JUSTICE POUR THÉO...MAIS PAS QUE

la violence se répand sous toutes ses formes et la violence, le viol subis par Théo soulèvent l'indignation. Que faire?

 

JUSTICE POUR THÉO…MAIS PAS QUE…

Justice pour Théo mais justice aussi pour tou-te-s les autres, ces assassiné-e-s, ces blessé-e-s, ces violenté-e-s par des gestes, des propos sexistes, racistes, islamophobes de la police…

Justice pour Théo, pour Adama, pour Rémi, pour Ibra, pour Cédric, Pierre- Alain, Loïc, Cyrille, pour tous les perquisitionnés, contrôlés, arrêtés, gardés à vue dans cet état d’urgence qu’il est urgent d’arrêter !

Alors, quand j’arrive au rassemblement hier, un slogan me convient bien « La police nous protège mais qui nous protège de la police ? »

A Bruxelles, le même jour une manif féministe calme et pacifiste a rencontré une riposte ultra-violente de la police…

Oui, je sais la Police (et les gendarmes, les CRS, la BAC…) tous ne sont pas à mettre dans le même …S.A.C (les plus anciens ou les mieux informés comprendront la référence !) : ce sont des individus, des personnes comme vous et moi (si !si !) qui ne se sont pas interrogés, que personne n’a interrogé sur les motivations profondes pour faire ce métier (« mon père y était déjà » ; « j’ai pensé que rentrer dans la « sécurité nationale » assurerait ma sécurité professionnelle et financière et être fonctionnaire de police était mieux adapté, plus à ma portée que la Santé, l’Education Nationale ou être cadre dans la territoriale ! » etc) pas d’analyse de pratiques, pas de supervision peu ou pas de soutien psychologique quand ils vivent des situations difficiles  et des pressions et des tensions de plus en plus fortes, les déplacements loin de leurs lieux habituels pour ne pas risquer de connaître les gens d’en face, l’attente dans les cars le froid ou la chaleur, la peur aussi sans doute aussi parfois… et puis cette idéologie nauséabonde qui se répand là plus qu’ailleurs…et surtout, ne nous y trompons pas, le mot d’ordre, le principe de base, c’est la discipline, l’obéissance aux consignes, aux ordres sans avoir à penser, à réfléchir, la nécessité de « faire bloc » contre ceux d’en face présentés comme des adversaires et même des ennemis…

Le passage sémantique des « gardiens de la Paix » aux « Forces de l’ordre » n’est pas dû au hasard et les « hirondelles » qui sillonnaient Paris à vélo ont muté en Robocops …oh ! bien sûr, les « hirondelles » n’étaient pas toutes pacifistes, j’ai le souvenir d’une de mes premières manifs à Paris, dans les années soixante, certes après Charonne, l’Algérie, le 17 octobre 1961 après Pétain aussi mais avant 68…manif non violente contre l’armement nucléaire, avec Théodore Monod, Jean Rostand aussi je crois, où des policiers se firent un plaisir de nous tabasser en ricanant  « vous êtes non-violents, vous n’avez pas le droit de vous défendre ! ».

N’oublions surtout pas que la Police est avant tout « aux ordres », qu’elle ne les discute pas, qu’elle peut même faire du zèle de plus en plus impunément (et la loi en train d’être discutée ne nous rassure pas) et qu’à tout moment, l’Etat peut basculer dans l’anti-démocratie !

Mais revenons à nos « moutons », nos manifestants d’hier, certains dociles et calmes dans le troupeau (dont avec chiens, enfants etc) certains plus moutons enragés se sentant pousser cornes et sabots pour affronter les forces de l’ordre qui nous attendaient de pied  (de bottes !) ferme… Peu de têtes blanchies par l’âge et les outrages de la vie, beaucoup de têtes jeunes embroussaillées ou aux cheveux raidis par la rage, la peur aussi de l’avenir inquiétant qui s’annonce devant elles et qui, avant de respirer des gaz lacrymo respirent déjà cette puanteur de peste brune qui avance de moins en moins masquée et qui la trouvent de plus en  plus toxique…Peu de monde de toutes façons ! Où sont –ils les manifestants, les syndicalistes, les politiques, les indignés de tous poils et de toutes couleurs ? Ah ! Déjà partis en vacances ?

