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Le Club de Mediapart mer. 31 août 2016 31/8/2016 Édition du matin

42, l'école en carton de Xavier Niel et Nicolas Sadirac

Fin mars, Xavier Niel et Nicolas Sadirac annonçaient la création de 42, une école informatique se voulant différente du système scolaire traditionnel. Partant du constat que le secteur de l'informatique manque de main d'œuvre qualifiée, Xavier Niel, patron de Free, fondait à coup de millions d'euros l'école 42 en s'associant avec le créateur de l'Épitech, Nicolas Sadirac.

Fin mars, Xavier Niel et Nicolas Sadirac annonçaient la création de 42, une école informatique se voulant différente du système scolaire traditionnel. Partant du constat que le secteur de l'informatique manque de main d'œuvre qualifiée, Xavier Niel, patron de Free, fondait à coup de millions d'euros l'école 42 en s'associant avec le créateur de l'Épitech, Nicolas Sadirac. Le 15 juillet commençait la première "piscine", une épreuve se déroulant sur un mois pour sélectionner les meilleurs candidats. Pourtant, une semaine après le début de l'ultime épreuve de sélection, il est évident que cette école est loin d'être idyllique.

Une ambiance pour le moins surprenante

Le leitmotiv des dirigeants de 42 est que le système français n'est pas adapté à l'informatique. C'est ainsi que les réunions de mai avec les potentiels candidats à la "piscine" commençaient par une vidéo en anglais décriant le système d'éducation, oubliant qu'aux États-Unis le coût des études est bien plus important qu'en France. Ces réunions, animées par Nicolas Sadirac, étaient principalement destinées à taper sur le système français. 42 est présentée comme étant la seule école où l'enseignement soit efficace.

On endoctrine les étudiants pour leur faire miroiter une solution à leur échec scolaire. En effet, 42 recrute à partir de 18 ans sans condition de diplôme, ce qui est une aubaine pour ceux qui ont décroché. Néanmoins, il est malsain de dénigrer autant le système d'éducation français -- lequel est loin d'être parfait -- pour essayer, par du bourrage de crâne, de faire croire que 42 est meilleure.

Lobbying et mensonges

L'école veut promouvoir les logiciels libres. Ces derniers sont contrôlable par l'utilisateur à travers la communauté, laquelle peut vérifier le code, l'améliorer et publier les modifications. Nicolas Sadirac n'a pas hésité à lancer un appel aux futurs étudiants pour mettre en avant ces logiciels.

Pourtant, le parc informatique de l'école est intégralement composé d'ordinateurs Apple, dont le système d'exploitation est loin d'être un logiciel libre. Certes, le code source du noyau (composant essentiel au fonctionnement logiciel d'un ordinateur) est public, mais la majeure partie des autres logiciels du système à la pomme ne l'est pas. Et lorsque l'on souligne cette incohérence à M. Sadirac, ce dernier refuse de répondre à la question, n'hésitant pas à crier au scandale d'intégristes du libre. Faites ce que je dis, pas ce que je fais...

La réponse est pourtant simple. Il n'est pas impossible qu'Apple ait offert gratuitement à 42 des ordinateurs : cela permet de formater les étudiants à l'utilisation du système Mac OS, étudiants qui, une fois dans la vie professionnelle, demanderont le même système à leur employeur. Simple investissement de la part d'Apple, mais cela signifierait alors que 42 et M. Sadirac ont cédé face à Apple... et refusent d'avouer quelque chose de peu glorieux. Notons que même à l'intérieur de l'équipe pédagogique de l'école le choix de Mac OS est loin de faire l'unanimité.

Absence d'humanité

Nous sommes au XXIème siècle et pourtant l'école motive ses étudiants en les dénigrant. Ainsi, lors de la piscine, ceux qui ont des questions se verront répondre au mieux qu'ils sont bêtes, au pire qu'ils sont des co****ds. Des plaintes ont certainement dû être remontées, parce qu'au fil des jours les membres de l'équipe pédagogiques sont devenus plus polis et les pires écartés. Mais cela en dit long sur l'état d'esprit de l'école.

42 veut repenser les méthodes d'apprentissage. Pour ce faire, pas de professeur. L'étudiant devra donc regarder chaque jour une série de vidéos et... rien d'autre ! Il a accès à Internet et peut discuter avec les autres étudiants, mais impossible de poser des questions à l'équipe pédagogique (sinon, c'est une pluie d'insultes qui tombe).

Les étudiants de 42 deviennent donc des machines. Il ne faut pas penser, juste travailler. Les salles de "piscine" sont trois immenses étages de plus de 250 places chacun et les étudiants sont en batterie, alignés minutieusement et pondant du code jour et nuit (l'école est ouverte 24h/24). Heureusement que les allées et venues sont libres...

Une copie ratée de l'Epitech

Xavier Niel s'est associé à Nicolas Sadirac pour fonder 42. Ce dernier n'est pas n'importe qui puisqu'il a fondé l'Epitech et importé le système de "piscine" en France.

Une piscine est une série d'exercices, des nouveaux arrivant presque chaque jour, rythmés d'examens et de plus gros projets. Or, en regardant de plus près, on peut s'apercevoir que les sujets donnés à la première piscine de 42 sont exactement les mêmes qu'à l'Epitech, même la formulation des énoncés est exactement la même. Le nom de 42 vient également du culte que voue l'Epitech à Douglas Adams, puisque chaque projet commence le matin à 8h42 pour se finir le jour d'après à 23h42, tout comme à l'Epitech.

Non seulement cela pose un problème de droit d'auteur (il n'est nulle part écrit que les sujets ont été faits par l'Epitech et il est peu probable que cette dernière ait autorisé leurs utilisations par leur concurrent), mais le côté révolutionnaire mis en avant par M. Sadirac se trouve un peu mis en échec.

Amateurisme

Il est normal que le lancement d'une école avec un parc informatique si grand ne se fasse sans embûche. Néanmoins, il n'est pas normal que des problèmes aussi importants ne soient toujours pas résolus en une semaine. Oublions déjà l'incapacité de l'équipe pédagogique à envoyer un courrier électronique ou à publier un document sans faute de grammaire basique...

Ainsi, il aura fallu attendre plus de trois heures le jour du début de la piscine pour que les étudiants puissent commencer à travailler. De plus, parce que tout est centralisé sur un serveur surchargé, les étudiants doivent parfois recommencer leur travail des dernières heures. C'est assez frustrant, surtout que chaque minute compte.

Mais ce qui est choquant pour une école d'informatique, c'est que même l'équipe pédagogique se retrouve sans solution face à certains problèmes techniques. Il en va de même avec le système informatique de correction des exercices, faillible et critiqué chaque jour par des étudiants lésés.

 

Bref, 42 est, pour moi, une farce. J'y allais pour m'amuser, la fête fut quelque peu ternie...

Pour commenter : http://4h04.fr/2013/07/22/42-lecole-en-carton-de-xavier-niel-et-nicolas-sadirac/

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Et on a pas l'air de s'ennuyer à l'école 42 http://www.fier-panda.fr/article/ecole-42