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Billet de blog 1 mars 2010

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Bayrou : l'alternative, ou le néant

Créé en 2007 sur un espoir immense, le Mouvement Démocrate semble être en train de sombrer à peine 3 ans après sa création. Quelle est donc la raison principale de l'échec de l'aventure MoDem ? Comment, compte-tenu des formidables atouts initiaux, est-on arrivé à un tel désastre ?

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Créé en 2007 sur un espoir immense, le Mouvement Démocrate semble être en train de sombrer à peine 3 ans après sa création. Quelle est donc la raison principale de l'échec de l'aventure MoDem ? Comment, compte-tenu des formidables atouts initiaux, est-on arrivé à un tel désastre ?

Une très large majorité des nouveaux (pré-)adhérents MoDem de 2007 n'était pas venue dans l'objectif de gagner rapidement des élections, ni même de militer de façon classique. Je crois que la grande majorité des adhérents MoDem de 2007, était venue mue par la conviction que la réponse aux défis d'avenir passe par la construction d'un projet de société radicalement novateur, avec l'envie de participer à la construction de ce projet de société, et en pensant que le MoDem serait l'endroit où le faire.

Cette tâche est considérable. Car au-delà d'un projet, c'est en réalité une nouvelle doctrine politique que nous devons construire. Les idéologies du XXe siècle se sont effondrées, nous sommes dans une période de grand vide doctrinal (dont Sarkozy n'est rien d'autre que le produit), et face à une crise globale du modèle de développement de nos sociétés.

Au cours de la campagne présidentielle, François Bayrou n'avait bien sûr pas de projet tout prêt à proposer,seulement un début d'esquisse avec "Projet d'espoir". Mais il avançait un élément de méthode pertinent pour arriver à le construire : le rassemblement par-delà les clivages.

Ce rassemblement est une condition nécessaire, car les éléments utiles pour composer cette alternative doctrinale sont actuellement dispersés sur l'échiquier politique : démocrates, républicains, écologistes, libéraux, etc., tous possèdent une partie de la solution, il fallait pouvoir rassembler ces éléments, puis les transcender.

Ce n'est pas une condition suffisante, car le dépassement des cadres de pensées existants nécessite également des modes d'organisation et de travail radicalement novateurs, une forme d'organisation politique nouvelle à même de gérer une situation de complexité à laquelle nous sommes arrivés dans nos sociétés. Proposer une telle forme d'organisation opérationnelle est une tâche est ardue, nous sommes toujours en train d'y travailler dans le groupe «fabrique collaborative», et je nous crois tout prêt d'aboutir. Cette aspiration à une forme d'organisation nouvelle est ce que les nouveaux adhérents revendiqu(ai)ent de manière floue par «faire de la politique autrement».

La présidentielle perdue, le MoDem aurait dû logiquement incarner ce double projet de construction d'une alternative doctrinale, et d'une nouvelle forme d'organisation politique. C'est ce qu'attendaient la majorité des nouveaux adhérents, c'était ce qu'avait promis François Bayrou, c'est ce qu'il n'a pas fait. C'est là l'origine profonde du malentendu, de l'échec du MoDem, et du fort ressentiment de tous ceux qui sont partis avec l'impression d'avoir été totalement floués.

Car pour que cette entreprise puisse prendre forme, il fallait une impulsion venant de celui qui avait initié le mouvement, François Bayrou lui-même. Il fallait qu'il trace la voie et nous y entraîne : qu'il désigne la construction de ce nouveau projet de société comme la priorité et la tâche principale du MoDem, et qu'il cherche sincèrement et activement à organiser la participation du plus grand nombre. Nous aurions tâtonné, mais cette force extraordinaire que François Bayrou a su créer au printemps 2007 serait toujours là, et in fine j'ai la conviction profonde que nous aurions fini par y arriver.

Or François Bayrou n'a jamais semblé croire que ce travail de construction doctrinale devait être LA priorité, tout au moins pour viser la victoire pour 2012. Il a continué à croire, sincèrement ou par paresse, qu'il suffirait de démasquer le véritable projet de Nicolas Sarkozy, et compter sur l'exaspération croissante des Français pour récolter la mise en 2012. Cette conviction s'est incarnée dans la stratégie désastreuse des dernières Européennes, toute centrée sur la dénonciation (brillante et fine) du projet sarkozyste, mais totalement vide de perspective d'avenir. Le naufrage annoncé des régionales n'est que la continuation que cette colossale erreur stratégique, dont l'échec est désormais pleinement patent et total.

François Bayrou n'a jamais semblé croire non plus qu'il était arrivé au bout de ce que permettait une logique de travail créatif personnel, et que la condition de l'émergence comme la concrétisation de ce projet alternatif passait par une nouvelle forme d'organisation collective, permettant la mise en réseau des intelligences. Ou bien n'a-t-il pas cru qu'il était possible d'y arriver à moyen terme.

Or les Français n'attend(ai)ent pas un analyste politique, aussi brillant soit-il. Ils attend(ai)ent eux aussi autre chose de François Bayrou. Ils attend(ai)ent de lui justement qu'il leur montre une nouvelle voie d'avenir, leur dévoile un véritable projet d'espoir crédible adapté aux défis de ce siècle. Ainsi, face au vide idéologique et à l'impasse institutionnelle actuelle, nos compratiotes soit se rabattent sur un vote d'habitude à un camp politique tracé de longue date (PS, UMP), ou bien se réfugient, toujours plus nombreux, dans l'abstention.

Plus encore que jamais, la seule chance pour François Bayrou de gagner l'élection présidentielle de 2012, la seule raison d'être de sa démarche et du MoDem, c'est de concentrer l'ensemble de son énergie et celle des démocrates de tous horizons dans la construction de ce projet de société alternatif. La fin se confond là avec les moyens. Mettre en place cette organisation en réseau pour construire un projet alternatif, puis voir ce projet porté par ce réseau. Construire ce projet pour gagner l'élection présidentielle, gagner l'élection présidentielle pour appliquer ce projet à la France.

J'ai la conviction qu'une bonne partie des adhérents de 2007 qui, nombreux, sont repartis depuis reviendront si François Bayrou prend enfin conscience de cette nécessité, et s'organise pour faire désormais du développement de cette alternative sa SEULE priorité.

Cette démarche, il doit la conduire en étroite association avec Corinne Lepage. Elle est l'une des rares politiques de premier plan à avoir compris l'urgence de construire l'alternative doctrinale, elle dispose d'une vision large, ainsi que d'une approche et d'éléments de pensée complémentaires à ceux de François Bayrou. Leur mésentente actuelle (dont les torts sont semble-t-il partagés) constitue pour le moment un formidable rendez-vous manqué.

Les jeux ne sont pas faits, mais le temps est désormais cruellement compté. Il reste encore une petite chance, la dernière, à saisir vite...

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