Notre Columbine

L’école publique fait partie de ces « choses » sans lesquelles il n’y a pas de socle commun. Les violences d’une gravité sans précédents, infligées aux établissements scolaires du 93, de la maternelle au lycée, ne laissent guère planer le doute : l’État et ses ministères, ont, au fil des politiques successives, renoncé à protéger la République dans les villes du 93.

L’école publique fait partie de ces « choses » sans lesquelles il n’y a pas de socle commun, de langue commune, de destin commun. Au regard des violences d’une gravité sans précédents, dont le lycée Maurice Utrillo (connu pour ses bons résultats et l’investissement de qualité de ses équipes devient l’emblème, les violences infligées aux établissements scolaires, de la maternelle au lycée, ne laissent guère planer le doute : l’Etat, le ministère de l’éducation nationale, ont, au fil des politiques successives, renoncé à protéger ce refuge et ce rempart de la République dans les villes du 93. Plus, le refus de sanctuariser l’école est une livraison clef en main aux obscurantistes de tous poils et aux réseaux de criminalités organisés qui instrumentalisent la petite enfance et qui s’invitent au cœur de nos établissements, depuis la maternelle jusqu’au lycée… sans que cela lève un sourcil. Comment ne pas interpréter le geste présidentiel du 4 avril 2018, un concert privé au lycée de la légion d’honneur de Saint Denis, sans avoir même un mot pour les lycéens, les collégiens, les enfants, les enseignants et les personnels des établissements, qui a quelques centaines de mètres de là, doivent faire face à un déchaînement de violence sans précédent contre la chose publique.Le 4 avril 2018, le Président Macron a oublié que son titre est lié à la chose publique et que, n'en déplaise, les habitants des quartiers, les mamans et leurs enfants, continuent, abandonnés par l’Etat, à défendre comme la prunelle de leurs yeux.

Si l’affaire du lycée Utrillo fait grand bruit dans les médias sous l’angle d’une rivalité entre quartiers, elle occulte les multiples alertes, lancées depuis plus de deux ans par les parents d’élèves, les enseignants, sur cette montée de violence et l’infatigable sourde oreille des pouvoirs successifs depuis la précédente Ministre  jusqu’à l’actuel gouvernement (cf. Entre culture de terreur et mépris, médiapart 16 octobre). Les parents de l’école élémentaire Jolio Curie, sise à Pierrefitte, qui, seuls, ont eu à faire face à 15 intrusions et destructions, jusqu’à ce qu’un vent de révolte souffle sur les pouvoirs publics et sur l’éducation nationale, en savent quelque chose. Courriers au ministère qui restent sans réponses, cellule de crise, Audit sur la sécurité des établissements, projet de sécurisation de l’école, qui pour finir tombe à l’eau parce que l’argent n’arrive pas aux communes… Tout comme ceux de l’Ecole élémentaire François Mitterrand, du collège Pablo Neruda où parents et enseignants se battent d’arrache-pied pour obtenir un Conseiller Principal d’éducation supplémentaire suite à des agressions sauvages contre les enseignants et les élèves. Et le collège Courbet où peu avant les évènements d’Utrillo, ce sont les enseignants investis dans les associations du quartier qui ont été visés. Une plainte est déposée sans résultat jusqu’à présent. Demande de tournées policières sur le secteur. À l’habitude, elles restent sans suite…. Dans la semaine qui suit, sur la même avenue, ce sont les élèves du lycée Utrillo qui en prennent pour leur grade.

Et si certains chroniqueurs avancent un peu trop vite et dangereusement, qu’une partie de la jeunesse de nos quartiers est irrécupérable, ils admettent aussi que rien n’est fait aujourd’hui pour les gamins qui veulent s’en sortir si ce n’est des actions de préventions de la délinquance, des dispositifs contre le décrochage scolaire. Depuis des années, les enseignants volontaires du 93 se heurtent en permanence à la difficulté d’organiser une sortie au Musée d’Orsay ou à Paris et n’ont à offrir que des stages de « réhabilitation » dans une association de prévention du décrochage ou de la délinquance. Combien d’enseignants et d’enfants du 93 se voient opposer le sacro-saint « vigipirate » dès lors qu’il imagine de sortir du ghetto qu’on leur impose. Dans le contexte de mise en place de la loi Ore et du dispositif parcoursup, ces violences institutionnelles portent une lourde responsabilité dans la violence ordinaire ; elles sont à l’avance une double peine pour les établissements et les enfants qui fièrement se tiennent debout face à l’ignorance et le retour au moyen age. Nos enfants n'ont pour horizon quotidien que celui des « bandes » qui peuplent ces dispositifs et qui dessinent un univers culturel (et d’action) dès l'école élémentaire. L’école est en devenue un lieu de socialisation aux codes des quartiers, au « feud », en lieu et place d’un lieu d’éducation porteur d’un projet de « civilisation » dans lequel nous apprenons à vivre ensemble.

