Le débat démocratique par temps de passe sanitaire

Quand l'accès aux réunions publiques est conditionné au passe sanitaire, le débat démocratique peut-il être serein ?

La Grande Marche de La Hague à Paris pour un débat sur le nucléaire et la transition énergétique La Grande Marche de La Hague à Paris pour un débat sur le nucléaire et la transition énergétique

 

Aujourd'hui en 2021, la question de la transition énergétique nous invite à réfléchir. Tempêtes, inondations, canicules, feux de forêt, personne est à l'abris d'une catastrophe naturelle. Qui peut aujourd'hui dire que le dérèglement climatique, la pollution et l'état de notre environnement ne le concerne pas ?

Et pourtant nombreux sont ceux qui ne se sentent pas légitimes lorsqu'il s'agit de s'exprimer ! 

Voilà plus de trois semaines que nous sillonnons villes et campagnes afin de débattre du nucléaire et de la transition énergétique, que nous discutons avec les uns sur le pas de leurs portes, avec les autres sur l'allée du marché du jour. Certains ont des avis arrêtés, mais beaucoup sont prêts à discuter, à écouter, à échanger. L'importance est de confronter ce qui a pu être entendu ici et là, comprendre les différents arguments, puis se faire un avis. 

Les soirs, nous avons tenu des conférences sur des sujets spécialisés afin de monter en compétence sur des thèmes allant de la pollution des énergies renouvelables à la sur-consommation de numérique en passant par la résilience du nucléaire, la fusion ou l'hydrogène.

Le débat démocratique doit se faire, il est indispensable et la transition énergétique ne pourra avoir lieu que si le citoyen se sent concerné par la question, qu'il s'investit dans cette transition. 

Néanmoins ce débat démocratique est freiné. Vous me direz qu'il l'est comme toute autre activité aujourd'hui. Le pass sanitaire impose une difficulté supplémentaire, et cela pour quatre raisons.

Tout d'abord, certains ne sont potentiellement pas prêts à décliner leur identité pour participer à une réunion dont le thème reste politique, même si c'est au sens noble. D'autre part, ceux qui ne souhaitent pas montrer leur pass sanitaire, même s'ils sont pour certains vaccinés, comptent parmi ceux qui ont de fortes opinions. Leur choix de ne pas participer pose la question de l'exclusion d'un segment de la société qui n'est pas insignifiant. De plus, il est à noter que certains souhaiteraient se faire tester, vacciner, mais ne parviennent pas de bonne foi à le faire (par exemple, parce que les pharmacies en capacité de délivrer un certificat en 20 minutes ne sont pas en nombre suffisant).

Enfin, le clivage autour du pass sanitaire est réel. Il est important que l'attention qu'on lui porte ne permette pas l'adoption d'autres mesures qui en d'autres temps nous alerteraient tous, comme celle par exemple de renvoyer en Allemagne des déchets de haute activité.

Tous les jours, au sein de la Grande Marche, nous vivons le débat démocratique à l'échelle du citoyen. Avec une abstention continuellement en hausse, et record depuis l'apparition du COVID, le citoyen se désengage du vote. Il est de fait essentiel que les réunions à dimension politique restent exemptes du pass sanitaire jusqu'à 49 personnes afin que le citoyen reprenne le contact avec la chose publique sur des sujets qui le concernent comme celui ici de la transition énergétique.

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