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Ben MOUBAMBA

Docteur en philosophie (Université de Reims) ; Docteur en sciences politiques (EHESS - Paris).

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Billet de blog 1 septembre 2013

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Gabon : Vivre et mourir dignement est pourtant un droit fondamental / Épilogue des obsèques de L-M MOUBAMBA à Lambaréné

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Toute expérience personnelle comporte toujours une dimension universelle et en racontant l’épilogue de l’enterrement  samedi 31 août 2013 de Louis-Marie MOUBAMBA notre père géniteur, il s’agit d’abord d’essayer de  montrer que chacun de nous à une histoire et qu’il nous faut toujours la dépasser à un moment pour nous situer dans le cycle universel de l’Histoire.

De Nelson Mandéla citant Henley : "Dans les ténèbres qui m’enserrent / Noires comme un puits où l’on se noie / Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient / Pour mon âme invincible et fière / Dans de cruelles circonstances / Je n’ai ni gémi ni pleuré / Meurtri par cette existence / Je suis debout bien que blessé / En ce lieu de colère et de pleurs / Se profile l’ombre de la mort / Et je ne sais ce que me réserve le sort / Mais je suis et je resterai sans peur / Aussi étroit soit le chemin / Nombreux les châtiments infâmes / Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme."

Louis-Marie MOUBAMBA

I. La Mort doit continuer d'être respectée au Gabon au nom de nos valeurs

Merci  au nom des miens à ceux qui nous ont manifesté de l’affection ou qui nous ont exprimé leurs condoléances à l’occasion de cette épreuve. Une veillée funéraire a été organisée à Libreville du 29 au 30 août 2013 pour des parents, amis et connaissances et du 30 au 31 août 2013 à Lambaréné dans le « village » de notre propre conception : Moussa-Moukougou. Selon une opinion généralement admise, toutes les populations du Gabon ayant abandonné l’arrière-pays et leurs villages loin des terres ancestrales (En l’occurrence ici, Moabi au sud-ouest du Gabon) n’y sont pas revenues pour la plupart et se sont installées en « diaspora » dans d’autres contrées du Gabon. Moussa-Moukougou à Lambaréné est de ce fait, devenu une terre d’accueil pour beaucoup et il faut saluer ici l’extrême hospitalité des premiers peuples de Lambaréné qui ont toujours brillé par leur totale ouverture d’esprit et l’intégration de nouveaux Gabonais venus d’ailleurs.

Un sage de l'Union du Peuple Gabonais a commenté la Bible régulièrement lors de ces obsèques traditionnelles

Les obsèques au Gabon sont encore pour le moment un temps primordial en général. La mort est un moment important qui permet aussi aux membres de la famille de se retrouver, de se réconcilier, de se parler ou de construire. Et c’est ici qu’il faut faire plusieurs remarques qui concernent la plupart des populations.

1. Il n’est pas trop tard pour préserver nos cultures et traditions. Lorsque l’on voit des jeunes et des enfants (qui ne parlent plus que français et dont la mémoire culturelle s’efface d’une génération à l’autre) veiller un patriarche défunt (par deux fois) jusqu’à l’aube, il y a de quoi reprendre espoir. Ces jeunes ont exprimé par cet acte leur volonté de retrouver leur culture malgré une modernité mal comprise (à vrai dire une non-culture que l’on pense urbaine) qui sévit au Gabon et détruit la mémoire millénaire de nos pères.

L'espérance, le chant et la danse l'ont emporté sur la tristesse.

Nous pouvions voir ces enfants (qui ne parlent plus leurs langues natales et ne savent plus rien du glorieux passé de leurs ancêtres) s’extasier devant les litanies en langue du Gabon, s’émerveiller devant l’art funéraire de « la palabre » qui voit « s’affronter » dans un « conflit théâtralisé »  le clan paternel et le clan maternel du défunt car tout enfant doit remettre la dépouille d’un de ses parents au clan du père.

Les femmes ont démonté une force commune aux sociétés matriarcales

2.  Nous souhaitons qu’à l’avenir tout Gabonais puisse enterrer les siens sur la terre gabonaise dans la dignité et le respect dû aux morts et nous dénonçons le peu de respect que ceux qui ont le pouvoir au Gabon ont pour les morts dans notre pays à l’exception (et encore !) de leurs morts à eux. Sans insister  sur les scandales des sépultures qui sont régulièrement vandalisées sans que cela n’émeuve les pouvoirs publics, les Gabonais devraient exprimer davantage leur indignation solennelle face à ceux qui n’ayant pas respecté la vie des populations, les respectent encore moins dans le mystère si sacré de la mort en violation de toutes nos cultures et des « lois » ancestrales.

Les Gabonais accompagnent l'âme du défunt dans la mort jusqu'au matin lors d'une veillée funéraire et c'est une très grande valeur culturelle qui ne doit pas se perdre. – à Lambaréné, Moyen-Ogooue.