Dans la situation actuelle, les violences  dépassent largement les compétences des équipes éducatives des établissements qui ne peuvent plus se satisfaire d'un silence assourdissant de l'Etat avec pour corollaire la détérioration continue des conditions de travail des personnels et la situation difficile faite aux élèves qui souhaitent poursuivre une scolarité dans des conditions favorables. Comment peut-on continuer à entendre aujourd’hui des représentants de l’état affirmer qu’ils n’étaient pas au courant des faits de violence alors même qu’ils s’étalent dans tous les journaux? Doit-on comprendre que la hiérarchie de l’éducation nationale n’effectuerait pas la transmission des informations vers les autorités de police ? Ou alors sommes-nous dans une stratégie d’invisibilisation des problèmes qui dès lors se rend complice de l’omerta responsable de toute cette violence ?

Si les dispositifs du travail social, les actions contre le décrochage scolaire doivent être soutenue, il est néanmoins plus qu'urgent de renverser la logique et de remettre la tête sur les pieds en plaçant l'éducation et l'accès à la culture de notre jeunesse au cœur de l'éducation nationale, les affaires sociales dans un budget des affaires sociales et les affaires de police dans le camp de la police nationale. Il est urgent d'écouter et d’agir avec l'ensemble des associations de Parents et les enseignants qui depuis des mois dénoncent le tout sécuritaire des actions menés dans nos établissements et qui, sur le long terme, amplifie la violence dans nos écoles. Il est urgent d’entendre que nous, parents du 93, sommes fiers de nos établissements, du combat sans relâches menées par nos équipes éducatives, nos enfants et leurs parents. L'école publique doit redevenir l'école publique, notre commun. Ceux qui ne veulent pas l’entendre prennent le risque d’en faire « Notre columbine ».

 

Benoit Hazard

Président de l’APE FCPE Gustave Courbet.

 

PARENTS, PERSONNELS EDUCATIFS, ELEVES, NOUS DISONS « NON A LA VIOLENCE » !!!

MANIF JEUDI 12 AVRIL A 18H30 DEPART MAIRIE DE SAINT-DENIS

 

Depuis plusieurs semaines, nos établissements scolaires, des écoles élémentaires au lycée sont le théâtre d’inquiétants et inhabituels faits de violence (projectiles lancés, bagarres, intrusions, agressions répétées), dont certains sont en lien avec les très vives tensions inter-quartiers et se traduisent par des affrontements réguliers aux abords du lycée et des agressions contre des élèves. Cette violence touche tous les établissements scolaires de Saint-Denis, de Stains (Lycée Maurice Utrillo) et de Pierrefitte (Ecole François Mitterrand, Joliot-Curie, collège Neruda, Courbet).

Cette problématique dépassant largement la compétence des équipes éducatives du lycée, nous déplorons le silence assourdissant de l'Etat (la Sous-préfète de Saint-Denis en est sa première représentante) face à une telle escalade de la violence avec pour corollaire la détérioration continue des conditions de travail des personnels et la situation difficile faite aux élèves qui souhaitent poursuivre une scolarité dans des conditions favorables. Au-delà du besoin de personnels d’encadrement dans l’établissement en nombre suffisant, réitéré auprès des autorités de tutelle, nous demandons un réel plan d'urgence pour la sécurité à l'intérieur et aux abords du lycée.

Dans la continuité de la réunion de crise qui s’est tenue ce jeudi 05 avril, réunissant un panel de partenaires publics (à l’exception de la préfecture), nous souhaitons que des actions concrètes et pérennes soient mises en place instamment afin de mettre fin à cette situation anxiogène pour tou(te)s. Pour ces raisons, parents d'élèves, personnels éducatifs, élèves, attaché-e-s aux principes républicains, affirmons que l'école doit rester un lieu où la violence n'a pas sa place et appelons à une manifestation le jeudi 12 avril- départ à 18h30 devant l'hôtel de ville de Saint-Denis pour se rendre à la Sous- préfecture de Saint-Denis où une délégation demandera à être reçue.

Les Associations de Parents d'élèves de Saint Denis, Stains, Pierrefitte

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