Lettre à François Hollande : moi citoyen…

Monsieur le Président nous ne renoncerons à rien !

Monsieur le Président,

Il est évident que cette lettre n’est rien d’autre qu’une bouteille à la mer jetée dans un océan de confusion tant la période que nous traversons est trouble et chahutée.

Je suis ce que l’on appelle communément,  bien que je ne sois pas friand des termes aux racines guerrières, un militant associatif. Autrement dit, j’exerce quotidiennement des activités au sein d’organisations à but non lucratif qui portent des valeurs, des idéaux et des visions dans lesquelles je me reconnais. Ce qui, je crois, me rassure et m’invite à garder le sourire quand le monde autour de moi m’apparait grisâtre et triste.

Porter une vision, monsieur Hollande, n’est-ce pas le devoir des plus hauts hommes et femmes d’état ? N’est-ce pas ce que devrait vous imposer votre fonction ? Dans votre anaphore du 2 mai 2012 « Moi Président de la république », vous reprochiez, à juste titre, un certain nombre de choses à votre prédécesseur. Mais le reproche oblige à l’exemplarité monsieur Hollande. Dans votre anaphore du 2 mai 2012 vous affirmiez « Moi Président de la République, j’essaierai d’avoir de la hauteur de vue pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions. » Alors monsieur Hollande, n’essayez plus d’avoir, mais ayez de la hauteur de vue. L’urgence ne nous permet plus d’essayer de trouver des réponses dictées par l’émotion. L’urgence est de donner « de grandes impulsions » pour voir bien au-delà de 2017. L’urgence est d’entendre ces milliers de françaises et français qui, eux, impulsent déjà concrètement. En cela, vous avez bien plus besoin de nous car la société change. Le pouvoir du politique n’est plus celui du contrôle coercitif mais un pouvoir de régulation libératrice. Libérez les énergies monsieur Hollande, ne tentez pas de les museler, ceci est vain. Nous détenons le pouvoir créatif. Les mobilisations de ce jour pour le climat l’ont démontré mille fois. Peut-être comprendrez-vous mieux si je reprends une figure de style qui vous est si chère :

Moi citoyen, je ne veux pas vivre dans la peur de l’Autre

Moi citoyen, je m’engage à préserver le vivant

Moi citoyen, je lutterai contre le néo-libéralisme et la surconsommation

Moi citoyen, je veux participer à l’émergence d’un autre modèle que celui qu’on nous impose

Moi citoyen, je veux du mélange à tous les étages

Moi cit… mais MOI quoi ? MOI rien

Moi j’ai besoin de Nous

A votre syntagme égocentrée, je préfère celle d’un autre François, Morel celui-là, qui nous invite à « Ne renoncer à rien !  Surtout pas au théâtre, aux terrasses de café, à la musique, à l’amitié, au vin rouge, aux feuilles de menthe et aux citrons verts dans les mojitos, aux promenades dans Paris, aux boutiques, aux illuminations de Noël, aux marronniers du boulevard Arago, aux librairies, aux cinémas, aux gâteaux d’anniversaire. (…)»

Alors, en tant que concitoyen, je te le dis François, je ne renoncerai à rien ! Surtout pas à la joie de me rassembler avec les Autres, au plaisir de me mobiliser pour des utopies, à la jubilation de m’engager pour des rêves, à l’exaltation de vivre pour des idéaux. Je ne renoncerai à rien ! Surtout pas à dire, chanter, danser, jouer, susurrer, vibrer, hurler, psalmodier, répéter, chuchoter, m’égosiller, siffler, piailler, murmurer, vociférer, proclamer, m’exclamer, m’époumoner contre tout ce qui m’indigne et pour tout ce qui m’enthousiasme.

Je ne renoncerai à rien ! Nous ne renoncerons à rien !

Benoit.

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