La mémoire chez les personnes âgées, une partenaire à chouchouter

« J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… » Derrière les paroles de cette chanson de Jeanne Moreau se cache un drame vécu par bon nombre de personnes âgées. Pour contrer les ravages du temps sur la mémoire, un seul mot d’ordre : la stimulation. Intellectuelle, émotionnelle et physique.

Ce n’est plus un secret, ni même un tabou pour personne, la mémoire diminue avec l’âge. Le cerveau étant un organe comme un autre, il vieillit tout autant que les autres.

En 2015, on dénombrait en France 900 000 personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, la fameuse « maladie de la mémoire ».

Aujourd’hui, on a largement dépassé le million de malades et la courbe ne devrait pas s’infléchir de sitôt. Avec près d’un Français de plus de 65 ans sur quatre concerné, les troubles de la mémoire sont devenues une préoccupation majeure pour les spécialistes de la gérontologie. Une préoccupation qui a donné lieu à des avancées spectaculaires sur le sujet. Toutes les études montrent en effet que le cerveau a la capacité de se régénérer sous l’influence de la stimulation cérébrale. Et de réorganiser ses réseaux de neurones en fonction des stimuli extérieurs et des expériences vécues.

Ateliers mémoire

C’est de ce constat que sont nés les fameux ateliers mémoire. Proposés sous forme de séances hebdomadaires d’une à deux heures, ils permettent de stimuler la mémoire mais aussi d’enrichir le stock de connaissances de ceux qui y participent. Si la lecture est l’une des capacités le plus longtemps préservée, elle ne peut suffire. Car l’interaction sociale est primordiale dans le maintien des capacités cognitives. Tout autant que la stimulation intellectuelle. Les ateliers sont donc conçus pour stimuler les différentes sortes de mémoires : ancienne, immédiate, visuelle, auditive, logique, imaginaire… Le but n’est pas seulement de divertir, mais bien de stimuler le maximum de fonctions du cerveau. De la concentration à l’organisation, en passant par l’orientation spatio-temporelle, la mémoire sémantique ou la mémoire implicite. Pour bénéficier de ces ateliers gratuits, il suffit de contacter sa caisse d’assurance retraite et santé (CARSAT) ou le centre local d’information et de coordination (CLIC) de sa commune.

Stimuli extérieurs et expériences vécues

La Mutualité sociale agricole (MSA) est allée plus loin que le désormais traditionnel atelier en créant le programme Peps Eurêka. Cette méthode s’adresse aux plus de 55 ans, quel que soit leur régime de retraite, et joue sur trois domaines essentiels en termes de maintien de la santé : le physique, l’intellectuel et l’hygiène de vie.

Atelier ou programme, les dispositifs ont tous le même but : permettre aux personnes âgées de stimuler leurs capacités cérébrales, d’améliorer leur qualité de vie et de faire face aux petits trous de mémoire de la vie courante au travers d’activités. Des activités qui peuvent être cérébrales, mais aussi artistiques ou physiques. Jeux visuels à base de photos, jeux de manipulation et de construction, puzzles avec pièces de grande taille, jeux de sociétés, gymnastique douce, jeux collectifs… Tout est bon pour mobiliser les neurones et permettre à la mémoire de ne pas s’enfuir trop vite. Y compris un travail d’introspection sur les expériences vécues. Mais encore faut-il pour cela adapter les activités en question au participant.

Valoriser les capacités existantes

Car chaque personne est différente. Chaque personne a une histoire et un vécu différents. L’atelier mémoire est destiné à valoriser l’individu et non à le mettre en difficulté. Il est donc primordial de s’attacher aux capacités préservées et non à celles qui ont disparu. Dans ses dernières années de vie, l’actrice Annie Girardot ne reconnaissait plus ses proches, mais elle était capable de mémoriser un texte et de le jouer sur scène. L’idée, c’est de ne pas stigmatiser le malade dans ce qu’il n’est plus, mais de le valoriser dans ce qu’il est. Plus il aura confiance en lui, plus il repoussera les limites de sa mémoire. Même si les recherches ont permis d’avancer sur le sujet, le domaine reste largement mystérieux. Tout ce que l’on sait avec certitude aujourd’hui, c’est qu’un cerveau entrainé résiste bien mieux aux ravages du temps qu’un cerveau abandonné à lui-même. Alors oui, jouer aux dames, faire les mots croisés du journal, aller dessiner ou chanter avec ses amis permet de prendre soin de sa mémoire. Il suffit juste de la considérer comme une partenaire de sa vie, au même titre que son corps.

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