Punir ceux qui le méritent: la guerre contre le terrorisme et ses impasses[1]

Les événements du 11 septembre 2001 ont donné un nouvel élan à la militarisation des politiques de lutte contre le terrorisme. En dépit d'une quinzaine d'années de résultats médiocres, les Etats-Unis et nombre de leurs alliés ont persévéré dans cette voie. Après les attentats de Paris de novembre 2015, la « guerre », en tant que moyen légitime et efficient de lutte contre le terrorisme, s’impose dans le discours politique français. Le 16 novembre, la première phrase prononcée par le Président François Hollande devant le parlement réuni en Congrès à Versailles est : « La France est en guerre ». Le Premier Ministre Manuel Valls utilisera plus de 9 fois en moins de 10 minutes le mot guerre lors d’une interview télévisée sur la chaîne télévisée TF1 le samedi 14 novembre[2]. Avec la multiplication de récents attentats aussi spectaculaires que tragiques contre des villes, qu'il s'agisse de Bamako, Bruxelles, Istanbul ou Paris, il s'avère urgent de questionner ce choix politique.

De façon quelque peu schématique, la lutte militarisée contre le terrorisme s'est déroulée en cinq phases opérationnelles qui, chacune à leur manière, ont nourri l'instabilité.

La première phase est celle de la recherche de l’anéantissement « classique ». Pendant celle-ci, les forces de sécurité étatiques ont recouru à des actions militaires visant à l'anéantissement de l'adversaire grâce à leur supériorité en matière de technologie et de puissance de feu. Autrement dit, les militaires responsables de la mise en œuvre de ces stratégies appliquèrent, tout en les adaptant de façon parfois importante sur le plan technique, les leçons opérationnelles de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide, lorsqu'il était question de détruire des forces ennemies en nombre. Dans les grandes lignes, l'intervention de 2001 en Afghanistan correspond à ce modèle. La phase d’invasion du pays entre octobre et décembre 2001 avait notamment pour objectif de vaincre les forces talibanes grâce à la puissance de feu aérienne. La guerre en Irak de 2003, en partie motivée par de supposés liens entre Saddam Hussein et Al Qaeda, suivait une logique semblable : celle du « Shock and Awe » (« choc et effroi »), visant à défaire rapidement l’armée irakienne par des attaques mécanisées soutenues par l’aviation.

Comme on le sait aujourd'hui, ces options stratégiques d’invasion rapide n'ont nullement contribué à la stabilité en Afghanistan et en Irak. L'intervention américaine en Irak, par ailleurs illégale sur le plan du droit international, a créé les conditions nécessaires à l'émergence de Daech. L'intervention en Afghanistan a, quant à elle, fait émerger un système politique reposant essentiellement sur le pouvoir de seigneurs de la guerre. Les actions aériennes de 2011 en Libye, bien que ni visant pas initialement des terroristes, mérite aussi d'être prise en considération ici. Les forces armées britanniques et françaises, avec le soutien de plusieurs autres armées alliées dans le cadre de l’OTAN, se sont alors servies de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l'ONU destinée à protéger les populations libyennes pour renverser le régime de Kadhafi et faciliter son exécution.

Ce faisant, elles ont contribué à la déstabilisation de l'Etat libyen, ainsi qu’à l’émergence d’une guerre civile et à l’extension de l'insécurité au Mali où les revendications indépendantistes au Nord furent initialement le fait de combattants anciennement employés dans les forces de sécurité du gouvernement Kadhafi. Au final, l'intervention libyenne a contribué à faire émerger un chaos dont les conséquences (rébellion au Mali et implantation de Daech) ont été et sont encore abordées par les Etats-Unis, la France ou la Grande-Bretagne par le prisme de la guerre contre le terrorisme.

La seconde phase, qui constitue une réponse à l’instabilité générée par l’anéantissement classique, a été celle de la redécouverte, par les mêmes appareils de sécurité étatiques, et avec le soutien plus ou moins actif d’organisations telles que l’OTAN ou l’ONU, des doctrines contre-insurrectionnelles ayant vocation à « séduire les cœurs et les esprits ». Dans cette optique, les militaires cherchant à éliminer les menaces terroristes dans des pays tels que l'Afghanistan et l'Irak, devaient prioritairement protéger les populations civiles et contribuer à la restauration des infrastructures permettant d’améliorer leurs conditions de vie. Dans les faits, ces efforts n’ont pas produit les effets escomptés.

