Le nucléaire et les renouvelables : l’arnaque se précise

Dans un papier publié sur mon blog il y a un an et intitulé « Tout est bon à EDF pour ne pas toucher à son parc nucléaire ! » je lançais l’alerte sur la nouvelle manœuvre qui se dessinait à EDF pour sauver le soldat nucléaire.

Dans un papier publié sur mon blog il y a un an et intitulé « Tout est bon à EDF pour ne pas toucher à son parc nucléaire ! » je lançais l’alerte sur la nouvelle manœuvre qui se dessinait à EDF pour sauver le soldat nucléaire. EDF commençait en effet à proposer de maintenir la puissance du parc nucléaire à son niveau actuel et de l’utiliser chaque fois que nécessaire comme roue de secours de l’électricité renouvelable quand celle ci, variable, vient à manquer. Un prêté pour un rendu, en somme, de ce qui se passe aujourd’hui où notre parc nucléaire, bien incapable de se débrouiller tout seul aux périodes de pointes de consommation électrique appelle les barrages hydroélectriques et les centrales à combustibles fossiles à la rescousse! A l’appui de ce discours, Stéphane Feutray, délégué à la Direction de la production nucléaire d’EDF déclarait tranquillement que « moduler la production nucléaire oblige à un peu plus de maintenance, parce que les robinets ou les tuyaux sont un peu plus sollicités. Mais on estdans l’épaisseur du trait » comme s’il s’agissait d’un vulgaire problème de robinets, alors qu’il en va en fait de la sûreté de réacteurs vieillissants puisque la moyenne d’âge de 30 d’entre eux atteint 35 ans cette année. La modulation en question sollicite en effet plus durement les structures du réacteur en imposant des chocs thermiques et mécaniques importants à la cuve et aux gaines de combustible qu’un fonctionnement continu. Sans même compter les variations de charge beaucoup plus fréquentes et importantes que ferait entraîner une telle stratégie aux générateurs de vapeur alors que les défauts qu’on y a constaté ont conduit l’ASN à imposer à EDF des prescriptions nouvelles pour éviter d’imposer des gradients de température trop violents dans la conduite des réacteurs.

Aujourd’hui, à la veille du débat public l’arnaque se précise. Elle consiste à enfoncer le clou sur deux leviers qui visent toutes deux à reporter sine die la fermeture des réacteurs actuels : moduler autant que nécessaire la production des centrales nucléaires pour combler l’écart qui peut se produire entre les besoins de puissance instantanée des consommateurs à un instant donné et la puissance fournie à cet instant par les renouvelables et exporter au maximum l’électricité disponible de façon à rentabiliser au mieux le parc nucléaire.

 

Dans 3 sur 4 des scénarios présentés par RTE pour alimenter le débat public, la production d’électricité en 2035 est nettement plus élevée qu’en 2016 : 636 TWh pour les scénarios Ampère et Hertz, 613 TWh pour le scénario Volt contre 531 TWh en 2016. Malgré cette inflation, difficile à comprendre alors que les besoins globaux d’électrcité n’augmentent pas, si le nucléaire devait satisfaire dans une proportion importante aux besoins complémentaires d’électricité renouvelable au point de ne plus représenter que 50% de la production, il ne produirait plus en 2035 que 306,5 TWh dans le scénario Volt, et 318 TWh dans les scénarios Ampère et Hertz. Le nombre d’heures moyen d’appel au  parc nucléaire De 6060 heures par an en 2016, il devrait descendre respectivement à 5000 et 4800 heures par an.

Cette chute du taux de charge aurait des conséquences importantes sur le coût de production nucléaire. Le poids de l’amortissement des investissements initiaux, des investissements de maintenance et des frais fixes d’exploitation (en particulier de personnels), voisin de 90%, rend en effet le coût du MWh extrêmement sensible au taux de charge annuel du parc.

Le coût au MWh du parc après « Grand carénage » estimé par la Cour des comptes entre 63 et 70 € sur la base du taux de charge annuel actuel pourrait grimper entre 85 et 95 €. Ce serait donc désastreux pour les comptes d’EDF qui ne sont déjà pas au beau fixe.

 

Première conclusion : éliminer toute idée de chute de la consommation d’électricité en France pour éviter le pire ! C’est ce qu’a fait Nicolas Hulot en déclarant récemment que seuls les scénarios Ampère et Volt de RTE, les plus consommateurs d’électricité, serviraient de base au débat public. Exit le scénario Watt qui n’exigeait que 440 TWh de production électrique.

Deuxième conclusion : exporter au maximum pour amortir de façon plus efficace les nombreux frais fixes.

Sur le papier tout cela est magnifique. A ceci près que les conditions du succès ne sont pas évidentes à réunir. Il faut en effet à la fois :

-Disposer d’une capacité d’interconnection suffisante avec nos voisins européens pour pouvoir évacuer des puissances instantanées très importantes en cas de pleine production des énergies renouvelables non stockables (hydraulique au fil de l’eau, éolien, photovoltaïque) et donc de forte disponibilité du nucléaire. C’est loin d’être le cas aujourd’hui.

- Trouver des clients pour le nucléaire non utilisé à des moments bien précis de surproduction nationale (due au nucléaire mais aussi aux renouvelables) alors que les conditions météorologiques qui règnent chez nos voisins risquent de les mettre dans la même situation que nous (situation anticyclonique sur l’Europe pour le photovoltaïque et train de dépressions pour l’éolien).

Tout cela fait irrésistiblement penser à la fable de Pérette et le pot au lait !

A moins , ce qui paraît beaucoup plus probable, que ce nouveau discours n’ait pour but que de gagner du temps, d’éviter toute fermeture de réacteur et de continuer tranquillement comme avant, en constatant de temps en temps avec un air navré que, finalement, la pénétration des énergies renouvelables sur le réseau a avancé beaucoup moins vite qu’on ne l’avait naïvement espéré.

En attendant les Français continueront de s’enfoncer dans un « tout nucléaire » complètement  dépassé, à haut risque, sans préparer le moins du monde la transition vers la sobriété électrique et les énergies renouvelables.

 

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