mars 2020.

Prévisible Débandade

Au plus fort de l’épidémie chinoise, le vent mauvais se ressentait déjà dans les communications lénifiantes de l’OMS et du Ministère de la Santé, pour qui la situation n’était pas à l’urgence. Niveau 1, niveau 2, niveau 3, ces seuils d’alertes bureaucratiques ne veulent rien dire. N’importe quel gouvernement un peu sérieux aurait paré aux nécessités les plus évidentes et les moins couteuses : équiper les populations à risque, personnel soignant en premier lieu, de masques de protection adéquats. Les masques basiques pour limiter l’émission du virus par les porteurs, les masques FFP2 pour protéger les personnes exposées ou fragiles. Le port de masques n’est pas notre culture, contrairement aux asiatiques noyés dans leur pollution. Le virus arrivant, une politique d’incitation simple consistait à distribuer des masques aux bouches de métro, aux arrêts de bus et dans des entreprises bien ciblées, à en expliquer les différents usages. L’approvisionnement aurait dû être piloté par les ministres de la Santé et de l’Industrie, pour lesquels il suffisait de gérer quelques priorités peu couteuses, ou si besoin de mobiliser quelques intelligences.

Le personnel hospitalier commence tout juste à être équipé, on nous apprend que les médecins libéraux ont tous la grippe, et aucune distribution de masques n’est organisée auprès de la population. Les infirmiers indépendants qui s’occupent de personnes âgées n’ont l’obligation de porter un masque que depuis le 17 mars. Nous sommes confinés sans protection, ce qui augmente le premier facteur de risque : la propagation en milieu familial. Les parisiens fuient sans protection vers la Bretagne en toute hâte, va-t-on nous annoncer que l’épidémie est montée en flèche dans l’ouest ?

La moitié des régions métropolitaines sont modérément touchées, le confinement-panique aurait pu être appliqué avec discernement et gradation pour maintenir une activité économique minimale et maintenir un semblant de libertés. Le gouvernement fait comme si la France était un monolithe. Les statistiques disponibles sont au mieux à l’échelle de la région, quand on les trouve. J’ai appelé le numéro vert Cvid-19, qui m’a renvoyé au ministère de la Santé au 01 40 56 60 00, qui m’a renvoyé au numéro vert, j’ai tenté l’Intérieur au 01 49 27 49 27, aucun interlocuteur ne savait où trouver les données. Pas moyen de savoir le niveau de contagion dans l’endroit où nous sommes confinés. Un seul mot d’ordre, la « distanciation sociale ». Avec ou sans masque ? La pharmacie de mon quartier ne peut toujours pas m’en fournir, ce sera donc sans. Je dois bien faire les courses et côtoyer des péquins, j’ai une personne fragile à la maison, nous sommes nus.

La 6ème puissance économique se noie dans un verre d’eau

Une amie d’ami s’est déjà prise une amende en marchant dans son patelin, agent trop zélé ou citoyenne indisciplinée ? Allez c’est pour la bonne cause, ça vaut bien une punition. Quel cataclysme provoque cette abrupte régression digne du couvre-feu imposé jadis par les adeptes de la croix gammée ou les chemises noires, aujourd’hui par les fonctionnaires de police ? Non par la peste noire, mais par une grippe plus virulente et contagieuse que la moyenne, qui aurait fait plus de 3000 morts en Chine.

Aux hivers 2009 et 2013, la surmortalité grippale a entrainé 15000 décès en France, 18000 en 2015 et plus de 12000 les deux dernières années, sans impact notoire sur le pays. Sachant que le taux de mortalité est de 0,2% à 0,5% en moyenne, notre société a su gérer de 5 à 9 millions de malades en un seul hiver.

