L'année de ma naissance : 1948. Rétroviseur

Un aperçu de mes conditions de naissance, en 1948 à Clichy

Je suis né le 16 décembre 1948, à Clichy, c’était un jeudi, le jour des enfants à l’époque… Je suis donc né un jour de vacances scolaires, bon présage ? Laurent Voulzy est né le 18, un samedi, deux jours après moi, dans le 18° arrondissement…

Clichy fut résidence des Rois Mérovingiens (les fameux rois fainéants), dont Dagobert ; sans doute de là vient ma propension à mettre ma culotte à l’envers ?

Saint Vincent de Paul y a été curé de 1612 à 1625, et alors ? A Clichy a été inventée la célèbre Rustine, bien connue de tous les cyclistes. Son inventeur, Louis Rustin, l’a lancée avec une publicité à l’humour macabre !!!

rustines

Clichy a abrité plus récemment l’enfance de Fred Chichin, des Rita Mitsouko, au 6 Rue de Paris, et une bonne part de la vie de Henri Désiré Landru, le célèbre tueur de dames des années 1920, Clichy sait abriter tous les talents.

La preuve, Quai de Clichy a abrité une autre célébrité, juste en face du cimetière des chiens : Gustave Bönickhausen mieux connu sous le nom de Gustave Eiffel.

L’Année 1948

En 1948, le Président Français était Vincent Auriol, l’américain Truman ! Le 10 décembre, l’Assemblée Générale de l’ONU se tenant au Palais de Chaillot à Paris adopte la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Ouf, il s'en est fallu de peu que je naisse sans droits ! Ce même jour, le Cambodge déclare son indépendance…

L’après guerre apporte un vent de sagesse, de belles résolutions, des désirs de plaisirs… Ces évènements laissent présager un siècle agréable à vivre, non ?

Le Télégramme de Brest annonce ce jour là que le Prince Charles d’Édimbourg a été « baptisé sans faste » ! Moi aussi la belle affaire…

J’apprends dans les archives du Monde que les prix ont doublé cette année là entre le début et la fin de l’année ! La famille royale d’Angleterre aurait peut-être besoin d'aide ?

L’État d’Israël est officiellement déclaré le 14 mai 1948, la première guerre Israélo-palestinienne commence le lendemain !

Le 30 janvier, Gandhi est assassiné… Rien n'est parfait en ce bas monde !

Cette même année voit la naissance de la Citroën 2CV développant 12 CV pour atteindre 70 km/h. On prenait le temps de vivre à l’époque, et la pollution restait faible. En 1968, encore vendue, mais elle développe déjà 24 CV, l'escalade et l’ère de l'auto reine avait débuté.

La Une de Sud Ouest Édition de Bordeaux du 16 décembre annonce que la première pile atomique Française Zoé fonctionne depuis hier ! Merde, déjà le nucléaire dit « civil » !

Ce jour là aussi 16 décembre sort le numéro 8 du Journal de Tintin, « Tintin au pays de l’or noir »… Il était écrit que ma génération vivrait sous l’égide de ce combustible fossile.

 

La maison du Village

Nous habitions en 1950 Grande Rue à Saint Priest, une petite maison louée à un premier étage, dotée d’un escalier extérieur donc. Au rez de chaussée logeait un menuisier Italien nommé L..., son atelier de menuiserie était installé en face dans ce qui avait dû être une grange, un local fermé renfermant ses machines, et une merveilleuse odeur de bois et de colle de poisson ! Il fabriquait lui même sa colle à bois, en faisant mijoter longuement sur un petit brasero un mélange d’eau, arêtes et têtes de poisson, os et couenne de bœuf, je vous laisse imaginer l’odeur !

Mais ça avait du caractère et j’aimais ça. L... jouait aussi du violon à ses heures, je ne me souviens pas lui avoir connu de compagne, il me semble qu’il vivait seul.

Je me roulais dans les épais lits de copeaux de sa dégauchisseuse, ma mère était toujours un peu anxieuse de me savoir chez lui, avec ces machines dangereuses pour les doigts… Mais j’ai toujours été très prudent.

