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Ben MOUBAMBA

Docteur en philosophie (Université de Reims) ; Docteur en sciences politiques (EHESS - Paris).

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Billet de blog 28 février 2013

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Le Gabon et le nécessaire co-développement international

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M. Ali BONGO ONDIMBA s’est installé pendant une dizaine d’années au « ministère de la défense » de la République Gabonaise, selon une stratégie préalablement établie de conservation du pourvoir dans notre pays. Lui et les siens, ont compris bien avant tout le monde sans doute, que l’usage de la force et la maîtrise effective du pouvoir allaient de paire. M. Ali BONGO ONDIMBA s’est donc préparé méticuleusement à prendre le pouvoir en s’appuyant sur « l’Armée Gabonaise » alors que l’opposant historique Pierre MAMBOUNDOU (fondateur de l’Union du Peuple Gabonais (UPG) s’est appuyé, sur de son bon droit et sur les promesses de feu Omar BONGO ONDIMBA pour espérer diriger le Gabon après avoir fait le constat amer suivant en 1998 et 2005 : le résultat des urnes au Gabon comme en Afrique n’a aucune importance, les décisions étant prises ailleurs.

BBM & Boutros Ghali  dans les années 2000

Sommes nous donc assez stupides pour ne pas voir que le co-developpement international et surtout en Afrique est la clé des problèmes du monde ?L'Afrique et le Gabon doivent avoir d'autres leaders !!! Nous sommes dirigés par des idiots utiles sponsorisés par des illuminés manquant de vision réaliste des choses. 

1. LE GABON : UNE EQUATION A 3 INCONNUES

Le problème de fond qui se pose au Gabon n’est pas moins différent de ce qui se passe dans d’autres pays africains à l’image du Togo, de la République Démocratique du Congo (RDC) ou de la Guinée Equatoriale pour ne citer que ces pays. De quoi s’agit-il ? L’Afrique du XXIsiècle se trouve devant un dilemme très simple au demeurant, une équation à trois inconnues : pour favoriser une évolution positive des peuples africains, faut-il privilégier un leadership qui s’appuie sur le pouvoir biologique (Ali BONGO, Faure EYADEMA, KABILA Junior, OBIANG NGUEMA  Junior, Karim WADE) ? Cette première équation  s’est posée au Gabon et a eu pour conséquence que tous les acteurs « en situation » ont à peu près été obligés d’abandonner leurs ambitions, au vu des accords entre la « famille règnante » et ce qu’on appelle souvent improprement les « réalités gabonaises ».

Deuxième inconnue : Faut-il au contraire recourir  à des leaders non issus du pouvoir biologique ou de la « famille régnante » mais qui marquent une rupture avec cette même  « biologie », tout en maintenant le statut quo, notamment avec les ténèbres ou les « réalités gabonaises » ? C’est la théorie de « l’opposition véritable » au Gabon, incarnée entre autre par les patrons d’un parti interdit mais c’est aussi la stratégie des « jeunes loups » qui aspirent légitimement à se positionner comme les futurs leaders de « l’opposition véritable ».

Mais il y a une troisième inconnue et une 3e voie, nés autour du Forum tenu à Reims le 4 avril 2009, quelques semaines avant le décès du Président Omar BONGO ONDIMBA. Cette 3e voie qui s’est matérialisée dans une « célèbre » grève de la faim organisée du 15 au 30 août 2009 devant l’Assemblée Nationale du Gabon et qui a appelé à l’arrêt du processus électoral des présidentielles gabonaises sans être entendue. La question qui se pose à ce courant en dépit de tout et malgré les insuffisances est celle-ci : N’y a t-il pas un moyen de dépasser le « pouvoir biologique » et cette « opposition véritable » ? Entre le refus d’évoluer positivement de la « famille régnante » et  la certitude de « l’opposition véritable » de sauver un certain système en coupant seulement quelques têtes, les populations gabonaises se sont retrouvées bloquées dans des stratégies qu’elles n’ont pas compris. D’autant plus que, comme dans la plupart des pays africains, en l’absence d’un leadership clair et transparent, la tendance générale est au repli communautaire pour se protéger de dangers souvent imaginaires. N’est-ce pas ce qui explique l’implosion de la Côte d’Ivoire il y a une dizaine d’années après la mort de son premier Président, feu Houphouët BOIGNY ?       

Le problème du Gabon est que, des deux courants majoritaires qui s’affrontent, officiellement depuis 2009 (la succession biologique et la continuité dans la rupture biologique), le pouvoir biologique l’a plus ou moins emporté tout en se fracturant lui-même dans cette aventure. Les « opposants véritables » et leur « continuité dans la rupture » pour le bonheur des oligarques, ont certes, disposé d’importants canaux politico-ésotériques en Françafrique et ailleurs mais n’ont pas réussi à inverser la tendance face à Ali BONGO ONDIMBA pour plusieurs raisons : un certain illuminisme (tendance à se laisser aveugler par la lumière de sa propre pensée) les a emmenés à sous-estimer l’intelligence de leurs adversaires d’où une certaine imprudence récurrente, l’héritier biologique terrassant sans coups férir ses ennemis malgré l’extrême faiblesse évidente de sa politique, comme au Togo d’ailleurs ; il a été impossible par exemple d’emmener l’Union du Peuple Gabonais (UPG) et l’ex Union Nationale (UN) à former une véritable coalition politique, qui ne serait pas basée sur des manipulations ou des coups bas des seconds sur les premiers indépendamment des magouilles du parti au pouvoir (PDG), les autres forces politiques du pays étant en réalité trop faibles pour le moment (le facteur argent mis de côté) ; et enfin, l’opposition gabonaise s’est montrée incapable de théoriser avec des concepts simples les attentes des Gabonais face à un concept de « l’émergence » du Gabon qui ne tient pourtant pas debout, l’émergence étant économique et non politique.

