Briançon, frontière italienne: les exilés et les associations harcelées

A la frontière italienne (Montgenèvre, Briançon), les exilés et les associations de secours harcelées par les forces de l’ordre : quelle réplique ?

A la frontière italienne, presque tous les jours et toutes les nuits depuis 4 ans, des personnes en exil tentent de passer la frontière, à 1500 mètres d’altitude, sous des températures pouvant avoisiner  les -20 °C, dans la neige en hiver, et souvent la nuit. Ils espèrent, dans ces conditions difficiles, échapper aux forces de l’ordre qui les incitent à prendre ces risques en les repoussant vers l’Italie et en les pourchassant de plus en plus loin. C’est une véritable chasse à l’homme qui a lieu dans nos montagnes.

Or, il suffit de consulter la section « droit d’asile » du site du ministère de l’intérieur pour constater que les « reconduites à la frontière » sont contraire au droit constitutionnel d’asile en France, qui stipule bien dans sa décision du 13 août 1993 : « que l’étranger qui se réclame de ce droit [est] autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande ». » Un étranger peut effectuer sa demande d’asile à la frontière, ou une fois entrée sur le territoire, régulièrement, ou irrégulièrement.[1]

De nombreuses associations dénoncent depuis plusieurs années déjà, les mesures de refoulement à la frontière dont se rend responsable la Police aux Frontières, sans distinction entre personnes mineures, majeures, hommes ou femmes (parfois enceintes), et sans tenir compte des droits spécifiques qui s’appliquent à chaque cas.[2]

Face aux conditions dramatiques auxquelles font face ces hommes, ces femmes et familles avec leurs jeunes enfants, des bénévoles de tous horizons se relaient pour parcourir les sentiers de montagne ou les routes, nuits et jours. Lors de ces « maraudes », des associations (Tous Migrants, Médecins du monde, etc.) tentent ainsi de venir en aide aux personnes perdues ou frigorifiées, dans le but de les mettre à l’abri dans un centre d’accueil d’urgence à Briançon et d’éviter que d’autres accidents tragiques que ceux déjà répertoriés n’aient lieu: amputations dues au froid, chutes mortelles, etc.

Or, depuis le 6 janvier dernier, les forces de l’ordre n’ont de cesse d’intimider et de gêner l’action des associations de solidarité en harcelant les maraudeurs.

Bien que l’action de maraude soit une action légale (application du principe constitutionnel de fraternité), certaines équipes de police (pas toutes heureusement), peut-être motivées par des croyances ou des préjugés bien ancrés, ou bien par des consignes de leur hiérarchie, outrepassent le droit et développent des pratiques déloyales. Elles cherchent notamment par n’importe quel prétexte à verbaliser les maraudeurs dès l’heure du couvre-feu. Quand aucun prétexte n’est trouvé, puisque les maraudeurs prennent soin d’être en règle sur tous les plans (véhicule, ordres de mission signés, autorisation dérogatoire de sortie, carte d’adhérents à l’association), la contravention est tout simplement émise pour « non-respect du couvre-feu », les documents présentés étant considérés comme n’ayant « aucune valeur » (dixit !).

On comprend bien l’aspect dissuasif de ces pratiques quand on sait que la  1ère amende est de 135€, la seconde de 200€, et que la troisième infraction est passible de 3750 euros d’amende et 6 mois d’emprisonnement.

Face à ces pratiques intimidatrices, pernicieuses et déloyales, la contestation des verbalisations s’organise avec l’association « Tous Migrants », le soutien d’élus qui viennent marauder, des avocats. Au-delà, la mise en cause de la responsabilité des forces de l’ordre pour les préjudices subis par les personnes exilées et les associations qui leur viennent en aide va être recherchée.

Des maraudeurs de la Drôme en colère

[1]  https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Asile/L-acces-a-la-procedure-et-le-droit-au-maintien-sur-le-territoire

 

[2] A titre d’exemple en 2018 : https://www.la-croix.com/France/Exclusion/justice-enqueter-refoulement-migrants-mineurs-frontiere-italienne-2019-02-07-1201000953

 

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