AD NAUSEAM

Lettre ouverte à Mr Nawfal TRABELSI Président de Mc Donald’s France.

Cher Monsieur, par ce courrier nous tenons à vous féliciter pour le magnifique cadeau de fin d’année que vous venez de faire à vos (futur ex) salariés du restaurant Mc Donald’s St Barthélemy à Marseille. On imagine sans mal la joie et le soulagement du devoir accompli qui doit être le vôtre . Surtout ce matin lorsqu’en trempant votre croissant dans votre café et en sirotant votre jus d’orange frais. Vous avez dû pleurer de joie, tellement cette histoire vous tient à cœur.

Vous n’avez pas ménagé vos efforts. En 18 mois vous avez fait preuve d’une créativité, d’une constance et d’une détermination dans cette histoire qui nous émeut profondément, tant elle est absurde. Mais vous êtes comme ça Mr Trabelsi, vous ne pouvez pas laisser un tel affront perdurer. Et en « homme d’honneur »que vous êtes, il fallait que vous triomphiez. Gagner, c’est de cela qu’il s’agit. Mais gagner quoi ? Ah oui bien sûr, le droit de ressentir ce frisson de puissance qui hérisse les poils de délectation lorsque l’on envoie des fournées de travailleurs à Pôle Emploi à quelques jours de Noël ! Quelle magie cela doit être de penser que grâce à la « justice commerciale» vous allez pouvoir, en plus, vous retrancher derrière votre bon droit et préserver votre conscience des affres de la culpabilité.

Rétrospectivement, nous ne pouvons que rester admiratif devant votre imagination dans les stratégies que vous avez mises en place pour vous débarrasser de ces irréductibles syndicalistes qui se battaient pour préserver leurs droits. Quelle outrecuidance de leur part ! C’est tout de même insensé de vouloir gagner sa vie dignement sans courber l’échine et sans se compromettre à appliquer les directives que votre seigneurerie exigeait !

De Hali Food au Tribunal de Commerce et à l’organisation de la liquidation judiciaire, des intimidations de Brochiero et Abassi , ces admirables philantropes. Des pressions sur les délégués du personnel et les employés. Des bousculades et des dérapages plus ou moins contrôlés. Quelle extraordinaire épopée vous allez pouvoir raconter à vos amis, à vos enfants et surement à vos petits-enfants . Vous leur direz cette histoire et les sommes que vous avez englouties dans la communication, les frais de justice et l’organisation de l’asphyxie économique de ce restaurant. Dans le seul but de vous débarrasser de celui qui trône au sommet de votre Pandémonium ! Oui vous savez de qui nous parlons, ce syndicaliste ingrat qui a refusé toute discussion individuelle et vous a toujours demandé de trouver une solution collective. Commettant même l’outrage avec ces camarades de vous proposer de reprendre ce restaurant sous la forme d’une SCOP. Mais quel toupet ! Penser que cette idée puisse faire tâche d’huile, tant de naïveté c’est presque touchant !

Voilà Mr Trabelsi, le verdict est tombé et vous allez pouvoir passer des vacances bien méritées à Aspen ou St Moritz, et au coin du feu vous penserez peut être une demi seconde à ces 62 familles issues des quartiers populaires environnant, économiquement sinistrés, socialement relégués. Ces pères et ces mères de familles qui vont devoir trouver des réponses aux questions ridicules que leur poseront leurs enfants : « Maman y’a plus rien dans le frigo, qu’est-ce qu’on mange ? », « Papa j’ai besoin de nouvelles baskets, les miennes sont trouées ! ». Et bien sûr vous oublierez ces détails, vous dirigez une multinationale ! Et que pèse le destin de ces salariés et de ces quartiers, dans la balance de vos préoccupations. Vous avez des choses bien plus importantes à faire Mr Trabelsi, comme continuer à prétendre que les menus que vous vendez sont équilibrés ou que l’évasion fiscale n’est que de l’optimisation, ou encore que vos salariés précaires sont heureux et sourient comme dans vos pubs dont ils sont récemment devenus les acteurs principaux. Et puis les vacances c’est sacré, Mr Trabelsi, n’est-ce pas ? Il n’y a pas de justice immanente, Mr Trabelsi, mais le concept d’instant Karma vous parle peut-être ?

 

Recevez, Mr Trabelsi, l’expression intégrale de notre colère et de notre profond dégoût.

Marseille, le 12 Décembre 2019

Signataires Habitants et Militants du quartier, soutiens des salariés Mc Do : BENSAADA Mohamed, TAGAWA Anne Marie, GUENDOUZ ARAB Soraya, GRABSI Salim, TAGUELMINT Hanifa, VACHER Kevin, BERRICHE Karima, CHAILLE Annick, ATTALAH Yazid.

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