Prix « champion de la terre » : c’est Trump qu’il convenait de choisir !

Le président Trump plutôt que Macron aurait dû recevoir ce prix compte tenu de son action incroyablement efficace en matière de lutte contre le réchauffement climatique

Je publie sur ce blog une tribune de François Dauphin (avec son accord) du le 11 oct. 2018 qu'il a posté sur Linkedin.com que je trouve tout simplement, excellemment disruptive.

 

Le président Macron vient de recevoir le prix « champion de la terre » ce qui prête à sourire pour un président dont le pays ne cesse d’émettre de plus en plus de gaz à effet de serre. Quant à sourire jusqu’au bout, nous pourrions nous demander si ce n’est pas le président Trump plutôt que Macron qui aurait dû recevoir ce prix compte tenu de son action incroyablement efficace en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Pour mémoire, les émissions de gaz à effet de serre sont la résultante de quatre composantes : l’évolution de la population, l’évolution du produit intérieur brut par individul’efficience énergétique nationale et in fine le facteur d’émission en gaz à effet de serre de notre mix énergétique. Cette équation est connue sous le vocable d’équation de KAYA.

La politique de développement massif du gaz de schiste a engendré un effondrement du  prix du marché du gaz aux USA dont les prix sont passés en 10 ans de plus de 7 $/MBTU à 3 $. Cette révolution énergétique a engendré une ultra compétitivité des turbines au gaz et une réduction de la production des centrales à charbon de plus d’un tiers en 7 ans. Le plan pour sauver le charbon, annoncé cet été par l’administration Trump, n’aura strictement aucun effet sur ces tendances macroéconomiques majeures et les annonces de faillites ne cessent plus. Le mois dernier, AEP annonçait la fermeture anticipée d’une centrale à charbon de 1590 MW dans l’Ohio. Cette semaine c’est Colstrip, l’une des plus anciennes mines de charbon américaine qui se déclarait en cessation de paiement. Ce transfert massif et rapide du charbon vers le gaz explique que, parmi les pays développés, seuls les USA et la Grande Bretagne ont baissé significativement leurs émissions de carbone au cours de 3 dernières années.

L’administration américaine a ensuite engagé un bras de fer avec l’Iran ce qui a engendré une augmentation du prix de baril de plus de 24 $ en moins de deux ans. Rapporté au volume d’émission de CO2, cela correspond à l’équivalent de la mise en place d’une taxe sur l’ensemble de la chaîne pétrolière mondiale de 210 $ par tonne de CO2 ; un niveau très largement supérieur à celui qui était demandé par les organisations non gouvernementales lors de la négociation de l’accord de Paris. Le niveau de 85$ par baril atteint récemment est considéré comme celui à partir duquel les substitutions entre énergies commencent à opérer. Ceci est d’autant plus probable dans les pays, comme la France, où cette hausse subie vient en sus d’une taxe carbone dont l’augmentation est administrée. La déstabilisation de l’ensemble de la zone Moyen Orient aura donc permis d’anticiper le processus inéluctable de croissance du prix de baril lié au pic de production pétrolier et d’accélérer la transition vers une économique post pétrole. Le marché mondial du pétrole reste attendu en croissance pour l’année 2019 mais la flambée actuelle des prix finira nécessairement par l’infléchir.

En matière de démographie enfin, la population américaine fait face à une augmentation notable de son taux de mortalité qui est revenu au niveau des années 1960. Ce phénomène date du début du millénaire et une étude récente de Case&Deaton a identifié qu’elle est due à la croissance du taux de « mortalité par désespoir » dans la population blanche à faible niveau d’éducation, taux de suicide lui-même associé au manque de perspective d’évolution sociale d’une génération à l’autre. Cette même étude identifie du reste un renforcement du phénomène sur les populations les plus jeunes et donc une poursuite probable de cette tendance. Le taux de croissance naturel de la population américaine est aujourd’hui de moins de 0,3% par an, un taux jamais atteint depuis l’arrivée des premiers fondateurs en 1607. Compte tenu du discours populiste de l’administration Trump et de son objectif de réduire le taux d’immigration, la croissance de la population américaine pourrait revenir à moins de 1 million par an. L’ONU a publié en 2017 une estimation de 478 millions d’américains en 2100, près de deux fois moins que ce qui était estimé il y a 20 ans.

L’administration américaine en place a donc déjà agit inconsciemment sur 3 des 4 paramètres possibles pour réduire les émissions de carbone. Le quatrième est celui de la croissance économique par individu. Sur ce dernier plan, la politique de rapatriement des fonds placés dans les paradis fiscaux aura eu pour conséquence de doper, à court terme, la croissance intérieure et indirectement les émissions de gaz à effet de serre. Au plan international, la guerre économique engagée par les USA est pour l’instant trop limitée pour avoir un impact significatif sur l’économie mondiale. Une étude publiée en septembre par l’organisation mondiale du commerce stipule néanmoins qu’une extension de la guerre économique pourrait engendrer une réduction notable de la croissance économique voire engendrer une dépression économique ce qui favoriserait une baisse rapide de nos émissions et ce au plan mondial. Les révisions de croissance publiées la semaine dernière et la baisse du produit industriel allemand depuis le début de l’été en sont des signaux avantcoureurs.

L’administration américaine, parce qu’elle agit simultanément sur chacun des paramètres susceptibles de faire baisser nos émissions de CO2 est probablement celle qui a l’impact le plus efficace sur celles-ci. Le président Trump, dont les résultats sont en totale contradiction avec les discours, pourrait donc objectivement postuler pour le prix de « champion de la terre ». Pour cela il eut néanmoins fallu que toutes ses actions soient pensées et réfléchies, ce sur quoi nous pouvons émettre quelques doutes.

 

(Publié avec l'autorisation de l'auteur, François DAUPHIN)

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