D'une part, les opérations contre-insurrectionnelles ont été menées parallèlement à des actions coercitives n'ayant pas tant  pour objectif de séduire les populations que d'éliminer des individus suspects. Ainsi, la mise en œuvre du principe du « clear, hold and build » (« nettoyer, tenir, reconstruire »), s’est accompagnée d'opérations létales visant à décapiter les réseaux « terroristes » dans les pays envahis. Pour reprendre, les mots d'un soldat américain déployé en Irak au cours des années 2000 : « C'est totalement Docteur Jekyll et Mister Hyde, ici [...]. Pendant la journée, on fait des sourires et on serre des mains, mais la nuit tombée, on traque nos ennemis et on les supprime »[3].

Quoi qu'il en soit, l'application des doctrines contre-insurrectionnelles n'a pas non plus permis de stabiliser l'Afghanistan et l'Irak. On notera au passage que, même si cette doctrine a été remise en question (entre autres aux Etats-Unis et en France) du fait de l’échec de la guerre en Afghanistan, elle n’a pas pour autant disparu. La campagne que la Turquie mène actuellement contre certains groupes kurdes relève par exemple de la contre-insurrection avec un accent mis essentiellement sur l’aspect coercitif.  

La troisième phase se caractérise par le recours de plus en plus systématique à diverses formes d’assistance militaire. Plus précisément, lors de cette phase, la lutte contre le terrorisme a également consisté à offrir des formations militaires et/ou à soutenir matériellement des unités (para)militaires, voire des milices non-étatiques parties prenantes à des conflits locaux. Dans le jargon des experts, ces modalités renvoient à l'idée de guerre par « proxy », soit le fait de faire porter le gros de l'effort à des combattants locaux, ce qui est censé réduire les déploiements américains ou européens sur le terrain. Les Etats-Unis et leurs alliés ont ainsi massivement soutenu les forces de sécurité en Afghanistan et en Irak, espérant ainsi pouvoir se désengager de ces Etats.

Le bilan n'est cependant guère probant. L'armée irakienne a eu bien des difficultés à faire face à Daech. Les forces afghanes quant à elles peinent à empêcher un retour du mouvement taliban. Comme le montre l’actualité très récente, cette modalité est pourtant encore largement d’application. Il est également perturbant de constater à quel point cette conception s'accompagne d'une relance des ventes d'armes aux Etats autoritaires au Proche et Moyen Orient. On sait pourtant que certains de ces équipements, utilisés par une coalition menée par l'Arabie Saoudite, ont un effet désastreux sur les populations civiles au Yémen. On rangera aussi dans cette catégorie d'actions l’opération Timber Sycamore de la CIA, avec l’aide de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de la Turquie, qui visait à soutenir les opposants au régime syrien de Bachar el-Assad. De plus en plus d’analyses émettent des doutes sur la viabilité et l’efficacité de ce type opération. 

De fait, il s’avère difficile de garantir que les personnes formées et le matériel fourni restent effectivement au service de groupes « modéré » et contrôlés par les bailleurs de fonds.  Au contraire, il semble qu’il existe une grande volatilité entre les groupes qui combattent le régime syrien, les combattants ayant tendance à rejoindre des groupements en fonction des salaires versés et des victoires sur le terrain ou d’autres considérations. Les soutiens militaires accordés aux Peshmergas kurdes par les Etats-Unis et certains Etats européens, tels que l’Allemagne, la Belgique et la France doivent aussi être rangés dans ce répertoire d’actions de la guerre anti-terroriste.  Au-delà, ils soulèvent une question politique qui n’est pas réellement débattue : celle de la viabilité et du maintien de l’intégrité territoriale des Etats de la région confrontés aux revendications autonomistes qui sont combattues ou encouragées en fonction des objectifs sécuritaires des pays intervenants sans beaucoup d’égard pour les populations locales.