Mortalité des épidémies de grippe depuis 2009. Données de l'agence Santé Publique France

Certes, l’argument phare des autorités est l’engorgement des services de réanimation, car la spécificité du Cvid19 est qu’il entraine chez les personnes prédisposées, généralement âgées, une fibrose pulmonaire et donc une insuffisance respiratoire. Mais cette insuffisance est induite par d’autres virus grippaux, que ce soient des formes de coronavirus comme il en existe depuis des décennies, ou d’autres souches mutantes. Le bilan édité par l’autorité de santé publique indique ainsi que cette année, la souche H1N1 représente 21% des cas graves, hors coronavirus. Or, selon un rapport d’expertise, entre 60% et 80% des cas graves liés au H1N1 qui a particulièrement sévi en 2009, auraient provoqué un syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA) « touchant des sujets sans aucune comorbidité ce qui fait la gravité et la crainte de cette grippe ». Autrement dit, ce sont des symptômes très similaires à ceux du Cvid19 qui touchent parfois les jeunes sans antécédents particuliers, tout comme le H1N1. Une différence est peut-être le taux de mortalité incident supposé supérieur, mais certaines sources disent que les populations sino-asiatiques sont plus sensibles au virus que le européennes, c’est donc à confirmer avec recul et comparatifs précis avec les bilans de 2009. La contagion est favorisée par un temps d’incubation plus long, mais les services de santé donnent un délai variant entre trois jours (temps standard) et quatorze jours, sans plus de précision, nous ne savons donc pas dans quelle mesure se situe la différence de probabilité de contagion.

Sachant qu’en 2009 il y a eu en France 15000 morts - donc des millions de personnes contaminées - à cause de la pandémie d’ampleur mondiale de H1N1, et qu’il n’y a pas eu de saturation des services de réanimation, c’est très étonnant que notre système de santé soit déjà en surchauffe alors que le nombre de contaminés « confirmés » et de décès annoncés sont actuellement de 12612 et 450. Voici deux semaines, le professeur infectiologue François Bricaire, ancien chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et membre de l’Académie nationale de médecine, affirmait que « l’épidémie de Covid-19 sera comparable à une virose saisonnière ». Serait-ce donc la “modernisation“ de l’hôpital public menée tambour battant depuis 20 à 30 ans et accentuée sous l’ère Macron qui serait le problème essentiel, et non le CVID19 lui-même ? Il est évident que la réduction des lits et du personnel de soin est une cause majeure de la crise. Nous ne disposons cependant pas des chiffres nécessaires.

Juin 2019. Hôpital de Mâcon en Grève.

Les français désormais assignés à résidence ont tout le temps de les étudier : combien de places de réanimation existent, quelles sont les places libres par hôpital, par département, par région, nationalement, aujourd’hui ? Qu’en était-il en 2009 ou en 2015 au plus fort de la crise ? Il faudrait en outre savoir ce qu’il y a derrière la « réanimation ». L’assistance respiratoire se répartit entre une « Oxygénothérapie à haut débit », plus simple et sans les risques d’infection des « ventilations invasives ». Ces informations peuvent jouer par exemple, sur la lourdeur d’installation des hôpitaux de campagne installés si besoin par l’armée. Les citoyens à qui l’on demande d’obéir à des décisions précipitées ou planifiées, et de produire une attestation à chacun de ses déplacements (promener trois fois son chien requiert en théorie d’imprimer trois feuilles différentes, donc d’avoir une imprimante, de l’encre et des stocks de papier A4) ont le droit de savoir dans le détail qui leur convient, les raisons de l’abnégation qui est exigée d’eux par les services, payés par le contribuable, du Ministre Castaner.

L’incompréhensible « saturation » des services de réanimation

Sans l’aide des standards téléphoniques de l’État on finit par trouver des données officielles, partielles et disparates, sur le site de Santé Publique France. Les chiffres pandémiques nationaux et mondiaux sont donnés au jour le jour, et les « précédents points épidémiologiques » sont disponibles en fichiers pdf depuis le 10 mars. La fameuse courbe d’évolution des cas confirmés de Cvid-19 qui « double tous les trois jours », dixit le directeur général de la Santé Jérôme Salomon la veille des élections, reste introuvable. Les « points » ou synthèses publiées le 12 et le 18 mars commencent juste à donner des chiffres régionaux des « passages en réanimation ».

