La caricature qui cache la forêt.

Lettre à tous ceux qui prônent la paix des ménages. En toute bonne foi.

 

NON, les caricatures (de quiconque !) ne sont pas une provocation gratuite qui vise à susciter la haine. Une caricature (de quiconque) relève de l’art du discours et vise à entretenir un esprit critique et distancié. Celles et ceux qui sont un peu éloignés du monde de l’enseignement, n’ont peut-être pas pleinement conscience que la caricature n’est que le sommet de l’iceberg.

Renoncer aux caricatures, sorte de porte-étendard de la laïcité, c’est ouvrir la boîte de Pandore de toutes les censures. Je ne parle que de cas réels, vécus par des collègues ou moi-même ; ce serait s’interdire des chapitres entiers de SVT (sexualité, Darwin, avortement…), s’interdire des cours fondamentaux d’Histoire (Moïse, personnage légendaire, les conflits au Proche ou au Moyen Orient…), voir reparaître des textes, sans adultère, homosexualité ou personnages athées (Dom Juan, III, 2 !). La liste est loin d’être exhaustive… on pourrait faire un catalogue !

Les professeurs ne sont pas des gourous. Ils enseignent le savoir certain ET l’esprit critique sur tout ce qui relève de l’opinion et qui est discutable. Et dont il FAUT discuter : condition sine qua non d’une république laïque. La moindre reculade, c’est revenir à l’interdiction du Tartuffe, à la réécriture bêlante de Dom Juan par Thomas Corneille, aux procès d’Ernest Pinard contre Flaubert et Baudelaire.

Un professeur qui continuera à discuter de toutes les caricatures avec ses élèves. Plus que jamais.

Pour Rabelais, Molière et Voltaire, Flaubert et Baudelaire… et Oscar Wilde,
Et pour toi, Samuel.
BC

 

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