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professionnel du secteur médico-social, militant des droits de l'homme et d'une gauche sociale, tiers-mondiste et écologiste

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Billet de blog 2 avril 2023

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Macron, RN, de la connivence à l’alliance, il n’y a plus qu’un pas.

Une conception du pouvoir autoritaire, l'usage d'une violence extrême de l'Etat, des manipulations politiques de plus en plus visibles rapprochent E. Macron, des méthodes de gouvernance de l’extrême droite et pourraient déboucher un jour sur une alliance de circonstance.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il existe aujourd'hui de plus en plus de similitudes entre la conception du pouvoir d’E. Macron, son gouvernement et celle de l’extrême droite,  représentée par le Rassemblement National de M. Le Pen.

  • Ils mettent en œuvre des politiques autoritaires et méprisent plus ou moins ouvertement, la démocratie parlementaire et sociale.
  • Ils soutiennent leurs actions politiques à l’aide d’une violence d'État, conçue comme un outil répressif légitime qui assimile les opposants à des « ennemis de l’intérieur ».
  • Ils utilisent des méthodes d'actions politiques et une parole politique qui visent à manipuler la société civile.

Le système politique d'E. Macron a plus à voir aujourd’hui avec les conceptions autoritaires de l’extrême droite, qu'avec les fondamentaux de la révolution française et la déclaration des droits de l’homme.

Il organise une prédominance du pouvoir exécutif, verticalisé à outrance. Il neutralise, par tous les moyens possibles, le pouvoir législatif en usant et abusant des atouts de la 5e République. Avec son gouvernement, il bâillonne les députés à coup d'articles constitutionnels pour les empêcher de sanctionner ses réformes. Il boude les pouvoirs des élus de proximité (maires, conseillers départementaux) et renforce un pouvoir préfectoral centralisateur.

La démocratie sociale est ignorée. Les corps intermédiaires, syndicats, associations, organisations politiques, groupes professionnels ne sont plus entendus. Ils ne remplissent plus leur rôle de médiation entre l’État et la société civile. Plus grave encore, ils peuvent être remis en cause dans leur fondement. Ainsi, à travers le contrat d'engagement républicain (CER) semble se dessiner une surveillance, voire une atteinte sérieuse au droit d'association. La liberté de manifester (sans déclaration préalable) est présentée faussement comme un délit. 


Pour pérenniser cet émiettement, de plus en plus visible, du fonctionnement démocratique, le pouvoir utilise une violence d'État qui étouffe toutes les velléités de l'opposition.

La doctrine d’encadrement des manifestations a changé. La violence d’État est érigée comme un dogme qui donne une immunité aux forces de l’ordre. Ce n'est pas la violence que l'État utilise qui pose problème, mais sa disproportion et son inhumanité. Le défenseur des droits, le conseil de l’Europe, la ligue des droits de l’homme (LDH), Amnesty International, la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) viennent tirer la sonnette d’alarme. Mais E. Macron et son gouvernement n’entendent pas les sirènes des ambulances…

La violence des forces de police est extrême. Il y a des personnes tuées et d’autres blessées très grièvement. Deux activistes à Sainte-Soline sont encore entre la vie et la mort. Les victimes de ces violences ne dépareilleraient pas dans un tableau des gueules cassées de la guerre 14-18.

Au cours des divers mouvements de protestation, les arrestations arbitraires sont devenues « monnaie courante ». Ces abus ont eu pour objectif d’empêcher ou de décourager les manifestants. Les instances judiciaires sont, parfois à leurs corps défendant, obligées de valider cette répression. Elles condamnent à de lourdes peines financières, pénales... à des interdictions de manifester. Dans tous les cas, un contrôle des manifestants est renforcé.

Aujourd’hui, le maintien de l'ordre français, par la répression qu’il exerce, s’apparente plus aux exactions des régimes autoritaires, qu'à celui pratiqué dans les autres démocraties européennes. Lorsqu’une personne en manifestation se retrouve avec une orbite enfoncée, la perte probable d’un oeil et une mâchoire fracassée, on est plus proche d’un acte de torture que d’une opération musclée de la police.

