Internet : tous coupables ?

Pourquoi pour les uns, dont je fais parti, Internet offre d'immenses possibilités alors que pour d'autres Internet représente une menace, un risque ?

 

Comment aujourd'hui en France, notre République peut-elle en arriver à criminaliser les citoyens, individus, utilisateurs d'Internet parce qu'ils échangent des oeuvres artistiques et culturelles ?

 

Enfant de la cyberculture, je me pose ces questions depuis un long moment déjà. J'ai fini par y trouver des réponses qui me semblent justes parce qu'elles vont dans l'intérêt de tous et non pas d'intérêts particuliers ou privés.

 

Je profite de l'espace blog de Mediapart pour publier mon point de vue ci-après et le partager avec vous.

 

Internet a été conçu par ses créateurs et fondateurs pour faciliter la communication entre chercheurs. Autrement dit, de faciliter les échanges entre des ressources et des utilisateurs. Selon moi, si l'on n'assimile pas ce principe fondateur d'Internet il est difficile de comprendre le phénomène générationnel d'échange et de partage de fichiers et plus précisemment des oeuvres artistiques et culturelles. Ce phénomène s'est vraiment développé avec l'émergence des réseaux pairs à pairs (i.e. P2P) et l'évolution croissante des débits des réseaux. Les utilisateurs disposent donc depuis plus de dix ans d'accès à haut débit qui améliorent leurs communications, échanges et partages. Dès lors, il est devenu extrêmement facile d'échanger toutes sortes de contenus.

 

En réponse à ce phénomène, les acteurs de l'industrie du cinéma, de la musique et de la production d'oeuvres audiovisuelles et culturelles ont adopté une politique d'immobilisme afin de préserver leurs intérêts au lieu d'essayer de s'adapter :

 

- en facilitant la circulation des oeuvres car le corollaire est qu'une oeuvre puisse passer d'un média à un autre.

 

- en transformant leur modèle pour faire face aux nouveaux enjeux de la société numérique. Ils ont finalement décidé de jouer de leur influence auprès de nos instances gouvernementales pour empêcher la circulation des oeuvres artistiques et culturelles sur Internet. Et pour assurer cette maîtrise concertée de la circulation des oeuvres il a été élaboré la Loi Création et Internet (i.e. Hadopi) qui serait soit disant le meilleur antidote contre la piraterie. Certainement pas si vous ne facilitez pas la circulation des oeuvres. Pourquoi me direz-vous ? Parce qu'une oeuvre qui ne circule pas ne rémunère ni les créateurs, ni les ayants droits.

 

- en prenant de bonnes décisions et des initiatives pour proposer des offres légales originales et riches qui répondent aux besoins des clients, consommateurs, fans et utilisateurs.

 

- en modifiant le fonctionnement de la chronologie des médias. Car libérer les droits plus tôt constitue selon moi la meilleure réponse face à la contrefaçon numérique.

 

- en modifiant le droit à la copie privée, le droit de reproduction et le copyright pour simplement l'harmoniser avec la société du numérique dans laquelle nous sommes.

 

Il est encore temps que notre République française cesse de procèder par dichotomie, en opposant les uns et les autres. Et que l'on légifère non pas pour des intérêts privés lorsqu'ils vont à l'encontre de l'intérêt général et de l'intérêt pour tous.

 

J'ose encore croire au sursaut démocratique et républicain de nos onze membres du Conseil constitutionnel.

 

 

Voici quelques liens que je me permets de vous recommander et soumettre à votre sagacité :

- l'excellent dossier Download Decade du journal Canadien The Globe and Mail

- le très bon livre The Pirate's Dilemma écrit par Matt Mason

- l'intervention de Stefen Fry lors de l'iTunes Festival 2009 à Londres que vous pouvez retrouver ici sur son blog. Où il exprime et partage ses pensées avec une belle franchise qu'on aimerait voir plus souvent affichée dans nos contrées à propos de l'histoire du copyright, du partage de fichiers et du futur de l'industrie du divertissement.

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