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Billet de blog 21 févr. 2009

Comprendre la crise de légitimité de l’Union européenne

Alors que chacun s’interroge sur la place de l’Union européenne dans la gestion de la crise économique, que des élections européennes auront lieu en juin 2009, que la cour constitutionnelle allemande est saisie de plusieurs recours contre le traité de Lisbonne, dont la « survie » dépend, en tout état de cause, du nouveau référendum irlandais qui sera organisé en novembre 2009, il est essentiel de comprendre les ressorts de la crise de légitimité que traverse depuis quelques années l’Union européenne.

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Alors que chacun s’interroge sur la place de l’Union européenne dans la gestion de la crise économique, que des élections européennes auront lieu en juin 2009, que la cour constitutionnelle allemande est saisie de plusieurs recours contre le traité de Lisbonne, dont la « survie » dépend, en tout état de cause, du nouveau référendum irlandais qui sera organisé en novembre 2009, il est essentiel de comprendre les ressorts de la crise de légitimité que traverse depuis quelques années l’Union européenne.

Cette crise, explique Pierre Haroche, un jeune chercheur qui consacre son premier livre à cette question (L'Union européenne au milieu du gué, Economica), tient au fait que l’UE expérimente dans le même temps deux types de régimes dans une tension permanente.
Ce livre est parti d’une enquête par entretiens auprès de représentants français dans les groupes de travail du Conseil de l’Union européenne, dans le but d’étudier le fonctionnement de la Représentation permanente de la France. Mais au fil de son enquête, Pierre Haroche a été frappé par le fait que ses interlocuteurs se faisaient des conceptions très différentes de leurs rôles, faisant apparaître deux régimes politiques distincts : la « négociation fermée » d’une part, fondée sur la recherche du compromis et la conciliation entre Etats-membres ; la « compétition ouverte », d’autre part, qui s’appuie sur la mise en valeur des clivages, l’affrontement entre coalitions d’alliés, la recherche de soutiens, et l’ouverture à l’opinion publique.
La thèse centrale de ce court essai - vif et pédagogique, fondé sur une belle enquête empirique qui débouche sur une théorie politique originale de l’Union européenne, après avoir discuté des théories alternatives proposées depuis 50 ans - est que la cohabitation de ces deux logiques contradictoires, notamment dans le type de rapport qu’elles établissent avec les citoyens, est à l’origine de la crise de légitimité traversée par les institutions européennes. En effet, tant que seule prévalait la logique de la négociation fermée au public, les institutions européennes pouvaient compter sur un soutien distant et dépolitisé de la part des citoyens, ce que l’on a appelé le « consensus permissif ». Mais depuis le traité de Maastricht en 1992, l’entreprise progressive de démocratisation de l’Union, notamment à travers la montée en puissance du Parlement européen et la multiplication des référendums populaires, a rendu caduque ce premier type de soutien en favorisant au contraire l’expression critique sur la politique européenne.
La crise de légitimité de l’Union européenne viendrait alors de sa position intermédiaire : trop avancée sur la voie de la démocratisation et de la politisation pour conserver l’appui du consensus permissif, mais pas assez pour pouvoir s’appuyer sur un nouveau type de soutien qui viendrait de l’engagement partisan des citoyens dans une véritable compétition politique européenne. D’où le constat d’une Union européenne, « au milieu du gué »…

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