Le conclave des cardinaux devrait s'ouvrir la semaine prochaine. Nous l’avons dit dès l’annonce de la « renonciation du Pape Benoît XVI : les chances qu’un Pape africain (même outsider) monte sur le « siège vacant » de saint Pierre ne sont pas négligeables quoi qu’en disent les « vaticanistes ». Plus qu’une « intuition », il s’agit d’un acte de foi dans l’avenir d’une humanité réconciliée avec elle-même et qui devra donc reconsidérer son berceau africain, là ou le monde a (n'est-ce pas) commencé. sur toute la planète les hommes, les femmes, les jeunes, les politiques, les croyants et non croyants ont commenté la décision historique du Souverain Pontife. Même au Gabon, le premier pays d’Afrique subsaharienne à avoir accueilli des missionnaires catholiques européens au 19e siècle, les plus hautes autorités de la « République » se sont exprimées sur la question et le 28 février (jour du retrait du Pape émérite), l’Archevêque de Libreville a célébré une messe solennelle.
Au centre le Cardinal Peter Turkson
Ceux qui vivent la fin d'un monde ne s'en apperçoivent qu'après. Le retrait du Pape Benoît XVI est en train d’accélérer l’arrivée du "monde nouveau" comme la venue du défunt Pape Jean Paul II a permis la fin du "monde ancien" symbolisé par le Mur de Berlin. Il va falloir que les occidentaux apprennent à partager avec une planète qu’ils ont longtemps dominée sans partage et souvent dans la brutalité, malheureusement. Benoît XVI est le signe annonciateur d’une "puissance" qui accepte de s’effacer quelque peu pour favoriser un monde multipolaire et non une mondialisation unipolaire, tentée par la guerre permanente.
1. « This time for Africa » ?
Notre conviction est que le Cardinal Peter Turkson Appiah du Ghana est bien placé pour devenir le 266ème successeur de Pierre. Pourquoi ? D’abord comme l’a chanté Shakira lors de la Coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud : « This time for Africa ».
Ensuite, l’Afrique est le berceau de l’humanité, le continent le plus riche du monde et la terre qui comporte le plus de jeunes : avant la fin du siècle, nous serons 2 milliards d’habitants (plus que la Chine) et la moitié de nos jeunes auront moins de 19 ans. Si les politiciens du monde entier ont échoué à donner un sens aux 5 siècles de souffrance sans nom que les Africains viennent de vivre, qui mieux que l’Église catholique peut le faire ? Jean-Paul II n’a t-il pas accéléré la libération des « Pays de l’Est » ?
Le Cardinal ghanéen Peter Turkson Appiah est rationnellement l’homme de la situation. Le reste appartient au Saint Esprit !
Peter Turkson est relativement jeune (64 ans), il est actuellement le président du Conseil pontifical en charge de Justice et de Paix. Il est polyglotte et parle six langues dont l’anglais, le français, l’allemand, l’italien et l’hébreu. Il a été créé cardinal par Jean-Paul II en 2003. Ce cardinal est né au Ghana le 11 octobre 1948.Issu d’une famille modeste et nombreuse, il a fait ses études au Ghana, aux Etats-Unis et à l’Institut biblique de Rome, où il a obtienu un doctorat d‘Ecriture sainte. Il a été nommé par le défunt Pape Jean-Paul II archevêque de Cape-Coast (Gnana) en 1992 et a été élu président de la conférence épiscopale du Ghana, un pays qui compte 11% de catholiques tout en étant majoritairement chrétien avec les anglicans et les protestants.
C’est en 2009, que le Pape Benoît XVI l’a appelé au Vatican pour diriger la Commission « Justice et Paix », ce qui lui a permis de voyager et d’accroître sa notoriété internationale. Il correspond aux besoins de l’heure parce qu’il a par exemple demandé une «autorité publique mondiale» pour mettre de l’ordre dans les transactions financières. Mais, le Cardinal Turkson ne serait pas un "Chavez" clérical car il faut s'attendre à des fortes critiques contre ce prélat.
