Critique de la psychiatrie actuelle

Je suis médecin-psychiatre depuis 23 ans. Après près d’un quart de siècle en pratique, je vis encore avec le sentiment que la spécialité médicale qu’est la psychiatrie ne joue pas du tout le rôle qu’elle devrait jouer en médecine.

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Je suis médecin-psychiatre depuis 23 ans. Après près d’un quart de siècle en pratique, je vis encore avec le sentiment que la spécialité médicale qu’est la psychiatrie ne joue pas du tout le rôle qu’elle devrait jouer en médecine. D’une part, elle s’est écartée de la science médicale en délaissant l’observation empirique et la rigueur de la démarche scientifique au profit d’une pseudo-science de la psyché, laquelle se trouve ainsi dénaturée et transformée en une multitude d’objets (troubles mentaux) constitués de façon consensuelle à partir de symptômes définis de façon superficielle. D’autre part, en s’éloignant du vécu singulier de l’expérience de l’être humain souffrant, elle a perdu son humanisme et ce pourquoi elle a pris naissance au début du XIX° siècle.

Retrouver cet cet esprit originel de la psychiatrie, c’est ce qui m’a conduit à quitter la pratique hospitalière - application purement technique du savoir des « troubles mentaux » -, pour fonder une clinique spécialisée, humaine et à la mesure des besoins des personnes malades au niveau de leur psyché ou constitution nerveuse.

Cela fait toute la différence pour les patients.

Mais évidemment ce n’est pas suffisant. Au-delà de ce qui est dans le champ de ma portée, je constate le désastre : des êtres humains souffrant dans leur chair, recherchant de l’aide, se heurtant à la place à des mirages ou se faisant repousser dans un désert exempt d’humanité. Profondément touché par la série de tragédies qui a été médiatisée à l’automne et l’hiver dernier, c’est maintenant pour moi une exigence morale de m’engager socialement pour contribuer à la mise en place au Québec d’un système de prise en charge adéquat pour le traitement de la maladie psychiatrique.

J’exhorte tous les psychiatres qui font la même lecture de la réalité à se joindre à moi pour sortir la psychiatrie de cet état de stagnation, soutenue par une approche dogmatique ne reposant sur aucun fondement. Comme premier pas, je rédige ce mémoire à l’attention de la ministre de la Santé, Madame Mc Cann, dans le cadre du forum « Forum Jeunes et santé mentale (2019/05/13) ». J’y expose mon analyse de la défaillance des soins en psychiatrie et fait des recommandations précises sur les structures publiques devant être, selon mon point de vue, changées radicalement. Enfin, je dédie ce mémoire à Alec, Olivier, Marylou, Marianne, Loïc et à tous les autres jeunes qui, comme eux, auraient pu éviter l’irréparable.

 

 

A. INTRODUCTION

L’insuffisance de la psychiatrie clinique universitaire

Le psychiatre n’est-il pas un médecin philosophe à l’origine?

Avant même la naissance officielle de la psychiatrie comme science médicale et après sa naissance au XIX°siècle, du moins, au tout début, on retrouve : Empédocle, Hippocrate, Platon, Aristote, Galien, Arété, Jaspers, Boss, Bollnow, Binswanger, Khun (découvreur de l’imipramine pour son action antidépressive) et bien d’autres. Auparavant, le psychiatre pensait. Or, il est perçu aujourd’hui comme un technicien. Et pourtant, son « domaine d’objets » l’oblige à être aussi un penseur. Le mode d’être de l’être humain n’étant pas le même que le mode d’être de la chose, il est nécessaire que, dans son rapport de savoir avec son « domaine d’objets », le psychiatre se pose la question du fondement de sa science et réfléchisse sur la méthode avec laquelle il s’y prend pour délimiter et définir son propre « domaine d’objet ».

 

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