La quatrième phase se caractérise par la montée en puissance du recours aux « chasse à l'homme ». Au cours des années 1990 déjà, des traques furent organisées contre des criminels de guerre dans les Balkans ou contre le narcotrafiquant Pablo Escobar. Dans le contexte de la guerre contre le terrorisme, cette pratique se généralise avec l'action de « hit squads » principalement déployés en Afghanistan et en Irak. L'élimination de Ben Laden au Pakistan relève de ce registre opérationnel qui fait peu de cas de la souveraineté des Etats. Progressivement, la chasse à l'homme va prendre une tournure plus technologique avec le recours de plus en plus systématique aux drones de combat avec l’arrivée de B. Obama à la présidence américaine. Le Pakistan, le Yémen et, dans une moindre mesure, la Somalie, sont devenues des zones opérationnelles pour ces engins en charge des « assassinats ciblés » (« targeted killings »).

Sur le fond, on ne saurait trop insister sur le fait qu'il s'agit d'exécutions extrajudiciaires et qu'aucune vérification indépendante des résultats des attaques n'est menée. A travers la lecture des descriptions que les militaires français en font, on peut également considérer que l’opération Serval (et, à sa suite, le dispositif Barkhane s'étendant sur cinq Etats du Sahel) menée au Mali en 2013 équivaut à une vaste chasse à l’homme menée à l’aide de véhicules motorisés et d’hélicoptères de combat. A la base de ce genre d’opérations, une conviction forte : il est possible d'éliminer avec précision les « bad guys », terme que les militaires utilisent volontiers, et porter un coup fatal aux organisations terroristes. Enfin, les opérations aériennes menées contre Daech en Irak et en Syrie participent aussi à une conception cynégétique de la guerre.

Dans les faits, les éliminations résultant de ces vastes traques se sont jusqu'à présent montrées incapables d'enrayer l'émergence de nouveaux ennemis. Selon des estimations de la CIA datant de 2014 sur les résultats de la stratégie aérienne de la coalition occidentale contre Daech, cette organisation pouvait compter sur environ 21.000 combattants, peut-être même 30.000. En janvier 2016, le Pentagone affirmait que 25.000 de ses membres avaient été tués[4]. Cependant, également au mois de janvier 2016, un porte-parole du Pentagone reprenait le chiffre de 30.000 membres encore actifs au sein de Daech.

Ces chiffres, même s’ils doivent être maniés avec les précautions qui s’imposent, donnent à penser que la stratégie visant à l’élimination ne remplit pas les objectifs qu’elle s’assigne. De surcroit, soulignons qu’il est à présent connu que les « chasses à l’homme » ne sont pas sans effets sur les populations civiles parmi lesquelles elles causent aussi des victimes. En Afghanistan, au Pakistan ou au Yémen, il est en tout cas avéré que les attaques de drones ont généré dans la population un ressentiment certain contre les forces intervenantes. Par ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler les liens entre la « chasse à l'homme », la récolte de renseignements, la pratique de la torture et l'enfermement arbitraire (à Abou Ghraib, à Bagram, à Guantanamo ou encore dans les « black sites » de la CIA). Ces pratiques posent d’évidents problèmes éthiques et juridiques et, de surcroît, des témoignages de militaires impliqués dans les centres de détention soulignent que les renseignements obtenus sous la contrainte s'avérèrent en définitive de piètre qualité.

 Depuis peu, il semblerait que l’on assiste à l’émergence d’une cinquième phase caractérisée par la recherche de l’usure de l’adversaire. En témoigne par exemple l’état d’esprit des pilotes de drones. Plutôt que d’envisager l’élimination de l’ennemi à titre définitif, les opérateurs de ces engins disent de leurs missions qu’elles ont pour objectif de « faucher l’herbe » (mowing the grass). Cette expression aurait vu le jour parmi les militaires israéliens pour désigner leur façon d'envisager la lutte contre le Hamas. Selon eux, l'objectif consiste à contenir et affaiblir l'adversaire par des opérations à intervalles réguliers. Il n’y a plus de fin envisageable à la violence car, au même titre que l'herbe qui repousse, l'ennemi reviendra tôt ou tard. Les déclarations d'experts et d'officiers américains et français affirmant que la lutte contre le terrorisme doit être conçue sur le long terme font d'ailleurs écho à cette image.

