"L'Uteq est une police offensive"...

"Uteq", le nom pourrait faire croire à quelque obscur groupe de para-militaires colombien, non, rassurez-vous il ne s'agit que des "Unités TErritoriales de Quartiers" à pied d'oeuvre depuis quelques jours, notamment à Villiers-le-Bel.Un article suit... Il se passerait de commentaire si il n'y avait cet océan d'étrangeté entre nous-autres lecteurs avisés et les situations dont il s'agit.

"Uteq", le nom pourrait faire croire à quelque obscur groupe de para-militaires colombien, non, rassurez-vous il ne s'agit que des "Unités TErritoriales de Quartiers" à pied d'oeuvre depuis quelques jours, notamment à Villiers-le-Bel.

Un article suit... Il se passerait de commentaire si il n'y avait cet océan d'étrangeté entre nous-autres lecteurs avisés et les situations dont il s'agit.

Pour avoir été quelques instants témoin du contexte de l'arrivée de ces nouvelles brigades "de proximité" à Villiers-le -Bel, du niveau de défiance qui existait déjà, avant l'arrivée de ces unités surentraînées, entre une grande partie de la population et les forces de l'ordre. Pour avoir senti aussi le sentiment d'abandon chronique qui caractérise la relation de la jeunesse aux autorités locales et non-locales. Abandon qui saute aux yeux de n'importe quel observateur un tant soit peu attentif. Pour avoir entendu, après la dernière intervention en date de ces mêmes forces de l'ordre, une jeune femme d'une vingtaine d'années murmurer "c'est fini maintenant "la civilisation", ils veulent faire de nous des sauvages... et bien, nous serons des sauvages!".

Pour mémoire: le mois dernier lors d'une une course poursuite entre la police et des "petits" (13-14ans), ces derniers sont venus se réfugier parmis les "grands" rassemblés autour d'un camion snack au coeur du quartier. Les fourgons de police arrivant sur les lieux laissent sortir des CRS armés de flash balls et de mortiers à lacrymogènes qui tirent sans sommation "dans le tas" (les dizaines de douilles récoltées le lendemain par les habitants attestent d'un véritable "canardage"). Deux jeunes hommes perdent un oeil à cause de tirs tendus de flash-ball.

 

Pour avoir pu constater, donc, la stratégie de tension que les patrouilles de police ont manifestement consigne d'entretenir dans ces quartiers, consigne que j'imagine assez bien être la même dans nombre d'autres quartiers... surtout depuis les tonitruantes déclarations du chef de l'Etat, déclarant une énième fois la guerre à tous les petits gavroches de banlieues. Pour tout ça, je me permet d'affirmer ceci:

 

Arrêtons de rigoler, les types qui sillonent les quartiers en patrouilles armées jusqu'aux dents à longueur de journée, ç'est pas pour s'attaquer aux barons de la drogue et au grand banditisme, c'est bien pour rappeler à tous que "le maintien de la paix dans les territoires" ça ne se passe pas qu'Outre Mer, ou en Algérie il y a cinquante ans... Il y a quelques semaines encore, on aurait entendu dans les couloirs d'un commissariat, murmurer: "en 2007, on était pas prêts, la prochaine fois on va vous éclater"...

 

L'article donc... paru dans Vingt Minutes, journal gratuit parisien...

 

« C'est sûr qu'on va déranger, mais c'est le but »

 

"Votre arrivée est une bonne nouvelle. » Hier, Christine Janodet, maire (DVD) d'Orly (Val-de-Marne), a officiellement accueilli son unité territoriale de quartier (Uteq), en présence du préfet du Val-de-Marne. Cette police, expérimentée depuis 2008 en Seine-Saint-Denis et dont la philosophie est de tisser un « lien de confiance » avec la population, patrouillera dès le 15 juin dans certaines cités sensibles de la ville et de Choisy-le-Roi. Les dix-huit hommes qui la composent patrouilleront à pied, en binôme ou en trinôme, tous les jours de 14 h à 22h.

Mais attention, « ce n'est pas une police de proximité », assure Valérie Moulin, commissaire responsable de l'unité. A la différence de la police de quartier mise en place sous le gouvernement Jospin et supprimée par Nicolas Sarkozy en 2002, « nous n'allons pas faire de l'îlotage pacifique, poursuit-elle. Nous sommes dans la police dans le but d'arrêter les délinquants. » « On n'organisera pas de match de foot entre les jeunes et la police. Les Uteq ne sont pas des animateurs sociaux. Leur rôle est d'être en amont de la justice », ajoute le préfet. Autre mission qui leur incombe : assurer le « renseignement opérationnel ». En clair, favoriser le signalement de délits par les habitants dans l'anonymat, sans risques de représailles.

A Cergy et à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) selon certaines sources policières, la présence des Uteq, qui viennent tout juste d'être mises en place, attise la tension. Ce week-end, ces forces de l'ordre se sont affrontées à des jeunes. Pour se dégager, les fonctionnaires ont fait usage de leur flash-ball, sans faire de blessé. A Orly aussi, « c'est sûr qu'on va déranger, mais c'est le but : l'Uteq est une police offensive, note Valérie Moulin. L'objectif est de rentrer gentiment dans les quartiers, accompagnés par des renforts, mais juste au cas où. »

David Thomson - 20 minutes"

 

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Et puis pour ne pas en rester là... un lien vers le site de Résistons Ensemble aux Violences Policières et Sécuritaires, un réseau qui tente d'organiser la solidarité face à cette stratégie de tension dans les quartiers... plus d'info là:

http://resistons.lautre.net/

 

Quant à moi je suis en pleine lecture de " Prologue d'une révolution - fevrier-juin 1848" de Louis Ménard (éds la Fabrique), c'est très instructif. Il y est question de comment les partis réactionnaires et conservateurs élus à l'assemblée nationale après la révolution de février1848 ont procédé dès juin au massacre pur et simple de milliers d'insurgés parisiens, doublant les décharges des pelotons, d'un flot de calomnies sur leurs prétendus pillages, tout ça bien sûr au nom du salut de la République... Instructif.

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