Pour justifier ces exactions, les méthodes qui soutiennent le pouvoir politique n’ont plus rien à voir avec une recherche objective de la vérité qui prévaut en démocratie. Elles ont à voir avec la manipulation habituelle des masses qui a cours dans les dictatures. Le chef de l’État, le gouvernement, les députés « Renaissance » par les éléments de langage qu’ils utilisent dans la presse, manient le mensonge et l’omission, criminalisent leurs adversaires politiques, déforment les faits à leur guise.

Les militants politiques, les syndicalistes, les activistes qui s’opposent frontalement à ses réformes économiques et sociales, à sa politique écologique sont désignés comme une « classe dangereuses » délinquante ou terroriste. Les députés « Renaissance » et le gouvernement font des procès d’intention en « anti républicanisme » à l'ensemble de la gauche.

Le gouvernement n'hésite plus à réprimer et à dissoudre les collectifs (à l'exemple des soulèvements de la terre) qui font usage de la désobéissance civile pour contrecarrer les plans de sa politique libérale.

La réalité des violences est déniée, minimisée. Lorsqu’elle finit par être reconnue, elle est justifiée scandaleusement par le concept de violence d’État, oblitérant ainsi toute humanité à ceux qui en sont les victimes. Le ministre de l’intérieur traite, parmi les manifestants, les victimes de « fichés S ». Il les apparente abusivement à de dangereux terroristes islamistes pour justifier la gravité des blessures que la police leurs a infligés. Lorsque la violence concerne des victimes au sein des forces de l'ordre, elle est par contre dénoncée avec force et théâtralité.

Ainsi les stratégies politiciennes, les méthodes et les actes politiques d’E. Macron, de son gouvernement et ses députés « Renaissance » font écho à celles empruntées par l'extrême droite. M. Le Pen ne s’y trompe pas. Le groupe de députés RN prend bien soin de montrer sa discipline et sa conception d’un « ordre nouveau » qui contrastent avec le désordre démocratique de l'assemblée nationale et les chaos de la rue. Ses élus sont fiers d’ovationner les forces de l’ordre, sous les envolées lyriques et surjouées du ministre de l’intérieur qui appelle à sauver l’ordre Républicain.

Ce n’est pas très étonnant, lorsque l’on sait la police très imprégnée des thèses de l'extrême droite. Aujourd’hui alors que la police est devenue garante de la survie du pouvoir Macroniste, un certain nombre de policiers n'hésitent pas à accentuer cette fracture opérée par l’accentuation de la violence d'État. Leurs réponses sur le terrain ne respectent pas les règles du maintien de l'ordre (à l’exemple de la Brav-M ou des tirs de LBD effectués parfois à bout portant, des grenades de désencerclement jetées en l’air). Ils accumulent dans leurs missions de maintient de l’ordre, des comportements et des propos parfois ouvertement humiliants ou racistes à l’égard des manifestants.

Les députés « Renaissance », le gouvernement Macroniste, les ministres n'hésitent pas en retour de ce soutien discret à encourager une normalisation du Rassemblement National, en lui prêtant volontiers des habits républicains. A l’assemblée, des sièges et des responsabilités leurs sont confiés, alors que par ailleurs la gauche est affublée d'une radicalité « extrême ou ultra » qui ne correspond pas à sa réalité politique. Il est donc possible de parler de connivence.

Dans ce contexte délétère, il est à craindre que dans le futur, un pas supplémentaire soit franchi vers un rapprochement possible et qu'une alliance de circonstance avec le RN soit rechercher par Macron.Le RN, à l'instar de la police, pourrait devenir le nouveau garant d'E. Macron. Il pourrait ainsi maintenir une politique libérale toujours plus en faveur d’un capitalisme prédateur et continuer à affaiblir les droits sociaux et la démocratie pour le malheur du plus grand nombre.

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