Je retrouve une amie grisonnante comme moi…on avance…on fait demi-tour car un barrage est dressé, on « choisit » un parcours qui flaire beaucoup la souricière et je me désengage, pas envie de servir de rat de laboratoire…j’ai « perdu » ma première connaissance, en retrouve deux autres, jeunes et plus aguerries qui voient le traquenard mais décident de suivre pour voir comment ça se passe…La première copine me fixe rendez vous dans un café mais voilà que le chemin de la manif et la trajectoire des grenades lacrymo croisent les nôtres et c’est les poumons et les yeux brûlants que nous nous refugions enfin dans un café…

La discussion qui suit est intéressante : nous n’avons pas forcément prêté attention aux mêmes choses : la copine a vu des jeunes qui avaient des « cailloux » dans leurs poches- à moins d’avoir de grandes poches ce ne sont donc pas des pavés ? («  ce n’est quand même pas l’Intifada, ici, ils ont d’autres moyens pour s’exprimer ! » -« ah ! oui ! lesquels ? ») moi, j’ai vu les boucliers et la provocation de cet encerclement… Elle est sans doute plus « non-violente » que moi (ou plus naïve ?) car elle regrette que nos têtes grises n’aient pas été plus nombreuses pour aller raisonner et encadrer ces jeunes qui voulaient en découdre, elle balaie mes doutes jusqu’à ce que je lui demande si elle envisagerait aussi d’aller raisonner et tempérer ceux derrière leurs boucliers et leurs gilets pare-balles et leurs lance-grenades …En fait, entre nous, par dessus toutes nos convergences, c’est le point de vue de celui/celle qui voit le verre à moitié plein et l’autre qui le voit à moitié vide : elle se réjouit du sursaut américain après l’élection de Trump, moi aussi mais moi je vois mes ami-e-s Native Americans, les Afro Américains, les femmes, expulsé-e-s , opprimé-e-s, exterminé-e-s, je trouve que certains états prennent de bonnes résolutions mais ne sont pas assez nombreux…et je vois le péril qui avance vers nous...

Il y aura donc eu des extincteurs de vidés, des poubelles brûlées, des abribus cassés et les infos se focaliseront sur cela : dégâts matériels sans commune mesure avec un anus déchiré par un viol, un œil arraché, un crâne tabassé, des arrestations musclées, des insultes sexistes et racistes et tout cela me ramène au slogan évoqué « la Police nous protège » (et oui, cela est vrai dans certains cas; elle nous porte secours même!)… « Mais qui nous protège de la police ? » Qui convaincra la victime d’un viol d’aller porter plainte quand le viol par un policier est minimisé voire absous ? La victime de propos ou gestes racistes, homophobes etc d’aller porter plainte quand le terme « bamboula » est qualifié de presque normal ?

Les organisateurs ( ?) d’hier sont prêts à remettre ça la semaine prochaine ! Nul doute que la police remettra cela de bon cœur elle aussi…Je n’y serai pas mais franchement, il est temps de se mobiliser, de défendre la liberté, l’égalité, de promouvoir la fraternité, la solidarité, d’abattre des murs et de construire des ponts , de lutter contre la haine et la violence qui se répandent partout et même entre « nous » si nous n’y prenons garde, de se battre d’abord avec nos mots et nos actions de tous les jours pour plus de justice et de Paix.

Et tant que nous y sommes, mobilisons nous contre les violences policières mais combattons aussi les autres : violences conjugales (une femme meurt tous les trois jours en France des coups de son conjoint) violences d’Education Ordinaire (ou pas si ordinaires que ça : 2 enfants par jour en meurent) médicales (obstétricales) , patronales (salariée qui perd son enfant car elle ne peut quitter sa caisse, salariée qui fait un AVC mais ne peut quitter son poste…à la Poste, infirmières ou médecins qui se suicident)violences contre les animaux…j’en oublie car qui sème la violence la récolte sous plein de formes différentes mais tout aussi intolérables !

Et puis, puisque élections prochaines il y a, même si on est très sceptiques (et même très angoissés !) quant à leurs résultats, interpellons les candidat-e-s (et pas seulement aux présidentielles les législatives vont suivre et élire des députés qui voteront des lois) demandons leur ce qu’ils comptent faire pour réformer la police, pour donner à ses membres de saines conditions de travail et pour offrir à tous les citoyens  indépendamment de leur sexe, de leurs origines sociales, ethniques, religieuses, la protection que nous méritons tous et toutes.

 

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