Extrait du dernier rapport de l'agence Santé Publique France sous tutelle du Ministère de la Santé.

Le 15 mars, un total de 280 « cas confirmés de Covid-19 » étaient passées en service de réanimation, dont 51 en Ile de France et 35 sans le Grand Est (COVID19_PE_20200315.pdf). Ce n’est pas une photographie instantanée, c’est un cumul. Prenons l’hypothèse arbitraire et probablement très pessimiste, qu’un jour donné la moitié des lits de réanimations aient été occupés. De 51 nous passons donc à 26 en ile de France, qui possède 37 centres hospitaliers, sans compter les grandes cliniques privées et les centres secondaires. Autrement dit le lundi 15 mars, selon une évaluation pessimiste, moins d’un lit en moyenne (0.7) par hôpital parisien était occupé par des malades du Covid-19, et nous ne comptons pas les nombreux centres chirurgicaux privés.

Si c’est une situation où « nous allons devoir faire des choix » entre laisser mourir un malade ou non, pour saturation des services de réanimation, alors le plus malade de tous c’est l’hôpital lui-même. Il y a effectivement un gros problème puisque le personnel soignant a fait une longue grève encore récemment, et que la santé est de plus en plus gérée comme une entreprise du Cac40. Mais il n’est pas encore à genoux, et les chiffres fournis par l’État ne permettent absolument pas comprendre l’état d’urgence actuel, ni dans un avenir proche.

Pour que le citoyen se fasse une idée de la situation, il est urgent que les autorités fournissent les informations manquantes discutées ici, dont des “instantanés“ et les courbes de contamination. Quelques images télé de quelques hôpitaux ne reflètent pas la situation globale. D’autre part, la contribution des établissements privés n’est absolument pas abordée dans les médias. Ce sont toutes les ressources médicales du pays qui devraient être mobilisées à l’heure où la France est quasi-paralysée.

L’agence de Santé tripatouille les chiffres

Les rapports statistiques de l’agence de santé ne faisaient aucune mention du Covid-19 jusqu’à cette semaine, où elle annonce le « démarrage d’une surveillance spécifique du COVID-19 ». L’épidémie des virus de type A et B amorce son déclin mais reste active. La courbe ci-dessous cerclée de rouge montre le regain de croissance des hospitalisations « probablement » à cause du coronavirus.

Les experts annoncent néanmoins « la fin de la surveillance de la grippe saisonnière » et amorce le « démarrage d’une surveillance spécifique du COVID-19 en semaine 12 ».

Extrait du rapport hebdomadaire "grippe saisonnière" (hors Covid-19) de l'agence de santé nationale

L’agence publie des données depuis le 4 mars, mais il semble y avoir eu un gros raté : les chiffres de contamination par région n’existent pas pour les 8 et 9 mars, et le 12 mars elle informe que « le nombre total de cas présenté dans ce point épidémiologique est supérieur à celui présenté le 10 mars à 15h qui était de 1784 ». Passant à 2041 cas l’augmentation est de 15%, sans qu’aucune explication ne soit donnée. Pour visualiser la tendance, nous avons fait une extrapolation linéaire pour pouvoir tracer les points des 8 et 9 mars, sur trois régions. Le graphe ci-dessous montre clairement une progression irrationnelle du virus en région Ile de France (en rouge). Le rattrapage concerne donc essentiellement l’Ile de France.

Que s’est-il passé ? Les tests sont ou n’étaient pas fiables ? Les ministères auraient oublié des hôpitaux parisiens dans le décompte ?

Courbe des "cas confirmés" de contamination sur 3 régions. Données de l'agence de santé à part les 8 et 9 mars 2020 par extrapolation linéaire. Rouge: Ile de France. Gris : Hauts de France. Vert : Grand Est.

