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Billet de blog 23 sept. 2017

Le 23 septembre 1977

La rupture du Programme commun

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Il y a quarante ans, le 23 septembre à 1h du matin, les dirigeants socialistes communistes et radicaux de gauche quittaient le siège du PCF, place du colonel Fabien, sans être parvenus à se mettre d’accord sur l’actualisation de leur Programme commun signé en 1972.

Ce 23 septembre sonne bien alors la fin de ce texte car il n’y aura plus de rencontres au sommet, réunissant Robert Fabre (MRG), Georges Marchais (PCF) et François Mitterrand (PS) et en mars 1978 pour les élections législatives, même si chaque organisation se dit inspirée par le contenu du texte, celui-ci n’est plus une référence partagée. Les socialistes accusent le PCF d’avoir délibérément fait échouer les discussions en pratiquant la surenchère en matière de nationalisations (les filiales), alors que les communistes dénoncent le virage à droite du PS qui tourne le dos selon eux aux objectifs Programme commun.

L’Humanité publie précisément les propos échangés les 22 et 23 septembre (au point que certains évoqueront l’existence de micros dans la salle). François Mitterrand est l’un des derniers à prendre la parole : « Il s'est établi dans la vie politique française, une mode heureuse : elle a été lancée par Mendès France. C'est la notion de calendrier. C'est entré dans nos mœurs, on prend à témoin le peuple. Mais de là à vouloir tout écrire de sorte que tout soit prévu, que l’événement ne compte plus, c'est avoir peu confiance en soi même. On avancera peu à peu, il y aura un mouvement dialectique, thèse, antithèse, pas toujours synthèse. C'est ça l'action. C'est assez pour pouvoir gouverner ensemble. »

Le PCF va être jugé par la suite comme étant le principal responsable de l'échec des négociations. Mais ce soir là François Mitterrand remet en cause l'idée même de  programme. En 1981 du reste, ses 110 propositions ne sont pas éditées sous forme d’un livre.

 Le Programme commun reste le programme le plus vendu, le plus diffusé de l’histoire politique du XXème siècle. La droite et la gauche non signataire subissent pendant plusieurs années la force d’entraînement politique née de cette signature au point qu’il soit possible de parler d’un Moment Programme commun pour l’histoire politique de cette période. Mais après la rupture des discussions en septembre 1977 et la défaite aux législatives de mars 1978, le texte n’est plus la référence commune à gauche même si bon nombre des 110 propositions reprennent celles du Programme commun. La victoire de François Mitterrand en 1981 édulcore dans la mémoire collective la dynamique militante, l’espoir portée à gauche par ce texte. Son contenu est rétrospectivement jugé comme trop dirigiste, trop étatique. Pourtant, de nombreuses mesures proposées ont été adoptées par la suite : le divorce par consentement mutuel (1975), un nouveau statut pour Paris (1976), l’abolition de la peine de mort (1981), la carte de transport payée par les employeurs (1981), la décentralisation(1982), l’arrêt immédiat des expériences nucléaires (1997), la suppression de la publicité de marque (2008 sur les chaînes publiques après 20h).

Le Programme commun (Edition du PCF) © PCF (pdf, 555.2 kB)

A l’heure ou la communication remplace le débat d’idée, et le terme de gouvernance celui de politique, il pourrait être utile de se réapproprier l’idée de programme, de contrat, de revenir pour reprendre les mots de François Mitterrand à cette « mode heureuse », ou l’on prenait à témoin le peuple à travers un programme précis. C’était du reste l’époque heureuse, pour une démocratie, ou 85 % des électeurs votaient aux législatives (mars 1978) contre moins de 50 % en 2017.

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