Lucie Punk

Vêtu.e.s de ténèbres et de suie

Je suis Lucie Punk.

Je vis, je meurs, je ris, 

Je pleure, je bulle, j’écris,

Je relève des défis qui stimulent l’esprit.

Un duvet me sert de lit, 

Un cutter, de kit de survie.

J’enfile un fute et un t-shirt, 

Ignifuges, imputrescibles.

Je suis experte en english, – 

Je dis « fuck », je dis « ugly » -

Et érudite en musique : 

Full berzingue je percute le cuir 

De mes instruments rythmiques,

J’impulse, j’inspire des délires.

Je kiffe le blues et le funky,

Les si mi ré dièse synthétiques, 

Les scènes ethniques et électriques.

 

Je me pique de culture livresque,

Eclectique, syncrétique, burlesque.

Si je me fiche des guerres puniques,

Les Etrusques, eux, m’intéressent.

Je me délecte d’in-dix-huit.

Je suis curieuse des inuits,

Des péruviens et de Phuket,

Des Turcs, des Kurdes, 

Des Perses et des Scythes,

Des turbulents et des mutiques.

Cliente des Mille et une nuits,

Je muse, j’invente, je versifie, 

Je fustige les récits sirupeux, 

Les cucuteries mièvres et lisses.

 

Embusquée sur Internet,

Je lis des revues signées X,

Je scrute ce qui s’y inscrit :

Des dissidences plurielles, 

Impétueuses, frêles, subreptices.

Frénétiquement j’investigue,

Je recueille, j’induis, j’exprime.

J’étudie et puis j’ébruite.

Je répercute en cursives,

Des ressentiments tus, 

Des rêveries sibyllines,

Des pensées défendues.

 

Je publie des billets critiques

Sur les républiques en vrille,

Dispendieuses de sur-crédits, 

Généreuses en déficits,

Distributrices de pénurie ;

Sur le service public en échec,

Sur le système fétide, infect.

Je repère des indices d’usure,

Je hurle de fureur et d’ennui.

 

Je circule sur le bitume,

Près des primeurs et Prisunic,

J’évite distributeurs et guichets,

Je visite les cuves d’invendus.

J’en retire des yeux-de-tigres,

Des perles serties de rubis,

Des légumes, des tubéreuses,

Des fruits mûrs, des festins réels.

Cette indigence me régénère,

J’en suis riche et j’en suis fière.

Je nique les esprits riquiqui.

 

Je bute des interdits

Et revendique quelques délits,

– Expériences instructives –.

Je resquille en minibus 

Sur les sentiers d’Epicure

Vers des sinécures idylliques.

Je me dépense en bringues, 

En guinches, en bières, en shit,

Je subtilise ce qui me séduit.

Je figure sur les registres

Des individus nuisibles.

 

Je fréquente le menu fretin,

Les intègres, les superbes, les pur-jus,

Les férus, les espiègles, les splendides.

Huppés de crêtes de cheveux drus,

Ils briguent des titres inusités,

« Pupille des Rues »,

« Duchesse de Guigne »,

« Démuni en exil »

« Réfugié excentrique »

« Princesse Berlue ».

Je suis l’un.e d’entre ce.lles.ux-ci.

 

Vêtus de ténèbres et de suie,

Mes chums déglinguent les vitrines,

Iels esquintent les chemins de fer,

Iels dézinguent les supercheries,

Iels pulvérisent les idées reçues,

Ingénieusement, iels démystifient

Les pernicieuses inepties.

Je suis l’un.e d’eux.elles – net et précis.

Iels liment, iels replient, iels scient,

Iels incurvent, triturent, dévissent.

Iels perturbent le génie civil,

Éberluent les péquins sceptiques,

De triple sécurité ceinturés

Sur les sièges de leurs buggys.

 

Les superflics m’enquiquinent,

Sbires zélés, suréquipés, serviles

D’une république de pitbulls,

Tendue, inquiète, en urgence, en péril.

« Suce-qui-peut » que je leur crie.

Cette impudence les humilie,

Ils se vexent de mes insultes,

Je récuse leur muflerie,

Je me peinturlure en ingénue mutine.

 

Juges et huissiers se récrient.

Crispés sur des privilèges

Qu’ils incubent et perpétuent,

Ils me privent de leurs sursis, 

Prébendes de leurs milices, 

Et des indulgences d’église.

Je méprise ces inquisiteurs,

Imbibés de liquide en écus, 

Leur iniquité visqueuse, mielleuse, cynique,

Leur surinvestissement putride.

Je pulvérise leurs muselières.

Je leur réplique « Zut ! Et bernique ! »

Ils se rembrunissent et m’inculpent.

 

Leur cigüe gicle de mes veines

Et – devinez ! – j’en reste indemne…

Je dévie les supplices qu’ils infligent,

Les sévices qui tuméfient.

Je les dupe, ils se hérissent,

J’exulte de leur résister en prime. 

De leurs cellules exigües je m’extirpe,

Je m’esquive, je déguerpis,

Je me débine, je fugue, je fuis.

Ces brutes en ruissèlent de sueurs et de bile.

J’urine sur leur clique imbue,

Stupide, méticuleuse, mesquine,

Excusez cette brusquerie :

Je chie sur leurs triques,

Leurs pénitences inutiles

Et leur « justice » indigne.

C’est ludique. Je me sens quitte.

 

Je m’immisce entre les effectifs

Des sergents de ville fissurés, dingues.

Minutieusement je me déguise,

– Képi, fusil et des vétilles -

Je m’insinue sur leurs circuits.

Surgie en terre ennemie, 

Je m’y incruste, prends des risques.

Je les surveille et me renseigne

Sur les idées qu'ils véhiculent. 

Puisqu’intruse, je simule, 

Je demeure sur le qui-vive.

J’emprunte des ruses multiples,

Je peux devenir invisible.

Le but est d’étudier leurs gestes,

Leurs réflexes, leurs lubies, leur style

Et de les divulguer ensuite.

 

Je suis d’humeur belliqueuse.

Instruite en techniques de lutte,

Je grimpe les kius de plusieurs disciplines.

Je m’insurge et je fulmine.

Je suis sublime Lucie Punk.

L’irréductible, l’insubmersible,

C’est Bibi, Serviteur Mézigue.

Pestiférée, intempestive,

Immunisée, dépitée, rétive.

Je vis, je meurs, j’incendie,

Je ris, je pleure et je désire,

Je murmure, j’écris, je hurle,

Je relève des défis inédits, 

Les péripéties me stimulent.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.