Si les données officielles d’après 10 mars sont correctes, celles de début mars sont nécessairement fausses. Nous avons extrapolé les chiffres de la région Ile de France pour obtenir une progression à peu près cohérente avec l’évolution observée dans d’autres régions touchées par l’épidémie (courbe orange ci-dessous). Cela montre une grave sous-estimation de l’épidémie en Ile de France, puisque lorsque le ministère de la Santé annonçait 55 cas en Ile de France le 4 mars, il y en avait probablement déjà autour de 200. De plus, la progression étant lente au départ, cela signifie que le feu couvait dès fin février autour de Paris.

Courbe orange avec données du 4 au 9 mars 2020 extrapolées par BasicBlog en recherche de cohérence évolutive du Cvid-19 en Ile de France. Courbe bleue sans modification sauf 8 et 9 mars ajoutés par extrapolation linéaire.

Sans connaitre l’origine de l’erreur, le doute se propage, car elle peut mettre en cause la méthode d’évaluation elle-même, et que de plus toute erreur est amplifiée par définition, de manière « exponentielle » comme on nous le rabâche sur les ondes.

En effet, les capacités de test par identification de l’ADN du virus sont limitées, donc quand l’épidémie est lancée les cas sont trop nombreux pour un test direct. Le type de virus est alors déterminé par les symptômes de la personne et par enquête. S’il y a eu contact avec une personne “confirmée“ porteuse du virus X alors qu’elle est atteinte du virus Y, la personne infectée sera faussement comptée dans les cas confirmés X, et ainsi de suite. Ça va très vite. C’est pourquoi la fiabilité des identifications de départ sont primordiales pour faire un bilan correct pendant et après la crise, et prendre des mesures avisées à l’avenir.

Une conséquence possible est de mêler les contagions de virus H1N1 et Covid-19, aux symptômes similaires, donc de surestimer l’un d’eux et d’avoir une estimation optimiste ou pessimiste de la gravité.

Terroriser la population – Un boulot à plein temps

Alors que Christian Estrosi interdit fièrement l’accès aux plages, le lieu idéal pour ne pas se transmettre le virus en promenant son chien – mieux vaut se croiser sur les trottoirs, apparemment -, la dramatisation bat son plein au détriment de l’information utile aux citoyens adultes. L’augmentation est « exponentielle », la contamination « double tous les trois jours », il n’y a plus de porteurs sains mais des « malades asymptomatiques », les français sont « inconscients », les services de réanimation sont « surchargés », va-t-il falloir « trier » les malades à sauver ?

Au-delà des mots pour faire peur, il ne reste pas grand-chose. Ni pédagogie, ni honnêteté, ni transparence. Les courbes « exponentielles », nous sommes obligés de les tracer nous-mêmes, et quand on le fait, c’est à minima l’amateurisme des autorités que l’on découvre.

Pédagogie : La phase exponentielle est tout à fait normale pour toute épidémie. Elle n’est pas infinie comme en mathématiques, puisque la maladie fait partie de la vie des organismes, et que si l’on existe aujourd’hui, c’est que nos organismes ont développé des immunités multiples. Les défenses s’élaborent au moment même de l’épidémie, et le pic est atteint quand l’équilibre est réalisé entre la virulence du virus et les défenses naturellement élaborées parmi la population. Les millions de porteurs sains et de malades bénignes ou sévères des épidémies de grippe de 2009, 2012, 2013, 2015, 2017, 2018, qui toutes ont engendré plus de 10 000 morts, n’ont pas paralysé le pays. La prévention sanitaire et la capacité des services de santé ont absorbé les crises. Nous n’en sommes pas encore au dixième de la crise H1N1 de 2009 et tout déraille. Pourquoi ?

La rapidité de l’exponentielle dépend de l’exposant. Il faut donc des courbes comparatives de la phase exponentielle entre grippes anciennes et Covid-19 pour se faire une idée. En avez-vous vue ?

