Le culte du profit-roi

Tout serait-il à vendre et trafiquer, même l’honneur, la dignité, la probité, le courage et la vérité? C’est souvent ce que l’on ressent douloureusement lorsque l’on observe sans illusion nos pratiques économiques contemporaines. Certes le vice continue à rendre hommage à ces cinq valeurs, puisque même les plus gredins s’en réclament hypocritement. Mais la réalité de leurs actes dément tous les jours qu’ils y attachent un prix véritable.

Tout serait-il à vendre et trafiquer, même l’honneur, la dignité, la probité, le courage et la vérité? C’est souvent ce que l’on ressent douloureusement lorsque l’on observe sans illusion nos pratiques économiques contemporaines. Certes le vice continue à rendre hommage à ces cinq valeurs, puisque même les plus gredins s’en réclament hypocritement. Mais la réalité de leurs actes dément tous les jours qu’ils y attachent un prix véritable.

Au principe de la corruption de l’esprit économique contemporain, il y a cette divinisation du profit qui le présente comme paré de toutes les vertus : il serait par définition désirable, novateur, porteur de progrès et de bien-être et, surtout, méritoire et libérateur.

Ses aspects plus noirs sont soigneusement occultés : l’égoïsme, la réduction de l’humain à ses intérêts matériels et sa marchandisation (et donc l’abandon possible de toute humanité), la justification a priori de tout comportement à son service et le mépris condescendant pour tout ce qui prétendrait y être indifférent ou s’en distinguer.

Comme tout culte, le culte du profit-roi nous enjoint de croire au caractère indépassable de son horizon, à la réalité de ses affirmations, à sa primauté. A cette fin, ses zélateurs ont construit un système de fictions qui enserrent notre quotidien dans un réseau serré d’engrenages que nous acceptons plus ou moins consciemment et auxquels nous nous soumettons plus ou moins servilement.

Jamais on a autant parlé de transparence, de bonne gouvernance et d’éthique des affaires. Jamais on a autant menti, manipulé et triché avec la complaisance, voire la collusion, de ceux qui sont en charge de la régulation et du contrôle. Cette logorrhée manifeste en creux l’immoralité caractérisant une époque.

Pour chacun de nous, le temps de la prise de conscience est venu.

Nous ne somme pas simplement les victimes de cet état de fait : nous en sommes aussi les complices, parfois même les co-auteurs, par paresse, cupidité et lâcheté.

Il nous appartient de combattre la rhétorique performative du profit-roi, de remettre le profit à sa place, de dénoncer la prolifération de ses impostures et de corriger ses excès, de retrouver les moyens intellectuels et symboliques de penser notre vie autrement qu’en la focalisant sur un veau d’or dont la triste réalité nous dévoile tous les jours le caractère trompeur et dangereux.

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