2. LA 3e VOIE QUE NOUS LES GABONAIS PROPOSONS EST INDEPASSABLE

En ce qui concerne les partisans de « la 3e voie », nous sommes conscients de ne pas avoir suffisamment d’espace pour le moment, mais nous savons que ce que nous préconisons, est ce que les Gabonais attendent mais aussi les Africains en général. Il s’agit surtout de sortir des cercles de la « rupture dans la continuité » proposée par les « opposants véritables » du pays mais qui n’engraissent que les oligarques au passage. Le problème de celles et ceux qui veulent rompre avec la « famille régnante » tout en sauvegardant un certain système a toujours été qu’ils veulent mouiller tout le monde, y compris, ceux qui ne savent rien de leur passé commun avec le pouvoir biologique. Là est une de leurs erreurs symptomatiques, l’opposition pour l’opposition n’étant point un label de qualité.

En réalité, il s’agit de pousser le « pouvoir biologique » à comprendre la « voie suicidaire » qui est la sienne, s’il peut l’entendre mais sans pactiser avec l’inacceptable, dans l’intérêt du Peuple Gabonais. La « 3e voie africaine » a parfaitement compris les enjeux du « nouveau siècle » et ceux-ci sont d’abord économiques. Nous devons convaincre le monde entier et les peuples africains que les choses doivent changer avant qu’il ne soit trop tard pour tout le monde. Il ne suffira pas de traiter le monde entier de dictatures, de « coloniser » encore une fois l’Afrique ou de maintenir les états africains en général ou le Gabon en particulier dans l’état où sont nos pays pour redonner espoir à l’humanité. Non !

La solution est la globalisation des problèmes du monde et donc de l’Afrique. Le principe de l’enrichissement des populations africaines doit être inscrit dans les constitutions des pays concernés et le co-développement international doit devenir le leitmotiv du G8 ou du G20. C’est une nécessité absolue car la population africaine va continuer à croître et si des solutions ne sont pas trouvées, la communauté internationale regrettera AQMI, BOKO HARAM, les pirates de Somalie ou ceux du delta du Niger (pour ne citer que ces tragédies) quand les jeunes africains se rebelleront en masse, ne pouvant plus émigrer et ne pouvant pas travailler en terre africaine. La 3e voie est un chemin de bon sens parce qu’elle insiste sur l’importance du moyen et du long-terme dans une réalité en mutation. C’est par exemple, une des solutions au chômage de masse en Europe. Les décideurs du nord et du sud n’ont pas encore pris la mesure de leurs responsabilités historiques : garantir un avenir commun entre les peuples et créer les conditions d’une société d’abondance partagée. Ce faisant, ils jouent avec le feu puisqu’ils font fi de la colère qui gronde sous leurs pieds. Nul n’est besoin pourtant d’être Nobel d’économie pour comprendre que la croissance du monde est en Afrique et bien plus en Afrique centrale. L’enrichissement des Africains va créer un appel d’air pour la consommation mondiale comme dans les pays arabes ou asiatiques. Des programmes d’équipements de Libreville à Kigali et de Ndjamena à Luanda pour ne citer que ces capitales sont de l'intérêt de tous. Il faut pour cela, mettre de l’ordre dans les paradis fiscaux au plan financier et tout faire pour que cessent pacifiquement les dictatures sponsorisées par les ultra-libéraux. Alors que la France et l’euro prennent l’eau de partout, on se perd en conjectures : comment se fait-il que Nicolas SARKOZY ou François HOLLANDE (deux « jeunes » présidents à priori, ont eu autant de difficulté à réaliser leur rôle historique ? Dans le « meilleur des mondes », ils auraient mis tout en œuvre pour sauver le TITANIC au lieu de voir "la crise" à court-terme mais bon … chacun est responsable de ses actes devant l’Histoire. Nous persistons à penser que le « Nouveau Partenariat » est la seule solution pour résoudre la crise économique qui devrait encore durer plus de dix ans. 

Tout le monde sait que ce sont les ultra-libéraux qui sont à l’origine de la crise de l’euro et nous n’ignorons pas que c’est la spéculation sur les matières premières africaines qui détruit les espoirs africains et bientôt occidentaux via les paradis fiscaux : cette vérité est indépassable. Que les Africains cessent de croire qu’il suffit d’accéder au pouvoir pour "entrer en paradis". Le pouvoir est un service que l’on rend à une communauté politique ou théologique. Nul n’est indispensable et il faut donc cesser de tuer pour le pouvoir car l’ambition n’excuse pas l’extrême égocentrisme qui caractérise les décideurs politiques de ce temps. C’est aussi ce que le Pape Benoît XVI qui s’est retiré de la papauté ce 28 février, a voulu nous démontrer !

 Rome le 28 février 2013

 Bruno Ben MOUBAMBA

bruno@moubamba.com

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