Que penser des autorités qui détruisent les cimetières sans aucun égard et qui ne construisent pas des lieux d’enterrement respectueux de la dignité des gens et de la douleur des familles ? Qui ignore qu’aujourd’hui au Gabon, seuls ceux qui ont quelques moyens financiers peuvent enterrer leurs morts dignement et bien souvent, dans les concessions familiales ? Les "gens de pouvoir" au Gabon sont-ils à ce point, insensibles  à leurs devoirs que des lieux comme les cimetières municipaux sont traités comme des endroits ou l'on abandonne un proche décédé et où malheureusement on enterre les citoyens sous d’autres citoyens en démolissant au passage, des tombes et en foulant au passage la dignité humaine et nos valeurs culturelles ?


Au matin du samedi 31 août 2013, une messe catholique a été célébrée comme dans les premiers rites égyptiens lorsque le défunt avait droit au pain pour la route dans le livre des morts.

II.Vivement un nouvel espoir au Gabon

On  voit aujourd’hui encore, tous ces politiciens qui n’ont jamais protégé les Gabonais de leur vivant ou après leur décès courir le pays pour tenter de se faire désigner comme « maire » à l’occasion des prochaines élections locales au Gabon. Quelle tristesse ! Vivement que le vent d’un nouvel espoir souffle à nouveau sur le Gabon afin que l’on nous débarrasse enfin d’une  « génération » qui est tombée sur le Gabon comme une armée de criquets s’abat sur un champ de maïs en dévorant tout sur son passage.


Pars en paix ô mon âme car tu as un bon guide pour la route a écrit un jour la catholique Claire d'Assise !

Quel est donc ce pays, dans lequel, les citoyens sont obligés d’enterrer leurs morts au bord des routes comme pour les sécuriser aux yeux de tous ? Pourquoi ? Mais parce qu’au Gabon, on nous tient en captivité en se moquant des valeurs et de la culture ! Jusqu’à quand ? C’est aux Gabonais de le décider : vivre et mourir dignement ou continuer d'être humiliés comme pour toujours !

Quelque chose doit changer au Gabon et cela commence pour nous par l’absence de peur face à la mort. Comment les populations gabonaises peuvent – elles accepter de vivre des vies qui ne valent pas souvent la peine d’être vécues ? Des morts lentes et une torture quotidienne ! Et comment pouvons – nous accepter d’être humiliés jusque dans la mort ? Nous devons vivre et mourir dignement et c’est un droit inaliénable.  Accepter le contraire c’est accepter de n’être rien et nous  ne sommes pas du « rien » car toutes les cultures d’essence « animiste »  le savent : chacun de nous à une âme c’est-à-dire comme un « super intellect » qui a autorisé un philosophe français à oser le dire : « je pensedonc je suis (Descartes)». 

Ceux qui respectent la puissance de l’esprit humain ne peuvent pas mépriser cet esprit dans la vie comme dans la mort. Dans tous les cas, le non – respect des morts par l’absence de lieux dignes et sécurisés doit cesser. Il a fallu une nouvelle grève de la faim à Ndendé en avril 2013 pour que l’on voit le Mausolée Pierre MAMBOUNDOU commencer à sortir de terre et sur sa tombe à Ndendé (sud-ouest du Gabon). On aura attendu deux années pour cela ! Est-ce normal ? Le droit de mourir comme de vivre dignement est une revendication fondamentale. Nous allons nous exprimer sur la question à l’occasion des prochaines élections locales 2013 au Gabon car nous devrions faire notre rentrée politique dans les prochains jours.

Bruno Ben MOUBAMBA

De l’Union du Peuple Gabonais

bruno@moubamba.com       

  Près du lieu ou naguère, tu a été planté sur la terre comme un arbre ... Tu reviendras te reposer ... là ou ta mère t'a conçu – à Lambaréné, Moyen-Ogooue.

A voir cette nouvelle jeunesse gabonaise porter en terre un ancien comme une bibliothèque qui brûle on se demande : nos cultures survivront-elles dans ce choc de la mondialisation ? – à Lambaréné, Moyen-Ogooue.

Le neveu Stéphane porte son grand oncle en terre ... Près du lieu ou naguère, tu a été planté sur la terre comme un arbre ... Tu reviendras te reposer ... là ou ta mère t'a conçu

Un pays avec autant de sociétés matriarcales doit défendre la femme et la jeunes fille. Et c'est pourquoi les viols, les crimes rituels et les agressions (notamment par des taximen) doivent être combattus avec la dernière énergie. – à Lambaréné, Moyen-Ogooue.

On se souvient alors de feu son frère Pierre qui dans une dernière lettre a écrit un jour : comme un papillon (Dikukuli)qui a bu le nectar des rêves partout et ailleurs tu reviendras un jour chez-toi. – à Lambaréné, Moyen-Ogooue.

Pars en paix ô mon âme car tu as un bon guide pour la route a écrit un jour la catholique Claire d'Assise ! – àLambaréné, Moyen-Ogooue.

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