Entre culture de terreur et mépris : L’école de la république au bord du gouffre ?

Alors que l’Éducation nationale demande à ses établissements de mettre en place des Plan particulier de mise en sûreté face aux risque majeurs (PPMS), et que le gouvernement parle de réintroduire la police de proximité, s’est-on seulement demandé ce qu’il en est de la sécurité ordinaire dans les écoles des territoires fragilisés de la République ?

Est-il possible que l’on s’attaque à des écoles ou des groupes scolaires sans que cela appelle une quelconque réponse du Maire et des services de l’Etat ? Dans n’importe quel pays au monde, l’attaque d’une école ferait immédiatement l’objet d’une condamnation de la communauté internationale et d’un soutien, au moins moral, apporté aux enfants et aux familles.

Alors que l’Éducation nationale demande à ses établissements de mettre en place des Plan particulier de mise en sûreté face aux risque majeurs (PPMS), et que le gouvernement parle de réintroduire la police de proximité, s’est-on seulement demandé ce qu’il en est de la sécurité ordinaire dans les écoles de France, et en particulier dans les territoires fragilisés de la République? C’est à cette question que les parents d’élèves du groupe scolaire Joliot-Curie (et les établissements scolaires de Pierrefitte sur Seine, commune du nord de Paris) essaient de trouver des réponses tout en se demandant s’ils sont bien encore de ce même monde, ou s’ils ont été oubliés, simplement rayés des cartes de la république.

Lundi 16 octobre 2017 : arrivant à l’école Joliot-Curie avec leurs enfants, ils n’ont pu que constater que les enseignants, ce matin-là, avaient décidé d’exercer leur droit de retrait sans qu’aucune explication ne leur soit donnée. Au fil des heures, les parents ont, à nouveau, découvert qu’un ou des individus, entrés par effraction durant le week-end, avaient commis de dégâts. La semaine précédente, une autre effraction causant plus de dégâts matériels avait déjà été commise dans ces locaux où même le terme de pénurie ne suffit plus à qualifier l’absence de matériel scolaire. Les enfants se trouvaient déjà très peinés de voir anéantie la volonté de leur enseignante face au vol de son imprimante personnelle et aux poissons morts dans l’aquarium qu’elle avait ramené pour eux. Et de dire : « Déjà on n’a pas beaucoup de choses, en plus on nous les vole ». Et l’on apprend aujourd’hui que des clefs avaient été volées à cette occasion. N’importe quel citoyen commencerait par changer les clefs de sa maison en de telles circonstances. Pourtant, rien ne fut fait après l’intrusion du week-end précédent. Ajoutons que ce week-end-là, l’école élémentaire du complexe servait de bureau de vote pour la consultation organisée sur l’armement de la police municipale. Se produisant durant les week-ends ou pendant les périodes de vacances scolaires, ces effractions s’accompagnent d’actes de vandalisme, de saccages de classe, de dégradations, de vols du matériel de classe.

L’école Joliot-Curie en est ainsi au 15e acte de vandalisme en moins de deux ans sans que cela suscite l’indignation, un quelconque soutien apporté aux victimes (parents, élèves, communautés éducatives), et moins encore une réaction appropriée de la mairie de Pierrefitte et des services de l’Etat (éducation nationale et intérieure). Et l'école Joliot-curie n'est pas la seule concernée: l'an passé, l'école Varlin, incendiée dans le quartier nord, intrusion dans l'école F. Mitterrand, agression d'un directeur d'école à Jaurès, sous l'œil fermé de caméras dormantes....toujours dormantes

Les parents de PIERREFITTE, deuxième ville la plus pauvre du 93, sont en colère. L’école et nos enfants subissent des saccages à répétition et les parents mobilisés se heurtent sur ces faits à un silence de l’État et des autorités locales qui, pour finir, commence à en devenir complice. Depuis plusieurs mois, les parents d’élèves et les habitants lancent pourtant des alertes sur la situation. Certains élèves ont tous simplement peur de se rendre à l’école, au collège, au lycée dans un contexte où la grande criminalité vise et instrumentalise les enfants dès le plus jeune age. La mairie de Pierrefitte fait la sourde oreille et ne veut pas les entendre. Elle apporte comme réponse l’installation de caméras de vidéosurveillance, placées d’abord dans le stade connexe au complexe, puis dans l’enceinte de l’école. Comble du comble, ces « caméras ne fonctionnent pas ». L’argument de la mairie aurait pu être entendu s’il n’avait déjà été entendu par le passé. Il est vrai que, depuis trois ans, les élus demandent un bilan sur l’argent dépensé et l’efficacité du dispositif de vidéosurveillance à Pierrefitte et qu'à ce jour, cette demande est restée vaine.  Le ministère de l’Éducation nationale a reçu plusieurs lettres de l’association des parents : d’abord classées « sans accusé de réception » par l’ancienne ministre, puis classées « sans suite » avec le nouveau gouvernement. Les parents attendent toujours une réponse, un geste, un signe… Mais rien, si ce n’est des promesses toujours renouvelées comme un vieux serpent de mer, de nouvelles dégradations dans l’école et de nouvelles voitures brûlées aux abords, voir sur le parking du complexe scolaire, dans l'indifférence des pouvoirs publics !! Dans cette ville de 30 000 habitants qui ne dispose d’aucun commissariat, les services de police sont absents et les témoignages d’habitants se multiplient en réunion publique pour dénoncer les appels à l’aide non suivis d’effets, comme si la non-assistance à personne en danger était devenue la règle, l’usage, la norme. Après ce énième cambriolage, seule, une équipe de la police scientifique s’est déplacée. Pas plus de présence visible sur le terrain. Et l’on a beau interroger les parents, aucun n’a vu circuler de voitures de police, ne serait-ce que dans une visibilité préventive. Saisi lui aussi par ces affaires, le défenseur des droits n’a toujours pas rendu son avis. L’Éducation nationale, inquiète, tient les parents à distance, allant jusqu’à refuser de communiquer, voire dissimuler des informations aux représentants élus des parents sur la réalité des faits. Et lorsque, dans un geste constructif, les parents s’unissent derrière l’association des parents d’élèves pour soutenir les enfants, les parents, la communauté éducative, et qu’ils apposent une banderole « Parents en colère. Touche pas à notre école »  l’inspection de l’Education nationale donne ordre aux enseignants présents sur place de la retirer au motif que les enfants doivent passer à autre chose. Comme si la politique du « ne rien dire, ne faire » était la seule réponse à apporter alors même que depuis deux ans, cette non-réponse engouffre l’école dans une spirale de violence à l’image du quartier. Les enfants, les parents, victimes de la situation, se retrouveraient-ils en position d’être les délinquants aux yeux de l’Education nationale et du ministère de l’Intérieur parce qu’ils ont décidé, face à la culture de la terreur et aux mépris institutionnel, d’agir, de protéger et de dire que l’école est un lieu sacré et inviolable de la république. Comment face à une telle dénégation, les parents peuvent-ils continuer à confier sereinement leurs enfants à l’Éducation nationale ? Qu’attendent les représentants de la République pour agir et pour les soutenir? Qu’ils basculent ?

Benoit Hazard

(Texte rédigé en soutien et collaboration avec l'Association des Parents FCPE du groupe scolaire Jolio Curie)

 

L’Association des Parents d’élèves de Jolio Curie avec d’autres associations (Ecole Jean Jaurès, Varlin, Boivin, Miterrand) appelle à un rassemblement:

Vendredi 20 octobre 2017 à 18H00 – Mairie de Pierrefitte.

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