Le général américain John Allen, interviewé par CNN, affirmait en novembre 2015 que les Etats-Unis seraient peut-être « condamnés à se battre pour toujours » contre ce genre des menaces terroristes[5]. Le général de division français Jean-Pierre Palasset, à la tête du dispositif Barkhane dans le Sahel, déclarait quant à lui que l’opération « n’a pas la vocation à détruire complètement le terrorisme, ça serait prétentieux. Notre volonté c’est de le contenir le plus bas possible, et donc ça, c’est en termes d’années. C’est un combat qui va demander beaucoup de constance, beaucoup de détermination, et je pense que personne ne peut donner de date, mais l’échelle de temps c’est en nombre d’années, ça c’est certain »[6].

Dans le vocabulaire sécuritaire, le terme qui semble le mieux convenir pour désigner cette évolution nous semble donc être celui, pompeux, de « stratégie d’usure ». Pompeux car, d’un point de vue historique, les « stratégies d’usure » sont bien souvent des rationalisations ex post facto de situation dans lesquelles les militaires se sont trouvés dans une impasse. Enfin, l’hypothèse de la guerre d’usure parait aussi se confirmer à la lueur des murs et fortifications qui commencent à se développer. Les Kurdes construisent des tranchées en Irak pour se protéger de Daech. Un mur de protection est également mis en place autour de Bagdad. Les villes du nord de l’Irak sont devenues l’enjeu d’une guerre de position entre Daech et des unités irakiennes soutenues par les Etats-Unis et leurs alliés. Ce phénomène est aussi perceptible en Afrique du Nord. La Grande-Bretagne a ainsi récemment fait savoir qu’elle soutiendrait la Tunisie dans domaine de la protection de ses frontières.

Cette situation peut-elle être imputée à un éventuel manque de résolution dans le chef des décideurs politiques et des responsables militaires ? Certains experts et militaires considèrent en effet que l’insuccès des guerres menées ces quinze dernières années s'explique par un manque de résolution, voire un manque de dureté dans les moyens employés. L'argument est parfois même exprimé sur un mode cynique, comme chez ce soldat américain : « Je suis rapidement arrivé à croire que la seule façon de gagner le contrôle de l'Afghanistan était d'exercer la force. La diplomatie ne marche pas. C'est une culture primitive, dans laquelle les règles de la force permettent de piétiner les faibles. L'homme avec l'arme a le pouvoir ... jusqu'à ce que quelqu'un d'autre ait une arme plus grosse »[7]

De fait, les militaires déployés depuis plus de quinze ans n’usent pas librement de leur puissance de feu. Des raisons politiques autant que des obligations juridiques les contraignent largement en la matière. Toutefois, le terme de faiblesse ne semble pas approprié pour décrire les opérations menées au nom de la guerre contre le terrorisme. Tout au long de ces quinze années, les forces armées ont non seulement détruit des infrastructures et déstabilisé politiquement des Etats, mais ils ont également provoqué des pertes civiles importantes. Les militaires affirment apporter tout le soin possible pour éviter cela, mettre en place des procédures opérationnelles plus précautionneuses et employer du matériel capable de mieux discriminer entre civils et ennemis. Bien qu'il s'avère difficile de rendre compte de l'étendue exacte de la mortalité civile résultant des interventions, les médias et les organisations de défense des droits de l'homme confirment cependant que des attaques provoquent ponctuellement des décès parmi les civils.

Certaines de ces attaques se soldent parfois par des bilans très lourds. Sur la seule année 2006, Human Rights Watch estimait que 116 civils afghans étaient décédés des suites de 13 opérations aériennes menées par les forces alliées en Afghanistan[8]. En 2007, l’organisation faisait état de 321 morts civils pour 22 bombardements. Rappelons également des épisodes plus spécifiques dans la tristement célèbre région de Kunduz. En 2009, un bombardement allemand de camions citernes autour desquels s’étaient massés des civils a provoqué 142 morts. Plus récemment, en novembre 2015, une canonnière volante américaine s’est rendue responsable de la destruction d’un hôpital de Médecins sans Frontières, tuant entre autres une grande partie du personnel civil de l’organisation. Les civils afghans sont cependant loin d'être les seuls cibles de ces attaques. En 2012, une attaque de drone a visé 20 personnes en Somalie. Selon le quotidien britannique The Guardian, plus de 200 personnes seront au total tuées au cours de cette opération.