Un médecin libéral a constaté une aggravation respiratoire sans doute due à la prise d’anti-inflammatoires. Cette personne grippée est décédée. C’est une information capitale à consolider avec les médecins et à diffuser largement, d’autant que l’accès aux médecins est compliqué. L’avez-vous vue ? Les dentistes déconseillent en effet les anti-inflammatoires lors d’infections dentaires (i.e. localisées), et beaucoup de gens en prennent régulièrement.

Honnêteté : La région la plus exposée par les flux et la densité de population, Paris, n’a pas été correctement surveillée (plus mal que les autres régions, nous venons de le démontrer). Aucune explication n’est donnée. On nous apprend que des stocks de 150 millions de masques de l’armée sont restés inutilisés. Aucun plan manufacturier pour produire nous-mêmes des masques, c’est-à-dire des rectangles de papier. La faute serait aux gouvernements précédents qui n’auraient pas renouvelé les masques. De qui se moque-t-on ? Les trois cinquièmes des médecins non-équipés auraient attrapé la grippe (A, H1N1, B , Covid-19…) , et donc transmise à des patients, certains ont manifesté leur « haine » contre les responsables, d’autres ont porté plainte contre l’état. De qui se moque-t-on ?

Parmi d’autres, le site coronavirus.politologue.com publie des données d’apparence scientifique. Il annonce un « taux de décès » en Chine de 4,01%, avec 81 000 infections et 3249 morts. Ils nomment “infections“ ce qu’ils devraient nommer “contaminations confirmées“, c’est-à-dire que tous les porteurs sains et les cas bénignes non déclarés ne sont pas comptabilisés. Tout le monde confond le taux de décès avec le taux de mortalité qui est deux ou trois ou cinq fois plus petit, c’est-à-dire plus ou moins proche du taux d’une grippe classique. Ce qui est publié ne permet pas de l’évaluer. Nous ne le saurons précisément qu’avec beaucoup de données, c’est-à-dire après crise, au mieux.

Extrait du site politologue.com, épidémie Covid-19 en Chine.

Transparence : Le niveau d’information officielle est lamentable. Les chiffres de contamination devraient être fournis à l’échelle départementale et en dessous quand la situation est grave, ne serait-ce que pour augmenter son seuil de vigilance en faisant les courses, car la vigilance est rarement maximum et que nous n’avons toujours pas de masques à disposition. Aucune préconisation de bon sens n’est donnée (mettre un voile sur le nez, quel effet ? Vigilance particulière dans certaines villes…).

La capacité de traitement des services devrait être communiquée pour chaque établissement de santé prenant en charge la réanimation. Hôpitaux publics et cliniques privées. Nombre de lits libres, nombre de lits de réanimation occupés par des personnes infectées du Covid-19 ou du H1N1, celles de cet hiver et celles des crises passées. Ces données existent, ou alors le ministère ne maitrise rien. À l’heure des « big data » c’est notre droit de les avoir.

Informer les gens c’est solliciter leur intelligence, et la société en a grand besoin. La communication médias-État se résume à : effrayer, abrutir, culpabiliser = infantiliser, interdire. Est-ce ainsi que l’on fait face à une crise ?

Oseille, comptes d’épicier, déni, courte vue

Le coût de l’incurie de nos gouvernants a maintenant une jauge : « 300 milliards d’euros débloqués » pour les banques censées faire des prêts. Sur quels critères ? Pourquoi 300 milliards ? Là encore des mots et pas d’infos. Les PME risquent de ne pas attendre qu’une banque leur prête du fric, combien couleront avant ?

Emmanuel Macron annonce des « nationalisations ». Air France peut-être ? Mutualisation des pertes et privatisation des profits en perspective, retour à la case 2008.

Quoiqu’il en soit ça va couter bonbon. Deux à trois décennies d’économies sur le dos de l’hôpital public partent en fumée le temps d’une crise sanitaire. La démonstration est faite que les économies à la petite semaine, décidées par un management qui méprise l’avis des praticiens, coutent extrêmement cher à la société. Aucun mea culpa ne sera fait par aucun politicien, ils continueront leur course folle. Dire cela n’est pas être réfractaire aux changements ou à toute forme de « rationalisation ». Les décisions vraiment collégiales sont gages d’efficacité, spécialement dans les milieux de symbiose entre humanité et technique comme l’hôpital. L’ampleur des grèves successives parle d’elle-même.

