De la condition humaine

A Malraux « L’humanisme, ce n’est pas dire : « Ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait », c’est dire : « Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase ». » Les Voix du silence, 1951.

Le point de vue de Malraux mérite d’être médité. On s’efforce depuis je ne sais quand de trouver « le propre de l’homme »… une part divine, la technique, la parole, le rire, la conscience… et quoi encore ? thèses que les scientifiques démontent une à une, plus ils se penchent avec bienveillance – et sans a priori – sur nos frères « animés » qui sont nos compagnons dans l’arborescence de la vie. Et à qui l’on avait un peu trop soustrait de qualités pour mieux faire ressortir notre supériorité supposée.

« Ce que voulait en nous la bête »… si on l’éclaire de l’ensemble de l’œuvre malrucienne – notamment La Condition humaine… ce sont nos instincts… aussi comparables à ceux des animaux (comparables ne signifie pas semblables). La survie, la reproduction, l’avidité du jour, par peur de manquer le lendemain (la chasse n’est pas toujours fructueuse)… tout cela est très bien étudié aujourd’hui… complètement ignoré à l’heure où Malraux écrivait.

C’est pourtant, et plus que jamais, la grande tentation depuis 50 ans… fuir la Grandeur de l’humanisme pour se réfugier dans la simplicité de l’instinct. Individuellement et socialement. Culturellement ? Même si je sais de moins en moins ce que ce mot veut dire exactement.

C’est la Résistance. Malraux en a beaucoup parlé… en s’attribuant un maquis plus glorieux que réel. Mais c’est la Résistance à la facilité… que les philosophes ont nommé de diverses manières (instinct, passion, désirs non nécessaires…). Relever la tête de sa gamelle, comme aurait dit De Gaulle, pour voir plus loin. Avec plus d’humilité et surtout d’altruisme. Une forme de Grandeur pour tous. Dans la lignée de celle qui fut fondée lors du pacte social des années de libération. Nous en sommes loin. Loin de ce second souffle. Loin de la Résistance. Au cœur du tunnel, il n’est pas certain que l’aube puisse se lever. Doute. Et il ne s’agit pas du virus, simple révélateur d’années de faciles accommodements avec nos instincts individuels.

 A Malraux, à sa lumière, à ses zones d’ombres. A l’homme.

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