Certains occidentaux vont lui reprocher ses positions « traditionnelles » sur le mariage homosexuel, le préservatif et l’avortement mais c’est son droit. On sait aussi que certains vont nous rappeler lors d’une rencontre des évêques à Rome, en octobre 2012, il a montré (en tant qu’expert et chargé de la Commission Justice & Paix) une vidéo sur les progrès démographique de l’islam en Europe.
A travers un Pape comme le ghanéen Peter Turkson, l’opinion mondiale saura désormais ce que les grandes puissances, les multinationales, les politiques et les militaires gardent pour eux : l’avenir de l’humanité se joue en Afrique et pas seulement sur un plan géostratégique (les ressources des nouveaux consommateurs ou les matières premières avec leurs conséquences économiques, politiques ou militaires), la question des ressources spirituelles est capitale alors qu’une « guerre universelle » a déjà commencé en terre. Si le temps de l’Afrique n’est pas maintenant alors il ne viendra jamais car les Africains attendent depuis 5 siècles. Il appartient à l’Eglise de finaliser la repentance que Jean Paul II a lancé autour de l’an 2000 en portant à sa tête un Pape issu d’un continent crucifié précisément depuis qu’à Valadolid (Espagne), le catholicisme a laissé faire l’esclavage au détriment des Africains, après la fameuse controverse de Valladolid, un débat qui a opposé essentiellement le dominicain Bartolomé de Las Casas et le théologien Juan Ginés de Sepúlveda en 1550 et 1551.
2. Un nouveau Pape, un autre monde et un nouvel espoir
Outre le fait d’être le pays de Kwame Nkrumah le père de l'indépendance ghanéenne, qui a dit écrit « l’Afrique doit s’unir », le Ghana a fourni au monde des ressources humaines de très grande qualité comme Kofi Anann qui a été un très grand Secrétaire Général de l’ONU. De plus, un autre fils du Ghana, John Agyekum Kufuor, né le 8 décembre 1938 à Kumasi, un ancien président de la République du Ghana (2001-2009) et président de l’Union africaine (2007-2008), a mis son pays sur la voie de la démocratie de façon exemplaire. M. Kufuor qui est un fervent chrétien est un des symboles de la vitalité du Ghana et de l’Afrique. Pourquoi pas le Cardinal Peter Turkson ? Il n’y aura pas de changement pour le Vatican car il n’y a pas plus romain que les Africains et tout le monde le sait. Les évêques africains passent beaucoup de temps au Vatican et savent tout des subtilités du Saint Siège.
Il ne s’agit pas d’avoir un Pape africain pour la vitrine. Jean Paul II a dit que l’Eglise est experte en humanité et sur quel continent se trouve l’humanité la plus blessée aujourd’hui ? En Afrique : guerres, manque de soins, taux de scolarisation extrêmement bas, absence d’infrastructures significatives, injustices envers les plus fragiles (femmes, enfants, personnes âgées …), faim, conflits de tous genres …etc. L’Eglise catholique peut réussir là où les décideurs ont du mal. C’est l’intérêt des Africains et du monde entier car, encore une fois, le berceau de l’humanité c’est l’Afrique. Il est temps que le monde prenne soin de son berceau et pas seulement en termes de profits, de guerres, de pouvoir ou de culture.
Quant à l’Eglise Catholique du Gabon et aux chrétiens Gabonais, nous devons nous adapter aux accélérations de l’Histoire. En tant que premier pays à avoir reçu l’évangile au sud du Sahara nous ne jouons pas encore le rôle que le monde attend de notre pays. Mais une chose est certaine : A défaut d’un Pape, le Gabon apportera au monde sa part : un nouvel espoir pour tous les peuples africains dans la perspective d'une vie normale sur des terres africaines enfin nomalisées. Yes we can ?
Bruno Ben MOUBAMBA
Dr en sciences politiques (EHESS – Paris)
Dr en philosophie (Reims)
bruno@moubamba.com