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Billet de blog 23 juin 2022

Les avocats en droit des étrangers ne sont jamais invités dans les médias !

À l’heure où les émissions politiques n’ont jamais été aussi nombreuses, les chroniqueurs « spécialistes » jamais aussi nombreux, pourquoi les avocats en droit des étrangers, experts en cette matière si particulière et si technique ne sont-ils jamais consultés ou invités à débattre ? Les affrontements politiques sur ce sujet manquent depuis tant d’années d’objectivité !

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Tribune initialement publiée sur le site du Village de la Justice

Au lendemain de l’élection présidentielle, où le débat sur l’immigration a irrigué la majorité des débats pendant des mois.
À l’heure où les émissions politiques n’ont jamais été aussi nombreuses, les chroniqueurs « spécialistes » jamais aussi nombreux, pourquoi les avocats en droit des étrangers, experts en cette matière si particulière et si technique ne sont-ils jamais consultés ou invités à débattre ?

En effet, cette humble brève que je vous propose ici a pour objet le débat et aussi l’intervention de confrères concernant leur avis sur cette question qui me semble d’importance.

Le débat final de l’élection présidentielle a démontré très clairement, pour les professionnels du droit des étrangers, que les mois de discussions sur les plateaux de télévision, à part pour exposer sans fin des avis d’opinion moraux, voire religieux, n’ont en aucun cas permis d’avancer objectivement sur la matière, pourtant rappelée quotidiennement, comme essentielle, du droit des étrangers.

Les affrontements politiques sur ce sujet manquent depuis tant d’années d’objectivité !

Les chiffres de l’Insee, brandis comme des étendards, sans une lecture sur le terrain n’ont pas de sens et les femmes et hommes politiques, les sociologues de fauteuil, et chroniqueurs spécialisés dans la discussion d’opinions, ne peuvent apporter un débat constructif sur ce sujet.

En revanche, nous autres les avocats qui avons comme domaine de compétence principal le droit des étrangers, expérimentons au jour le jour les dérives des pratiques préfectorales, et recevons quotidiennement les demandeurs à un titre de séjour, très souvent laissés dans la nature sans pouvoir régulariser leur situation administrative.

Cette tendance est arrivée à son paroxysme lors de cette crise sanitaire, où sous prétexte de sécurité, des nombres phénoménaux de demandes de titre de séjour, non recensés par l’Insee ou aucun autre organisme, ou encore plus grave, un pléthore de demandes de renouvellement de titre d’étrangers parfaitement en règle sur notre sol, ont été comme suspendus par la crise, ayant pour effet de plonger dans la précarité et l’insécurité juridique non seulement les étrangers mais en vérité l’ensemble de la population française, forcément impactée !

Pourquoi l’opinion publique n’aurait pas le droit d’être informée avec précision sur les procédures en droit des étrangers, sur le pouvoir discrétionnaire sans partage des préfectures, sur l’absence d’institution juridique, ou, tout le moins, le manque évident de structures pour déposer par exemple une demande d’asile (expliquant le retard abyssal de l’OFPRA dans le traitement des dossiers).

Toutes les problématiques en droit des étrangers étant très techniques, pourquoi se refuse t-on encore que des professionnels de terrain puissent enfin s’exprimer ?

Même si on reproche souvent aux avocats de ne pas être objectifs, car dévoués à la cause de leurs clients, comment leur intervention pourrait rendre le débat moins clair qu’il ne l’est aujourd’hui ?

A l’heure où la question de l’immigration fait ou défait une politique, clive plus que jamais, pourquoi ne pas écouter des professionnels du droit, alors que se multiplient sur les plateaux les interventions d’avocats chroniqueurs en droit pénal, des affaires, du travail etc… ?

Mes biens chers confrères, j’ouvre ici le débat lancé comme une bouteille à la mer.

Benjamin Brame
Avocat au Barreau de Paris
Droit des Contentieux Publics & Droit des Etrangers

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