La dérive nationaliste de Jean-Luc Mélenchon

Ce n'est pas le populisme qui a gagné avec le Brexit et Trump, mais le capitalisme qui veut régner désormais sans garde fou, sans même l'once d'une sociale démocratie, c'est à dire sans régulation par des services publics, la retraite par répartition et une fiscalité redistributive.

L’Angleterre du Brexit rêve de se détacher de l'Europe pour faire des affaires avec Trump et son gouvernement de milliardaires. Les oligarques ne sont pas seulement en Russie, ils gouvernent dans de nombreux pays. Or pour eux l'Europe, que l'on peut pourtant juger comme trop libérale depuis le traité de Masstricht, est un carcan qu'il faut jeter aux oubliettes de l'histoire en expliquant, car il faut bien désigner un responsable, que les difficultés économiques et sociales proviennent non pas des politiques menées par les gouvernements et les entreprises, mais des plus pauvres, à savoir les migrants. L'histoire ne se répète pas dit-on, soit, mais la période à des relents fascisants.

Ce n'est donc pas un hasard si le milliardaire Trump rêve d'une Europe qui n'existerait plus et s'en prend pour cela à Angela Merkel, en indiquant qu'elle a fait une « erreur catastrophique » sur la question des migrants. Angela Merkel a été en effet seule pendant plusieurs mois à revendiquer l’accueil de milliers de migrants fuyant la guerre, le terrorisme, la crise économique et des régimes dictatoriaux. Elle s'est opposée aux politiques de rejet des migrants menées par les autres dirigeants européens et elle est toujours seule malgré les attentats,et malgré la montée d'une extrême droite en Allemagne, a dénoncer l'oppression subie par le peuple syrien sous la dictature de Bachar El Assad. C'est elle qui déclare qu'il ne faut pas confondre les terroristes et les réfugiés qui fuient, pour la grande majorité d'entre eux, les bombes du dictateur de Damas.

Concernant le régime syrien et les agissements de Poutine aucun des principaux candidats français ne suit la ligne défendue par Angela Merkel. La plupart, de Fillon à Le Pen (cessons de l'appeler Marine, est ce que l'on dit François?) en passant par Mélenchon, ne formulent pas de critiques publiques à l'encontre du dictateur de Damas et n'ont pas remis en cause le bombardement d'Alep Est par Poutine au nom de la lutte contre Daech.

Sur la question des migrants le candidat Mélenchon (dont l'auteur de ces lignes soutenait pourtant en janvier la candidature sur ce blog) avait déjà été l'auteur de déclarations « douteuses » sur les travailleurs détachés et les « 10 000 médecins » - à l'occasion d'une interview au Monde le 25 août 2016- seuls types de migrants qui devraient être autorisés à s'installer par le candidat revendiqué de la vraie gauche.

Sur les questions internationales et sur la question des migrants, la dérive nationaliste de Jean-Luc Mélenchon est assumée. Il ne s'agit pas contrairement aux dires de ses supporters inconditionnels d'écarts de langage, ou de propos détournés par les journalistes. Le candidat Jean-Luc Mélenchon de 2017 a abandonné sur ces questions une partie des valeurs dont il était porteur en 2012.

Lors de l’émission politique des Paroles et des Actes, en janvier 2012, Jean-Luc Mélenchon avait été questionné sur la première destination qui serait la sienne si il était élu président de République. Il avait alors répondu « l'Algérie ». A cette même question répondrait-il maintenant « la Russie » ?

En 2012, il aurait sans doute félicité Angela Merkel pour son accueil des migrants. En 2016 il n'a pas eu un mot de soutien pour la générosité dont a fait preuve la société allemande à rebrousse poil du rejet français. La France a en effet accueilli 10 000 Syriens depuis 2011 sur les 5 millions qui ont fui leur pays.

Sur la question des migrants et la question syrienne Angela Merkel a sauvé l'honneur de l'Europe en 2016. La CDU a été plus internationaliste que le SPD et Die Linke... et que Jean-Luc Mélenchon.

La « France insoumise » tourne le dos au discours de Marseille de Jean-Luc Mélenchon de 2012.

Est-ce le prix à payer pour gagner 3 à 4 % de voix en plus ?

Sur ces questions je ne vote pas Mélenchon mais …...Merkel car je suis un « internationaliste insoumis » !

 

 

 

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