De façon générale, les pertes civiles résultant de ces attaques sont présentées comme des « accidents ». Certes, dans la très grande majorité des cas, il s'agit d'accident dans le sens où les militaires n'ont pas l'intention de tuer et blesser des civils. Toutefois, il est plus difficile d'admettre l'emploi du terme « accident » si l'on veut faire référence à un acte qui serait imprévisible. C'est justement parce que le risque d'atteindre des civils est important que les militaires se voient dans l'obligation de prendre des mesures de précaution. Cela revient à dire que les militaires déterminent ce qui leur semble être un niveau de « mise en danger acceptable » des civils. Ajoutons que ces mêmes militaires ont introduit des procédures pour dédommager les familles des victimes lorsqu'ils sont confrontés à une plainte faisant suite à un décès. Au cours des années 2000, en Afghanistan, les militaires américains évaluait l’indemnisation d'une telle perte à environ 2.500 $.  

Au niveau international, l'idée selon laquelle les Etats-Unis et les pays européens seraient insuffisamment agressifs en matière de lutte contre le terrorisme ne nous semble donc guère tenir la route. Plus encore, on peine à comprendre en quoi le choix d'une escalade et/ou une prolongation à long terme de l'usage de la violence pourrait résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Dans les propos des experts, des officiers et des décideurs politiques, rien ne permet de penser que, même si on franchissait un seuil encore plus élevé dans le domaine de l'élimination physique, la menace disparaitrait ou serait réduite de manière significative au point d’être considérée « sous-contrôle ».

En résumé, et en dépit des dépenses colossales liées à ces opérations, aucune des options coercitives de ces quinze dernières années ne s'est avérée efficace au regard des objectifs poursuivis. La notion de victoire a même tendance à être moins présente dans le langage des militaires, des experts et de décideurs politiques. Et pourtant les discours politiques relatifs à l'usage de la force ne varient guère, à l’image des pratiques. A la suite des attentats de Paris, la France et la Grande-Bretagne ont encore renforcé leurs mesures coercitives contre Daech en envisageant notamment des bombardements aériens plus intenses comme si ils pouvaient réellement améliorer la sécurité au Moyen Orient ou en Europe. En réalité, ces bombardements relèvent en partie de l'ordre du symbolique.

Plus prosaïquement, cela signifie que des individus vont être/ont été tués par des bombardements de peu d’intérêt sur le plan stratégique, voire inutiles. A la lueur de ces éléments, il apparait encore une fois que le recours à ces moyens militaires conduit à une impasse. Pour autant, il est intéressant de noter que les militaires et les experts des questions de sécurité sont historiquement habitués à de telles difficultés. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs soutenu la course aux armements nucléaires pendant la Guerre froide, une course qui aura duré plus de cinquante ans et dont certains effets se font encore sentir de nos jours (risques de prolifération, problèmes de gestion environnementale et sanitaire des déchets nucléaires). Il ne serait donc pas étonnant que nos experts de la guerre contre le terrorisme s’installent dans une perspective d'opérations à très long terme, perspective rendue possible par notre supériorité technique et logistique, sans que l’on puisse entrevoir une stratégie politique claire de sortie de crises.


[1] Nous tenons à remercier Constance de Lannoy de son aide pour l’édition de la première version en anglais de ce papier. Celui-ci est également disponible par le lien suivant : https://www.opendemocracy.net/barbara-delcourt-julien-pomar-de/punish-deserving-war-against-terror-and-its-dead-ends.

[2] Liliane Alemagna et Laure Bretton, « Manuel Valls : « Nous sommes en guerre », Libération, 14 novembre  2015.

[3]Dexter Filkins, « The Fall of the Warrior King », The New York Times Magazine, 23 octobre 2005.

[4]Micah Zenko, « ‘Kill-Em-All With Airstrikes’ Is Not Working », Defense One, 7 janvier 2016.

[5]Général John Allen, « U.S. 'very attentive' to ISIS spread beyond Syria », CNN, 13 novembre 2015.

[6]Arte Reportage, Barkhane: La guerre du désert, 1er décembre 2015.

[7]Traduit par nous. Salvatore A. Giunta (with Joe Layden), Living with Honor, New York, Threshold Editions, 2012, p. 88.

[8] Human Rights Watch, Afghanistan: Civilian Deaths from Airstrikes. Airstrikes Cause Public Backlash, Undermine Protection Efforts, 2008.

 

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