Villepinte dernier coup d éclat de la Sarkozie

Je pense que le meeting de Villepinte ne mènera pas plus en avant le candidat sortant, tout au plus un sursaut de 2% dans les sondages, la belle affaire… 60000 personnes annoncées, davantage même peut être, il y aurait un million de militants à ce rassemblement que le compte n’y serait toujours pas. En effet le président sortant fait un pari dangereux, celui de l’amnésie des français. Qu’ils le croient à nouveau se serait prendre le risque qu’ils ne le croient plus dans cinq jours. A force d’annoncer semaine après semaine la relance de sa campagne, il fait aveu de son impuissance à rassembler au-delà des sarkozistes. La fraicheur n’y est pas, la crédibilité n’y est plus. La pugnacité inhérente à son tempérament ne peut se porter en bouclier face au lourd bilan de son quinquennat, ni l’affranchir de son manque de cohérence dans sa pêche aux voix frontistes et son auto proclamation au centre droit. Face à lui jamais les adversaires d’un président sortant n’ont été aussi forts. A commencer par François Hollande, que beaucoup donnaient essoufflé dès le 17 Octobre 2011, dont on prévoyait déjà à renfort d’études diverses et variés l’effondrement au premier mouvement de la majorité. Beaucoup d’analystes politiques présentent François Hollande en gentil gestionnaire surfant sur la vague de l’anti-sarkozisme. C’est à mon sens lourdement se méprendre sur la nature et les qualités de l’homme, et confondre tactique et stratégie. François Hollande a su bien à propos tirer profit de l’inconsistance du bilan de Nicolas Sarkozy, mais il ne s’est jamais défait de sa ligne et présente un programme en cohérence avec ses aspirations et qui parle aux français. Ma conviction personnelle est que le candidat sortant s’est taillé durant son quinquennat un électorat réel et incompressible, en clivant et stigmatisant une partie des français. Et par cette politique d’isolement il s’est condamné à une retraite anticipée dans 57 jours. J’évalue la fourchette de l’électorat qui lui est acquis entre 24% et 28% (sauf choc exogène, type intervention militaire ou crise internationale). Le candidat sortant a fait évoluer la majeure partie de son électorat du premier tour de 2007 sur les idées de la frange marginale de la droite populaire. L’erreur d’analyse est de croire que cette évolution a été faite par une majorité de français, comme le pense son équipe de campagne. Ce qui justifie le positionnement intenable de la campagne décrié par une grande partie des élus de la majorité. Sarkozy croit dominer Hollande par l’image et l’unité de son camps, il se méprend lourdement, pour preuve cette anecdote du jour. FH devait tout comme NS se rendre cette après-midi au match du tournoi des 6 nations entre la France et l’Angleterre auquel Cameron va aussi assister ; depuis deux jours l’entourage du président imagine une mise en scène habile de manière à ce que Sarkozy présente Cameron à Hollande avec condescendance dans le but de le dénigrer et de couper court aux rumeurs (avérés dans les milieux informés) du pacte des conservateurs européens qui bénéficie au final à FH. Pour éviter le traquenard Hollande ne se rendra pas au match, il a été informé par des « proches » du candidat sortant… C’est dire que le vent tourne, la désunion, la démobilisation, le doute est plus que jamais dans les camps de la majorité. Plus particulièrement chez ses élus, qui ont vu dans le lourd revers des cantonales et le basculement du sénat à gauche une prémonition de la défaite annoncée dans les sondages. De l’autre côté, peu ont pris le temps d’analyser la transformation profonde qui s’opère dans les rangs du PS. Les couloirs du 3é étage de l’assemblée nationale embourbée en Octobre dans une guerre de tranchée entre Aubristes et Hollandais, ont laissé place à une franche camaraderie et à une union solennelle jusque-là jamais réalisée. Que dire de l’organisation souterraine de la campagne, un pôle d’experts aguerris qui se réunit plusieurs fois par semaine et fait le point sur la situation de la France de manière à prendre par le bon bout les affaires courantes dès la victoire. Les pôles où les membres des équipes planchent déjà sur le détail des orientations, le contenu des textes de lois. Et on est forcé de constater la culture du débat, avec certains très houleux comme cette semaine entre la responsable du pôle environnement Mme Aulbert (ancienne EELV) et des responsables du pôle énergie anciens briscards du PS. Mais que dire du fait que Pierre Moscovici a réussi à retourner plus de la moitié des directeurs du quai d’Orsay qui se réunissent à l’assemblée nationale toutes les semaines pour œuvrer à la victoire d’Hollande. Ou encore des très nombreux directeurs et hauts cadres de Bercy qui effectuent des missions pour l’équipe de campagne. Cette image est saisissante si on la compare à la campagne de 2007, FH a réussi à rassembler avant même sa victoire, pilotant de loin tout en veillant au grain et au moulin, conservant une avance confortable, et une latitude de mouvement appréciable. François Hollande maitrise les événements bien plus qu’il ne veut le reconnaitre.

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