"l'incitation à la révolte" en passe de devenir un délit....

Début mai était annoncé sur internet le lancement d'une campagne nationale de soutien aux quatres personnes de Villiers-le-Bel incarcérées préventivement après les émeutes de 2007 qui avaient répondu à la mort de deux adolescents, Lakhamy et Moushin, fauchés par une voiture de police. Quelques jours à peine ont suffi pour voir les réactions, d'abord dérisoire, de groupuscules fascistes, puis plus inquiétante celle d'un syndicat de police d'envergure, demandant l'interdiction d'un des concerts. Je vous laisse juger.

 

 

 

Reponse des organisateurs du concert de soutien de Rouen le 19 mai avec Demon One, Kommando Toxik, Abou2ner, DJ Plaiz, Dokou, Légendaire, Gueltou et DJ Smoke:

 

 

Le 11 mai dernier, alors que la campagne de soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel était à peine lancée, nous découvrions simultanément dans le Figaro et sur le site d’extrême droite Novopress.info que le syndicat de police Union Unité police/SGP FO se disait scandalisée par notre démarche et en appelait à son ministre de tutelle, Brice Hortefeux, afin qu’il vienne mettre un coup d’arrêt à cet élan de solidarité qu’il ne semblait vouloir partager.

Aujourd’hui, Samedi 15 mai, c’est par voix de presse, dans l’édition quotidienne du Paris-Normandie que nous découvrons la nouvelle tentative d’intimidation des syndicats de police. Le syndicat Unité SGP Police, par la voix d’Olivier Marin et de Frédéric Desguerre (sic) en appelle au préfet afin qu’il interdise le concert prévu le 19 mai à Rouen à la salle Sainte Croix des Pelletiers. Tentative de censure qu’ils modèrent dans les pages du Paris-Normandie mais assument entièrement dans la-dite lettre au préfet. L’article du journal se clôt par la menace d’une manifestation des forces de l’ordre aux abords du Concert.

Nos deux scribouillards syndicaux – qui avaient entre temps créé un groupe sur le réseau social facebook où les commentaires d’injures, de menaces et de diffamation la plus crasse s’étalent à longueur de page – justifient confusément leur tentative d’intimidation et de censure de deux manières.

Tout d’abord, le soutien aux inculpés de Villiers-le-Bel n’étant pas de leur gout, il devrait être interdit. Ou comment un simple syndicat de forces de l’ordre s’essaie à jouer la police politique. Ne leur en déplaise, jusqu’à nouvel ordre, soutenir des personnes inculpées parce que l’on conteste ce qui leur est reproché ou parce que l’on est solidaire de leur cause n’est ni un crime ni un délit. L’appel à la “révolte contre le pouvoir” que nous impute ce syndicat est au contraire, pour beaucoup un précieux héritage. Jusqu’à Eric Cantona qui déclarait il y a quelques mois que c’était là l’idée qu’il se faisait de l’identité française.

Faut-il préciser ici qu’en insinuant qu’il serait délictueux de soutenir des inculpés pas encore jugés, ce syndicat porte ouvertement et directement atteinte à la présomption d’innocence.

La deuxième justification apportée par ces messieurs concerne le contenu des paroles de certains des artistes qui se produiront ce soir-là. Les textes leur paraissent trop peu chaleureux à leur endroit. Serait-il interdit de ne pas aimer la police? Nous ne rentrerons pas ici dans une explication de texte, nous nous contenterons d’encourager ces fonctionnaires précautionneux à mener leur démarche jusqu’au bout et sans discrimination. Nous attendons donc de leur part qu’ils réclament l’interdiction de vendre et de diffuser les œuvres de milliers de groupes de rap français, y compris de ceux qui ont reçu des victoires de la musique, ainsi que de toute l’œuvre de Georges Brassens, de Renaud et que d’une partie de celle de Johnny Halliday et pourquoi pas même le sketch nommé “la police” des Inconnus.

Concernant la tentative d’intimidation qui nous parait la plus grave, à savoir la menace d’une manifestation de policiers aux abords et contre le concert du 19 mai : il semblerait que l’autorité du préfet – dans son rôle de garant de l’ordre – se trouve mise à l’épreuve par ses propres forces de l’ordre. Cocasse. Mais nous ne laisserons pas notre concert être perturbé par une émeute de policiers. Nous ne laisserons pas la police faire du centre ville de Rouen son territoire, sa zone de non-droit. Et cela par tous les moyens qui nous paraîtrons nécessaires, y compris par le biais de nos avocats.

Nous appelons toutes les personnes solidaires des inculpés de Villiers-le-Bel ainsi que toutes celles et ceux qui trouvent intolérable que ce concert puisse être menacé, à venir, quoi qu’il arrive, le 19 mai à 19H à la Salle Ste Croix des Pelletiers de Rouen.

Merci de faire passer cette information à tous vos amis et réseaux. Plus que jamais, nous avons besoin de solidarité.

www.soutien-villierslebel.com

 

...et pour suivre les détails de l'affaire et voir le courrier du syndicat de police:

http://juralibertaire.over-blog.com/article-les-syndicats-de-police-travaillent-50223003.html

 

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