Brigitte Bardot, cinq condamnations pour incitation à la haine raciale, des décennies de discours islamophobes, des liens avec l’extrême droite… et pourtant, elle reste une icône intouchable.
Son statut d’actrice mythique et ses engagements pour la cause animale lui servent de bouclier moral, comme si ses combats pour les animaux effaçaient ses propos haineux envers les humains, les médias et une partie de la classe politique ferment les yeux, comme si l’islamophobie était un "détail" de sa personnalité, une simple "excentricité".
L’islamophobie est tolérée, voire banalisée, dans le paysage politique et médiatique français.
Imaginez un instant qu’une figure publique, condamnée cinq fois pour antisémitisme, soit célébrée, invitée sur les plateaux, encensée comme l’est Bardot. Ce serait un scandale national, les médias s’embraseraient, les politiques exigeraient des comptes, les intellectuels dénonceraient une banalisation de la haine, mais pour l’islamophobie, le silence est assourdissant.
L’islamophobie est instrumentalisée, elle sert des intérêts politiques, économiques et médiatiques, elle rapporte des voix : L’extrême droite, mais aussi une partie de la droite et du centre, surfent sur la peur de l’islam pour mobiliser leur électorat, c’est un outil électoral, une stratégie de division, les musulmans sont perçus comme une menace culturelle : Contrairement aux Juifs, intégrés depuis longtemps dans le paysage français, les musulmans sont encore considérés comme des "étrangers", même nés en France, leur religion est associée à l’immigration, au terrorisme, à l'islamisation – des épouvantails commodes pour justifier des politiques sécuritaires et des discours stigmatisants.
Un déséquilibre dans le traitement médiatique et politique : les organisations juives (CRIF, LICRA) ont un pouvoir d’influence que n’ont pas les organisations musulmanes, souvent discréditées et accusées de "communautarisme".
La France a une histoire douloureuse avec l’antisémitisme, et elle a su reconnaître ses erreurs (affaire Dreyfus, collaboration sous Vichy), elle a érigé la lutte contre cette haine en priorité absolue, et c’est normal.
Aucun compromis ne doit exister face à l’antisémitisme.
Mais alors, pourquoi un tel laxisme face à l’islamophobie ?
Parce que l’islamophobie n’a pas encore provoqué le même électrochoc moral que l’antisémitisme, la Shoah a marqué les consciences, les crimes islamophobes (attentats, discriminations, violences policières) sont minimisés, voire justifiés par une partie de l’opinion.
Parce que critiquer l’islam est devenu un sport national, c’est un passage obligé pour être considéré comme "courageux" ou "lucide", critiquer le judaïsme reste un tabou (à juste titre), mais cela montre bien le déséquilibre dans le traitement des haines.
Parce que les musulmans n’ont pas les mêmes relais pour se défendre, leurs organisations sont systématiquement discréditées, leurs revendications ignorées ou caricaturées.
Zéro tolérance pour l’antisémitisme ET pour l’islamophobie, sanctionner systématiquement les propos haineux, qu’ils visent les Juifs, les musulmans, ou toute autre communauté.
Dénoncer les doubles discours : un condamné pour haine (quelle qu’elle soit) ne devrait jamais être célébré.
La France ne peut pas se dire "pays des droits de l’homme" si elle ferme les yeux sur certaines discriminations, elle ne peut pas prétendre lutter contre le racisme si elle en tolère certaines formes.