La Malédiction des Atrides

Marseille - Fusillade dans le gymnase - Près du gymnase Massenet (14e), les proches se sont rassemblés, abasourdis par le drame. L'arme utilisée, une kalachnikov, Treize douilles de calibre 7,62 ont été retrouvées au sol .

atrides
Il y’a déjà très longtemps, trop longtemps, j’avais écris un texte qui décrivait entre autre le silence effrayant qui survenait après une fusillade. L’odeur de la poudre et du sang mélangées, le tintement des douilles sur le sol. Une Kalachnikov qui tousse produit ce bruit étonnant, qui semble presque inoffensif, mais dont l’écho replace la mort au centre du temps et de l’espace. Même sans être spécialiste on comprend que ce bruit qui ne ressemble en rien à ce que le cinéma nous a gravé dans l’esprit comme « image sonore », crée une rupture dans le continuum du quotidien. Ce son est chargé de malheur, il est la voix de l’Atropos et l’on comprend que cette voix est celle de l’inéluctable fin d’un ou de plusieurs destins ! Il n’y a pas dû avoir de silence dans ce gymnase où la mort s’est invitée en plein match de foot. La stupeur, l’effroi et les cris ont surement meublés l’intégralité du volume de ce petit stade fermé. Mourir en plein match de foot. Foudroyé par la cécité d’une violence de plus en plus prégnante, de plus en plus normée et de plus en plus intégrée au quotidien de certains quartiers ! Il suffit de lire les premières dépêches pour comprendre aussitôt, que ce drame comme ceux qui le précédent et ceux qui vont le suivre, ne sont pas si graves que ça. Et quand on va au bout des articles on finit toujours par y trouver les mot fétiches. Ce sésame absolu qui relativise la douleur, annihile la peur et marginalise encore plus le besoin de sécurité des habitants des quartiers populaires. « Règlement de compte ! » par ces mots les médias et la classe politique dans son ensemble s’exonèrent à peu de frais de ce lien qui est censé nous unir dans le destin commun qui fait de nous une société.De rage et d’amertume me remonte l’idée nourricière de ce slogan outre-Atlantique de nos camarades afro-américains qui affirment que « Black Lives Matters ! ». Et je pose cette question sans détours : que valent les vies des jeunes de nos quartiers ? Que vaut la peine de leurs familles ? Que vaut la sûreté de nos rues ?Je me retourne et j’examine avec affliction les mesures proposées par Christophe Castaner, qui tel un gorille dans la brume est venu à Marseille faire des annonces pour expliquer son « plan de lutte contre les trafics », en se frappant virilement le torse et en se retroussant les babines pour dévoiler ses canines contondantes. Et j’ai surtout envie de lui demander de nous faire un bilan d’étape de ses fameuses CROSS* et de l’efficacité de son OFAST**. J’ai envie de lui demander s’il peut se départir de son cynisme électoraliste pour se poser la question des vraies mesures à prendre pour mettre fin à la violence qui sème la mort dans ces quartiers. Dans cette Malédiction des Atrides revisitée je ne vois pas poindre la figure tant attendue de cet Oreste qui briserait le cercle infernal des vendettas, l’état sera-t-il cette Athéna ? Je ne le crois pas, tant le sort des habitants de nos quartiers importe peu à nos responsables nationaux, trop préoccupés à tondre le peu de laine qu’il reste sur le dos des travailleurs. Peut être nos responsables locaux s’empareront ils de cette cause pour ramener la paix et l’égalité sur l’ensemble de la ville ? Je ne le crois pas non plus, tant cette question demande le courage et la lucidité de tirer le bilan des politiques de répression et de prohibition qui sont responsables de cette hécatombe. Avec mes camarades de QNQF (Collectif Quartiers Nord/Quartiers Forts) et ceux du SQPM (Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille) , il y’a longtemps que nous disons qu’il faut parler de légalisation sociale du Cannabis et de lutte effective contre le trafic d’armes ! Il y’a longtemps qu’on nous écoute et qu’on oublie. Il y’a longtemps que même les forces de police constate l’absurdité des tâches auxquelles ont les emploient… Nous continuerons à crier dans ce désert d’indifférence et nous vouons aux gémonies ceux qui détournent leurs regards. Maudits soient les yeux fermés ! Comme un baume qui n’apaisera rien, je ne peux terminer sur ces paroles de colère. Mes pensées, celles de mes camarades vont aux victimes de ces meurtres, à leurs familles, à leurs quartiers. Que vos noms soient répétés pour les siècles des siècles.

 

Mohamed Bensaada                                                                                                                                                

Non Subditos

Membre de QNQF

Membre du SQPM

OFAST  pour office anti-stupéfiants

CROSS pour cellules du renseignement opérationnel contre les stupéfiants 

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