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Billet de blog 27 sept. 2022

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Johann Chapoutot: « Chez Giorgia Meloni, il y a presque tout du fascisme »

Historien, professeur à la Sorbonne, spécialiste du Nazisme et des extrêmes-droites en Europe, Johann Chapoutot revient sur la victoire de Giorgia Meloni et de l'extrême-droite en Italie dimanche 25 septembre 2022.

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Une victoire nette et sans appel. Dans la nuit de dimanche 25 à lundi 26 septembre, l’alliance des droites menée par Giorgia Meloni a emporté 44 % des suffrages en Italie. À la tête de cette coalition : Fratelli d’Italia, parti héritier du néofascisme. L’historien spécialiste de l’extrême-droite en Europe, Johann Chapoutot, professeur à la Sorbonne, décrypte ce séisme politique.

Avez-vous été choqué par la victoire de Giorgia Meloni ce dimanche ?

Choqué au sens moral, oui. Mais pas surpris. En Europe, l’extrême-droite est de nouveau associée au pouvoir depuis la fin des années 1990. Par exemple, dans une alliance des droites en Autriche au début des années 2000. C’est ce scénario qui s’est répété cette année. En Autriche à nouveau, puis en Suède le 11 septembre dernier et enfin en Italie ce dimanche. En France, le camp du Président a appelé l’extrême-droite à travailler avec le gouvernement dès le soir du premier tour des élections législatives en juin dernier. Pousser des cris d’orfraies devant le résultat dans les urnes, voilà plutôt ce qui me surprendrait.

Peut-on qualifier de « post-fasciste » la droite incarnée par Giorgia Meloni ?

Ce terme m’étonne. Ce que l’on peut dire c’est que Fratelli d’Italia est un mouvement issu du Mouvement social Italien (MSI) qui était ouvertement fasciste. Dans le corpus idéologique de Giorgia Meloni, il y a quasiment tout du fascisme : xénophobie, antisémitisme larvé, masculinisme, nationalisme. Il manque seulement les lois anti-juives de 1938 et l’impérialisme colonial. Mais ce n’est pas du fascisme au sens historique. J’utiliserais donc plutôt le terme d’extrême-droite. Ce qu’incarne Meloni, c’est une extrême-droite qui a un vrai problème avec l’égalité des droits, la démocratie et la prise en compte de la réalité sociale et climatique.

N’est-il jamais pertinent de comparer l’extrême-droite actuelle au fascisme ?

Cette comparaison, c’est d’abord l’extrême-droite qui y invite. On a eu chez nous l’exemple ébouriffant d’un candidat à l’élection présidentielle, Éric Zemmour, qui a passé une partie de sa campagne à réhabiliter le Maréchal Pétain. Fratelli d’Italia, en gardant le sigle de la flamme tricolore du MSI, revendique une filiation avec le fascisme. Si les mouvements d’extrême-droite actuels parlent autant du fascisme et du pétainisme, c’est parce que ce sont des moments où leurs idées ont accédé au pouvoir et ont été mises en application. Ils en sont nostalgiques.

Peut-on imaginer en France un tel succès pour l’extrême-droite ? 

L’extrême-droite a le vent en poupe, en France comme dans le reste de l’Europe. Éric Zemmour en représente le versant décomplexé. Le Rassemblement National, quant à lui, a été fondé par d’anciens collaborateurs, d’anciens membres de l’OAS et de la Waffen-SS française, la division Charlemagne. Enfin, le Président Macron contribue à l’effondrement des repères en banalisant l’extrême-droite et en entretenant sciemment la confusion, comme lorsque, candidat de droite à sa réélection, il citait un slogan d’extrême-gauche — « nos vies valent plus que leurs profits » — lors d’un meeting en avril dernier.

La période actuelle ressemble-t-elle à celle qui avait précédé la Seconde Guerre mondiale ?

J’ai souvent répondu par la négative à cette question, mais ces temps-ci, je révise mon jugement. Dans les années 30, l’Europe a réagi à la montée du Nazisme de la pire des manières possibles : en ne faisant rien, par indolence, par fascination et pour servir des intérêts bien compris. J’observe ce même immobilisme aujourd’hui, concernant l’extrême-droite mais aussi d’autres périls existentiels comme le réchauffement climatique.

Propos recueillis par Benjamin Berteau

Johann Chapoutot, 44 ans, est historien, professeur à la Sorbonne, spécialiste du nazisme et des extrêmes-droites en Europe. Il est notamment l’auteur de « Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui » (Gallimard, 2020)

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