« Comme l'a fait remarquer le député Julien Aubert, en français «la présidente» désigne la femme du président. » *

Honorables académiciens,

Pensez de grâce aux époux des dames présidents, des dames ambassadeurs, des dames maires, des dames sénateurs, députÉs et rapporteurs. Inventez une solution lexicale pour nommer dignement ces hommes victimes de mésalliances. Sauvez du ridicule « monsieur la présidente, monsieur l’ambassadrice, monsieur la mairesse, la sénatrice, la rapporteuse ou la chancelière ». Tout entachés qu’ils soient dans leur état civil de promiscuité douteuse avec une parvenue, certes, une dévoyée, ces hommes n’en restent pas moins des hommes.

Peut-on prédire l’avenir de sa fiancée ? Doivent-ils, au motif de la conjugalité, subir l’opprobre d’un attribut féminin ? Sied-il de leur faire payer la double infortune de se voir dérober la culotte et de porter en public, par un titre féminisé, un stigmate d'infamie ? Convient-il qu’ils soient démis, par un effet de langue, de leur virilité ? Par pitié, messieurs les membres de l’académie française, ne délaissez pas ces malheureux hommes, vos semblables, vos frères.

Ordonnez donc le recours à la périphrase « monsieur le conjoint de madame le président », ou pour faire court, tout simplement : « monsieur le conjoint du président, monsieur l’époux de l’ambassadeur, monsieur le compagnon du maire, monsieur l’homme du chancelier ». 

Bien mal avisé serait-on de voir ici une incitation à l’homosexualisation des tournures. Nul mieux que la Barbe ne connaît la nécessité d’un genre faible et récessif pour asseoir le fort et le dominant. Que deviendrait en effet la notion même du suprême, en l’absence du subalterne ?

Non. Cette proposition puise dans le neutre, l’épicène, le genre commun. Ce genre du troisième type auquel vos (pas plus que vous) géniaux prédécesseurs ont réussi à donner en tous points la forme, l’apparence et les propriétés du masculin. Il fallait l’oser, ils l’ont fait. Gloire aux grammairiens de la langue française !

Nous avons donc "monsieur le conjoint" (masculin) "du président" (neutre) ; "monsieur l'époux" (masculin) "de l'ambassadeur" (neutre) ; "monsieur le compagnon" (masculin) "du maire" (neutre) ; "Monsieur l'homme" (masculin) du chancelier (neutre).

« Au commencement était le verbe », mais pour l’éternité aussi. Continuez à semer la confusion du neutre, celle qui permet aux historiens, vos alliés et vos pairs, d’éradiquer par le bon usage, génération après génération, les impostures d’individuEs outrepassant leur assignation de corps à la voie passive. Il y va de la pérénité de la domination masculine.

La barbe !

 

Document : l’article d’Aurore Evain dans Sorbonne Nouvelle « Histoire d’Autrice, de l’époque latine à nos jours » http://www.siefar.org/docsiefar/file/Histoire%20d%27autrice%20-%20A_%20Evain.pdf

 

* Lettre de 140 député-e-s publiée par Le Figaro  http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/10/09/31001-20141009ARTFIG00393-madame-le-president-l-ultimatum-de-139-deputes-de-l-opposition-a-claude-bartolone.php

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.