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Billet de blog 1 juil. 2013

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Comment les Etats-Unis ont manipulé le Prix de l'alimentation 2013 pour promouvoir les OGM

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Le prix mondial de l'alimentation décerné à Monsanto ne cacherait-il pas une opération de propagande plus vaste destinée à séduire les pays du Sud, à commencer par l'Afrique à l'heure où le président Obama visite le continent ?
« Lorsqu'on parle d'agriculture, le Prix mondial de l'alimentation est l'équivalent des oscars », c'est par ces mots que le New York Times annonçait les lauréats 2013 récompensant trois pionniers des biotechnologies. En tête, Robert T. Fraley, vice-président de Monsanto, Mary-Dell Chilton fondatrice du centre de recherche de biotechnologie de Syngenta en 1984 et Marc Van Montagu, chercheur belge, fondateur de Plant Genetic Systems Inc en 1982 et actuel président du lobby de la Fédération européenne des biotechnologies (Europa BIO).

Depuis 1987, ce prix récompense les scientifiques qui contribuent à « améliorer la qualité, la quantité et la disponibilité » de nourriture dans le monde et s'inscrit dans l'héritage de son fondateur, Norman E. Borlaug, père de la « Révolution verte » et prix Nobel de la paix en 1970 pour ses recherches agronomiques. Voici pour la version officielle.
Depuis l'annonce des lauréats le 20 juin, ce prix fait couler beaucoup d'encre. Remis par le Secrétaire d'Etat John Kerry pour lui donner un ultime lustre officiel, ce prix n'a pourtant rien de la respectabilité d'un Nobel avec lequel il essaye vainement de se confondre. Ce prix américain est en réalité lié à la fondation du même nom implantée dans l'Etat agricole et conservateur de l'Iowa, et qui compte parmi ses conseillers d'honneurs  les anciens présidents Georges Bush père et Jimmy Carter ou encore A.S. Clausi, vice-président de General Foods Corp (Kraft), leader mondial de l'industrie alimentaire.

Plus édifiant encore est la liste des « sponsors » de cette fondation privée, où se côtoient les fondations Rockfeller et celle de Bill & Melinda Gates deux ardents promoteurs de la « Révolution verte », le géant du matériel agricole John Deere mais aussi Archer Daniels Midland Company et Cargill, les deux leaders mondiaux du commerce de céréales et d'OGM. Pour couronner le tout, dans le top des donateurs se trouvent ni plus ni moins que les deux lauréats de 2013, Syngenta et Monsanto, qui  donnait 5 millions de dollars à la fondationen 2008.

Face à l'annonce du prix de l'alimentation 2013, plus de 80 personnalités engagées, anciens récipiendaires du Right Livelihood Award (« Prix Nobel alternatif ») et World Future Council, une fondation caritative internationale, ont fait part de leur « choc », qualifiant la décision de véritable « outrage ». Pour ces leaders altermondialistes, « le choix du World food prize 2013 est un affront fait au consensus international grandissant sur les pratiques agricoles saines et écologiques dont la science à prouver la réelle contribution à l'amélioration de la nutrition et de la soutenabilité de l'agriculture. »

Imposer une Révolution verte en Afrique

Les masques tombés, cette promotion des biotechnologies apparaît dès lors comme une vaste opération de propagande pour imposer dans le monde des OGM pourtant incapable de tenir leurs promesses agronomiques aux Etats-Unis où la technologie s’essouffle. Cependant, ce prix provocateur n'a sans doute pas pour cible les populations hostiles de l'Europe, mais bien plus les populations et décideurs du Sud, en particulier de l'Afrique qui est devenue une priorité dans la politique d’expansion du modèle agricole américain.

Dès septembre 2006, les fondations Rockefeller et Bill & Melinda Gates levaient quelques 150 millions de dollars pour la création de l'Association pour une Révolution Verte en Afrique (Agra) afin de promouvoir l'utilisation d'intrants chimiques, de semences brevetées et d'OGM sur le continent noir.  Depuis, les Gates ont investi plus de 400 millions de dollars dans cet organisme de promotion des « agro-dealers » en Afrique (voir l'infographie), mais c'est désormais le gouvernement américain qui prend le relais.
En mai 2012, lors du sommet du G8 à Camp David aux Etats-Unis, le président Obama annonçait le lancement de la New Alliance for Food Security and Nutrition (Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition) financée par une levée de fonds publics-privés à destination du secteur agricole africain, dans le cadre du programme global Feed the future. Un an plus tard, ce sont 3,75 milliards de dollars de promesses d'investissement qui ont été faites à plusieurs gouvernements africains contre l'engagement de « réformes politiques favorisant un environnement propice aux investissements ».

Lors de sa visite au Sénégal ce 28 juin 2013, le président Obama annonçait aux côtés des dirigeants de l'AGRA, le lancement d'un programme commun avec USAID intitulé Scaling Seeds and Technologies Partnership (partenariat pour l'accroissement des semences et des technologies) portant sur la distribution de semences « améliorées » et l'accès aux intrants chimiques. Dans ce cadre, l'USAID fait un don de 47 millions de dollars pour les trois ans à venir, tandis que son partenaire, l'AGRA, metra à disposition des paysans de quatre pays africains quelques 50 000 tonnes de semences pour favoriser la création de nouvelles structures de diffusion de ces « technologies capables de changer la donne » selon le communiqué de l'USAID.

Pour les Amis de la Terre international, si l' « on pourrait se réjouir à l'écoute de cette annonce », ce n'est pas la cas car « cette nouvelle alliance ouvre aux multinationales un accès sans précédent aux ressources africaines. Pour obtenir les aides financières, les gouvernements africains doivent engager des changements radicaux pour libéraliser leurs politiques agricoles, semencières et foncières » comme le rapportait le Guardian. L'opération de séduction pourrait donc rapidement tourner à la razzia sur les richesses africaines et la philanthropie affichée du Président Obama pour « son continent » pourrait elle se transformer en une nouvelle mascarade dont l'Histoire porte les secrets.

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