Le confinement intégral, parlons-en. La propagation du virus en milieu confiné n’a fait l’objet d’aucune mesure ou mise en garde ou équipement, les foyers en promiscuité devraient se l’échanger gaiement. Quid des personnes seules ? La « distanciation sociale » contribue-t-elle à s’en soucier ?

Le confinement est la garantie de voir réapparaitre le Covid-19 très bientôt. L’homme ne peut rien contre la nature, n’est-ce pas Gretha Thunberg qui le disait ? Les médias ont la mémoire courte, ou bien ils sont opportunistes. Si la gravité du H1N1 est modérée depuis 2009, c’est qu’une grande partie de la population s’en est immunisée, partiellement ou totalement. Rappelons qu’elle entrainait des insuffisances respiratoires graves et touchait beaucoup de jeunes également.

Avec son « État d’urgence sanitaire », la France n’est-elle que l’élève discipliné des États-Unis ? Jugez par vous-même en regardant cette émission et en cherchant les documents officiels existants.

Plus de porteurs sains, moins de cas graves, la vie animale du H1N1 dans nos corps d’animaux supérieurs suit son cours. Et comme on ne crache pas sur la modernité, vacciner les personnes fragiles ou âgées, quand elles le désirent, ça ne mange pas de pain. La variole fut éradiquée par le vaccin, soit. Mais si le confinement perdure, vont-ils nous laisser le choix de se faire ou non vacciner au Covid-19 ? Rien de moins sûr. Interdiction et coercition vont de pair. La vaccination à grande échelle est très dangereuse et catastrophique pour certaines personnes, parfois nombreuses selon ce qu’il y mettent (voir ce documentaire). Elle est très couteuse, particulièrement pour un virus qui mute aussi rapidement que la grippe. Dès qu’il y aura un nouveau virus, il faudra se vacciner, cycle désastreux pour la Sécurité Sociale. Et sans Sécurité Sociale nous subirons le « tri » généralisé comme le subissent déjà les américains.

La gestion calamiteuse du gouvernement contraste avec sa dextérité à dégainer une nouvelle loi. La constitution devient alors un vulgaire bout de papier. Celle de « l’état d’urgence sanitaire » n’a pas trainé, réduisant à quelques jours le délai de trois mois exigé par la Constitution pour faire voter une loi « organique ». Ceci dit, le premier tour des élections opéré douze heure après avoir terrorisé la population sur le coronavirus, en disait déjà beaucoup à lui seul. Plusieurs types de personnes ont été discriminées dans les faits : les anciens, les fragiles, les inquiets…

Toute forme de discrimination étant anticonstitutionnelle, une plainte auprès du Conseil d’État pour annuler ces élections est certainement recevable.

C’est indécent de parler de démocratie alors que des gens souffrent et que d’autres s’échinent à les soulager. Mea culpa. Je n’ai rien pour me défendre, à part dire qu’une démocratie digne de ce nom serait immunisée contre ce genre de fléaux.

L’anesthésiste de la Pitié-Salpêtrière Jean-Michel Constantin réagit à des « épidémiologistes » qui brandissent le risque d’avoir « 40 000 cas graves » d’ici le 14 avril : « On ne sait pas faire, mais on fera ». Voilà une réponse qui évacue les indécents oiseaux de mauvaise augure qui osent poser la question : « Va-t-on devoir faire le tri ? ». Jamais les soignants ne feront « le tri ». C’est aux citoyens de pousser le gouvernement à leur faciliter la tâche. Pour cela et pour commencer, nous devons être correctement informés. C’est loin d’être le cas.

Emmanuel et Brigitta Macron, Dimanche 15 mars 2020 (photo de photo) © Francis Petit Abaca Press

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