C’est L... qui a fabriqué sur mesure pour mon « père » une armoire ventrue, dotée de portes non planes, arquées, en beau bois de châtaigner pour les structures et de frêne sans certitude… Cette armoire démontable faite dans les règles de l’art de l’époque est chez moi à C..., dans la chambre de ma résidence secondaire ; je l’ai démontée et remontée en pièces détachées pour la hisser au second étage de ma maison de village… Elle est équipée d’un miroir en pied sur la porte centrale, et de deux portes latérales cintrées donc. Penderie, étagères, c’est un beau produit, qui vient de loin !

 

L... m’avait fabriqué aussi une luge, mais là ce n’était pas un succès, trop lourde, inventée au feeling, elle ne glissait pas très bien, et versait trop facilement !

Nous sommes allés quelques fois à Lyon, la grande ville voisine, faire des emplettes ;

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Je me souviens d’une de ces escapades en compagnie de la sœur Simone de mon « père » et son fils Daniel, avec qui Renée s’entendait bien. Lyon était « envahi » de « Chinois », tout jaunes, aux yeux bridés comme il se doit, que ma mère exécrait bien sur, et me le faisait savoir assurant là mon éducation. Le « Plan Mandel » (Ministre des Colonies) dont ma mère ignorait sans doute l’existence, avait suscité en Juin 1940 l’immigration forcée de 27 000 indochinois employés comme ouvriers dans l’industrie à Vénissieux et les rizières naissantes en Camargue.

 

Le logement du village ne disposait pas de toilettes à l’intérieur, nous disposions d’un cagibi d’extérieur, avec un siège de bois brut percé d’un trou… et de papier journal : rusticité maximale, dont on s’accommodait pourtant. Tous les ans, il fallait vider la tinette

 

 

Je me souviens des tétées de mon frère Michel (Jean Michel à l’état civil, mais nous l’avons toujours abrégé en Michel), il n’avait jamais grand faim, aussi dès que ma mère préparait son biberon, faisait chauffer le lait et la farine, j’apportais mon coussin réservé à cet usage et le posait sur le sol de la cuisine, m’étendait, y posait ma tête, et j’attendais que mon frère refuse de boire, ce qui ne tardait jamais longtemps, ma mère me passait alors le biberon attendu que je finissais goulûment. Miam.J'ai toujours été un grand gourmand.

En maternelle, en 1951 ou 52 on nous donnait chaque jour un verre de lait, une initiative de Pierre Mendès France pour assurer à tous les enfants un minimum de calcium et de petit déjeuner le matin.

C’était l’époque sans moyens de déplacements, on sortait à pied, pour les courses au village, à trois cent mètres, et pour les balades dominicales  on allait par le Chemin du Lortaret vers la nationale N6 Lyon Grenoble, où des prairies de pâture longeaient la route, nous y passions l’après midi de dimanche, avec un pic nique, des boissons, et regardions "foncer" les rares voitures de l’époque, les grillons dans l’herbe, les papillons multiples et colorés, tout un petit monde local à portée de mains et d’yeux.

Non loin de là était l'aéroport de Lyon Bron, et nos pas nous dirigeaient parfois aussi par là le dimanche, on allait voir les avions, leurs mouvements au sol, les décollages et atterrissages, les passagers qui en sortaient...

Parfois, nos déambulations nous emmenaient vers Manissieux, un village voisin, ou encore le Fort de St Priest un peu mystérieux et jugé dangereux sans trop de raison. Ce fort, très peu accessible, était le repaire de serpents, et animaux sauvages…

A Manissieux un dimanche après midi, je me souviens d’une ballade à pied dans le bourg, un portail de clôture et un oiseau perché là… Qui tombe brutalement au sol, la tête tachée de sang… Un jeune homme sort de sa cachette avec une carabine à air comprimé, content de lui…

Je pleure l’oiseau tout l’après midi en maudissant ce sombre crétin tueur d’innocent.

 

 

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