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Billet de blog 31 juil. 2019

L'agriculture nouvelle est arrivée, années 1990 à nos jours, en Bocage Virois

Sur les dégâts de l'agriculture technicienne dans le Bocage dans les années 1990 à 2020. Un cri de rage et un appel à la raison !

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Nous avons vécu en Normandie sur trente ans une révolution insidieuse discrète mais redoutable : nos randonnées en 1987 ont commencé dans un paysage de bocage encore généralisé dans la région de Vire, nous étions loin de Caen et de ses grandes cultures industrielles de céréales, lin, betterave sucrière, maïs, colza. Dans le Bocage, on en était au traditionnel, l'élevage et la production laitière. Mais les crises du lait et la vache folle dans les années 1990 ont entraîné la mévente de ces productions, l'agriculture dans la main du syndicat agricole "qui vous savez" a évolué dans un sens regrettable pour l'environnement en général. Au lieu de faire le choix de la qualité et du biologique pour sauver leur activité, la plupart des agriculteurs normands a suivi aveuglément les préconisations de ce syndicat, et on vu rapidement ses effets.

La politique de remembrement tout d'abord, les petits chemins adaptés à la circulation des troupeaux des chariots et des hommes sont devenus inadaptés à la circulation des (grosses) machines agricoles, et les surfaces cultivées, divisées de manière très pratique pour l'élevage, ont été déclarées trop petites pour ces même machines et les nouvelles productions. C'était très bien d'avoir ses pâtures divisées en petits prés séparés par des talus et des haies, afin d'optimiser la broute des bêtes, ne pas gaspiller l'herbage par piétinement; les haies fournissaient du bois, du fourrage les étés secs, des petits fruits (mûres, cerises, griottes, prunelles, noisettes, sureau, pommiers, églantiers, c'est fou le nombre de préparations qu'on a fait avec ces modestes dons des haies du bocage, confitures de mures bien sur mais aussi gelées de pommes, clafoutis de cerises ou griottes, vin de sureau, confiture de cynorrhodon) pour notre consommation ou celle des oiseaux, de l'ombre ou un abri contre le vent selon la saison, tout un petit monde en équilibre.

Les pâtures elles étaient constituées d'une foultitude d'herbes sauvages et auto reproductibles qui fournissait une nourriture variée aux vaches, qui transformaient tout cela en un lait riche en matières grasses mais surtout en goût. Les prairies étaient alors constituées (dans le bocage comme en Auvergne où j'ai pu le constater de près en batifolant avec Brigitte, comme dans le Jura où le batifolage était pratiqué avec Nadine, ne négligeons pas l'activité batifolage qui permet d'observer de près le tapis naturel sur lequel on batifole) de, excusez du peu :

brize, dactyle, fétuque, pâturin, plantain, bleuet, achillée, angélique, carotte sauvage, bardane, pâquerette, pissenlit, centaurée, chicorée, cirse, alpiste, œillet, cardère, doronic, euphraise, reine des prés, gaillet, gentiane, géraniums, épervière, berce, mille-feuille, knautie, scabieuse, lamier, gesse, ortie, fléole, marguerite, mauve, bugrane, potentille, primevère, oseille, sauge, pimprenelle, séneçon, brome, coronille, fumeterre, silène, bétoine, épiaire, tanaisie, trèfles, véronique, pensée, lupin, vulpin, agrostide, chiendent, aigremoine, linaire, matricaire, mouron, prêle,

soit une soixantaine de plantes, dont la variété allait de pair avec la variété d'insectes qui en vivait, il faut savoir que beaucoup d'insectes sont spécialisés, ils ne mangent, eux ou leur mue, ou ne pondent que sur LEUR plante de prédilection, surtout les papillons, ces fines gueules qui déserteront votre jardin si vous éliminez leur herbe nourricière !

toutes ces merveilleuses plantes qui ont inspiré les tapis persans, et fait rêver les poètes !

Les techniciens du syndicat agricole "qui vous savez" ont préconisé de remplacer tout ça par le "ray-grass", UNE herbe originaire des grandes plaines de l'ouest américain, qui est le nom américain de l'ivraie, de mauvaise réputation dans la Bible !

Adieu diversité biologique et richesse génétique, adieu les saveurs et les couleurs dans nos prairies et dans nos laits, fromages, assiettes en général, voici venu le temps de la pauvreté technicienne.

Après le remembrement, sont apparues de nouvelles productions, il faut nourrir la planète qu'ils disent, la merveilleuse diversité à laissé la place aux monocultures, maïs, maïs et encore maïs ici dans le bocage. On voit "fleurir" si j'ose les champs oranges au printemps, copieusement arrosés de désherbant avant semis, ça permet de réduire les herbicides une fois en culture paraît il; malgré cela la ronde infernale des pulvérisateurs de poisons est permanente en saison, on voit une recrudescence des cancers, leucémies, allergies mais ceci n'a pas de lien prouvé avec cela n'est-ce pas ?

Les chemins ont disparu pour beaucoup, ou ont été "recalibrés", bel euphémisme, avec eux les haies, donc les oiseaux, la campagne a été transformée en une immense usine à ciel ouvert, les fermes ont été remplacées par des hangars où sont parquées les malheureuses bêtes encore élevées par ici ! C'est déprimant, d'ailleurs le taux de suicides chez les agriculteurs ne cesse de grimper ! Ils ont des dettes tout autour du ventre, il faut financer ces énormes machines, ces bâtiments spécialisés, pour le plus grand profit des banques et sociétés de distribution de matériels agricoles, qui prospèrent grave elles !

La pratique des foins a disparu, remplacée par les balles rondes, enveloppées de plastique, qui pourrissent dans les près sans être utilisées. Ces pauvres vaches ont vu leur ration alimentaire se réduire à quelques ersatz malodorants, tourteaux venus d'outre atlantique, ensilage, nourritures industrielles, farines animales, tout un cocktail dont la composition échappe aux éleveurs, et qui conduit à la vache folle et à divers scandales alimentaires. L'agriculture nouvelle et scientifique est arrivée !

Le bocage n'est pas le pire, nos balades dans l'Aubrac nous ont montré que l'horreur agricole moderne sévissait aussi là bas, et la Bretagne crève chaque été sous les pestilences des algues vertes et des tonnes de lisiers, il n'y a bien que ça de vert dans ces pratiques agricoles ! Quand allons nous arrêter ces folies et revenir à de plus sages pratiques, respectueuses des êtres vivants, tous les êtres vivants, humains, mais aussi animaux d'élevage, oiseaux insectes et micro-faune ?

Nos randonnées sont maintenant devenues rares, et souvent sans intérêt autre qu'hygiénique. Triste monde que celui promotionné par le syndicat agricole "qui vous savez".

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