Pourquoi le, PS est-il un parti de politiciens carriéristes ?

Pourquoi le, PS est-il un parti de politiciens carriéristes ?

 Pourquoi, le PS est-il un parti de politiciens carriéristes qui s'est si bien adapté aux pratiques de la Vème République, vilipendée jusqu'en 1981 comme étant un coup d’État permanent ?

Si on reprend le parcours de nombreux dirigeants du PS actuels ou passés (premiers ministres, ministres, élus de toutes assemblées, dirigeants internes dont les premiers secrétaires, dirigeants d'organismes internationaux...), on voit qu'ils sont entrés en politiques jeunes, le plus souvent durant leurs années d'étude, couronnées ou non de succès, avant de rentrer dans la vie active. Un certain nombre ont commencé dans les petits partis d'extrême gauche. Ils y ont été formés. Quelles étaient les pratiques des directions de ces partis ? Ceux qui étaient choisis pour devenir des dirigeants, encore inexpérimentés, étaient formés aux tactiques politiciennes, aux manœuvres d'appareils, aux méthodes pour truquer les votes, bref aux diverses pratiques pour s'assurer, dans les luttes entre courants ou tendances, la direction de leurs organisations, ou la direction ou au moins une présence influente dans des associations ou des syndicats. Comme ces directions étaient souvent universitaires, il s'agissait souvent de s'emparer de la direction du plus important syndicat étudiant de gauche, l'UNEF. Par là, ils s'assuraient également la main-mise sur la mutuelle étudiante, la MNEF, qui brassait beaucoup d'argent et assurait des prébendes et des sinécures à ces militants aspirant à devenir des professionnels de la politique. Les différentes affaires de la MNEF par exemple sont encore dans toutes les mémoires du fait du rôle qu'y a joué le premier secrétaire nommé puis dernièrement élu du PS.

 

La plus grande partie de ces militants ont choisi de poursuivre une carrière politique à la fin de leur parcours universitaire réussi (les plus brillants (tout ce qui brille n'étant pas or) faisant l'ENA, porte d'entrée de la très haute fonction publique assurant une carrière à vie) ou aménagé pour ceux qui ne consacraient que peu de temps à leurs études. Les partis d'extrême gauche au sein desquels ils militaient (appelés groupuscules gauchistes : OCI, LCR, PCMLF, ...) ne permettaient pas de le faire car ils ne donnaient pas la possibilité d'intégrer des écuries politiques et ainsi d'accéder à des fonctions prestigieuses et rémunératrices. On vit donc une grande partie des ces dirigeants de groupuscules rejoindre le PS qui, lui, pouvait leur offrir l'accès à une véritable carrière politique avec le prestige social et bien sûr les revenus qui y participent. Les explications les plus couramment données pour ces reniements et les contorsions nécessaires à ces changements sont que, avec l'âge, on mûrit, on oublie ses erreurs de jeunesse et on devient raisonnable. Sous-entendu bien sûr que en étant raisonnable on obtient les sinécures espérées . C'est, disent-ils le choix de la « responsabilité de gouvernement ». Donc plus on prend de l'âge, plus on répète le discours en vigueur parmi ses pairs, les gens qui se disent raisonnables, et plus on est propulsé à des postes importants parmi ces gens raisonnables. On intègre l'oligarchie dirigeante.

Le PS s'est donc vu investi par ces experts en tactiques politiciennes, en manœuvres de couloirs, en négociations et alliances d'alcôves, en bourrage d'urnes pour les votes des congrès, en négociations de tendances pour obtenir des postes, etc... Ce qu'on peut appeler la politique politicienne. Ce sont ces experts qu'on voit aujourd'hui à la manœuvre au PS. On voit ces anciens « gauchistes » pérorer dans les ministères, dans les différentes assemblées, dans les instances du parti, à la commission européenne... Ils vivent dans le seul monde qu'ils connaissent, le monde politique. Ils sont loin de la réalité quotidienne des citoyens qu'ils sont sensés représentés (bien qu'avec les niveaux d'abstention actuels, y compris dans les votes dédiés aux seuls militants, cette représentation apparaît de plus en plus pour ce qu'elle est : une mise en scène. Le référendum de 2005 pour le traité constitutionnel européen l'a bien démontré). Ils pensent avant tout à perpétuer leurs pouvoirs, les prébendes et la position sociale qui en découlent, rester dans leur monde, le seul qu'ils connaissent. Ils manœuvrent entre eux, au service de ceux qui leur laissent jouer la comédie de la politique pendant qu'eux vaquent à leurs affaires. Dédaigneux, avec le cynisme qui les caractérisent, ils traitent de démagogues ceux qui ne jouent pas leur jeu.

 

Pour durer encore un peu, pour faire diversion face à leurs échecs, avec leur nouveau premier secrétaire emblématique, ces carriéristes avant tout voudraient nous resservir la stratégie de « la gauche plurielle » (dont Cambadélis est un des promoteurs) qui a conduit, avec Jospin, à la catastrophe qu'on a connu en 2002. Vivant dans leur monde clos et protégé, ils ne voient peut-être même pas que leur PS se meurt. Ou ils préfèrent fermer les yeux en croisant les doigts pour que ça dure encore un peu car ils arrivent à l'âge de la retraite.

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