«Cachez ces prisons qu’on ne saurait voir !»

Ah les prisons françaises ! En sortirons-nous un jour ? Monsieur le Garde des sceaux avait fait, il y a quelques semaines des propositions courageuses pour tenter d’améliorer leur situation honteuse. Mais on n’en a plus entendu parler.

L’Etat est pauvre, en tout cas trop endetté et engagé de toutes parts par des dépenses plus « prioritaires », pour que personne ne vienne sérieusement lui reprocher de ne pas réserver un sort meilleur à ses prisonniers.

Car le prisonnier n’a jamais été populaire. Le maton non plus d’ailleurs. Qu’ils s’arrangent entre eux ! Et qu’importe les rackets, les trafics, les viols, la drogue, les rats et cafards, le froid ou la canicule selon les saisons, les cabinets d’aisance au milieu de la cellule. Qu’importe les cris, la nuit, et l’angoisse des plus faibles de se retrouver dans cet enfer.

Et, à un « Papillon », ou à « Un Prophète » près, les grandes conscientes artistiques ne s’en émeuvent pas plus.

Certes la République a institué un contrôleur général des prisons, et il y a un observatoire qui, chaque année, rendent des rapports accablants sur la surpopulation carcérale française. 20 à 40 % de surbooking selon les années. Mais le bon peuple n’y trouve rien à redire. Fallait pas fauter, c’est tout !

Et du coup, le politique n’en est pas plus inquiet. Badinter est, à ce titre, bien seul à crier que c’est « une honte » de notre République.

En réalité, à cette honte, que personne n’éprouve vraiment, ne répond qu’une seule préoccupation : juste éviter de s’y retrouver soi-même…

Sait-on pourtant que cela peut arriver à tout le monde ? Sait-on que l’état innommable des prisons françaises concerne avant tout les maisons d’arrêt - les centrales et centres pénitentiaires sont mieux lotis, car ils gèrent mieux leurs « arrivages » -, c’est-à-dire l’endroit où sont principalement détenus ceux qui ne sont pas encore jugés coupables, soit ceux qui devraient encore être traités comme des innocents, puisqu’ils sont, selon la loi, présumés tels.

Sait-on aussi que dans près de 20 %  des affaires, les suspects qui ont été mis en détention bénéficient de non-lieux, de relaxes ou d’acquittements ?...

Notre démocratie, qui continue de s’ériger comme patrie des Droits de l’Homme et n’hésite pas à donner la leçon au reste de la planète, peut-elle supporter plus longtemps cet état de fait qui fait de nous, et de loin, le pire élève de tous nos voisins européens ?

Tolèrera-t-on longtemps de ne pas assurer à ces enfants de la République la sécurité et la dignité auxquelles ils ont droit ? Saura-t-on un jour les préserver de cette école du crime ou celle de la radicalisation que sont aujourd’hui nos prisons ?

Les services de probation sont submergés et insuffisants. Les délais pour s’inscrire aux activités culturelles et sportives peuvent excéder plusieurs semaines. Et le personnel pénitentiaire n’y est pour rien. Ils font avec les moyens du bord, lesquels sont faméliques.

Bien sûr qu’il faut ouvrir de nouvelles places de prison. Mais la question de la surpopulation n’est pas la seule à régler. Si, en ces temps sécuritaires, où l’emprisonnement serait la seule réponse qui vaille, la solution passe évidemment par l’ouverture de nouvelles « places », il faudrait, avant d’investir dans le béton, aménager celles qui existent déjà.

Que la République assure le premier de ses devoirs qui est la réinsertion de ses enfants égarés, et que cette dignité, à laquelle ils ont droit, soit aussi celle de leurs gardiens, eux aussi laissés pour compte. C’est là la priorité !

« Quand on ouvre une école, on ferme une prison » disait Victor Hugo. Il est temps que nos gouvernants en retrouve le chemin …

 

 

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