Lettre à Bernard Arnault, le Consternant.

Cher monsieur Arnault...

...Très cher monsieur Arnault...

...Bien cher monsieur Arnault…

...Très bien cher monsieur Arnault...

 

Bernard !

 

 

J’ai bien pris connaissance de votre consternation par le biais d’un article du Huffington Post.

 

Dans cet article il est expliqué comment, lors d’une chouette réunion entre actionnaires, vous manifestâtes toute votre consternation à l’idée que l’on pût ne pas super bien se réjouir de votre don de 200 million d’euros, tout spontané, pour la reconstruction de l’édifice public : Notre Dame de Paris.

 

Il est dit aussi que de façon tout à fait spontanée (aussi), et pas du tout parce qu’il y eut une pression médiatique entre autre, vous renonçâtes à la défiscalisation de votre geste et que, en vous citant depuis l’article susmentionné, vous déplorâtes :

 

“C’est une fausse polémique, c’est assez consternant de voir qu’en France on se fait critiquer même quand on fait quelque chose” qui est “une preuve d’intérêt général”.

 

Et bien mon très bien cher Bernard, je pense que vous et moi, vous et plein d’autre gens… allez… j’ose le dire… Vous et les Gilets Jaunes… des associations caritatives et d’autres gens tout aussi consternants que moi, n’avons pas tout à fait le même sens des mots que vous utilisâtes : « une preuve de l’intérêt général ».

 

Je m’explique.

 

- Je pense que si vous aviez refusé de subir contre votre gré la consternante réforme de l’ISF, alors oui cela aurait été « une preuve de l’intérêt général ».

- Je pense que si vous aviez dénoncé la suppression consternante de l’Exit Tax, alors oui cela aurait été « une preuve de l’intérêt général ».

- Je pense que si vous aviez déploré la consternante suppression de la Flat Tax, alors oui, cela aurait été « une preuve de l’intérêt général ».

- Je pense que si vous aviez proposé que le consternant CICE ne soit pas destiné aux entreprises des premiers de cordée comme la vôtre, mais plutôt à celles qui correspondent aux acronymes PME et TPE, alors oui cela aurait été « une preuve de l’intérêt général ».

 

Et enfin je pense que si vous aviez revendiqué, toujours dans cette idée d’« une preuve de l’intérêt général » que certains appellent aussi justice fiscale, un impôt universel, alors oui et encore oui cela aurait été « une preuve de l’intérêt général ».

 

Et là, et seulement là, avec toutes ces conditions réunies, votre geste aurait réellement été celui d’un mécène. Avec toutes ces conditions réunies, pour vous et tous les premiers de cordée de vos amis, le budget du ministère de la culture aurait été en capacité de faire face à l’entretien de tous les bâtiments du patrimoine de France.

 

D’aucuns subodorent même que le geste que vous qualifiâtes d’« une preuve de l’intérêt général » correspondrait en fait à quelque chose de l’ordre de 0,25 % de ce que représente votre consternante et colossale fortune. En d’autres termes, si je rapporte ce pourcentage à mon propre salaire de 2000€ (oui je sais c’est consternant), cela représente 5€. Est-ce donc bel et bien là pour vous le sens d’« une preuve de l’intérêt général » ?

 

Moi ce que je trouve finalement consternant c’est que vous soyez consterné.

 

Je vous souhaite par ailleurs à votre vous-même et à tous vos autres collègues premiers de cordée un bien bon weekend de fêtes pascales consternantes.

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