Ma Joconde à moi

Je me demande comment, dans disons une trentaine d’années, ma fille Raphaëlle contemplera, analysera cette photo d'elle-même prise en juillet 2021.

 

Ma Joconde à moi

Je pense être allé trois fois au Louvre dans ma vie, en m’arrêtant à chaque fois devant Mona Lisa. Il n’est peut-être pas nécessaire de dire que l’émotion ressentie devant ce sourire universellement connu ne fut jamais aussi forte que celle que j’ai pu éprouver face à la “ Jeune fille à la perle ”. Je ne saurais dire pourquoi. Peut-être parce que Vermeer, lui-même, fut beaucoup plus ému par son modèle que ne le fut Vinci, que les femmes ne faisaient guère trembler.

 

Lors de ma première visite, il y a plus d’un demi siècle, le tableau de Leonardo était accroché au mur, banalement, comme les autres. Lors de mes deux autres visites, il était désormais sous verre. D’après ce que j’en vois, il est aujourd’hui bizarrement mis en valeur. Derrière une rambarde sans intérêt où l’on peut poser son sac à main ou à dos, il est flanqué d’une sorte de table épaisse sans pieds. Ce qui n’empêche pas les bouffonneries.

 

Ma Joconde à moi

Ma Joconde à moi

En tant normal, une foule nombreuse se presse devant le chef-d’œuvre.

Ma Joconde à moi

Mais, justement, nous ne sommes plus en temps normal et nous risquons de ne pas l’être de sitôt. Quand, il y a quelque jours, Raphaëlle s’est présentée devant Mona Lisa, il n'y avait pas grand monde. Les responsables du Louvre n’étaient pas accablés par les problèmes de jauge. Si Vinci peut être considéré comme un étalon fiable de l’attractivité touristique de Paris, on ne frôle pas la catastrophe, on y a plongé.

 

Mais ce qui me chagrine le plus, c’est que ma fille a posé masquée. Point de mise en abyme possible. L’humanité n’a désormais plus de visage, et elle a bien du mal à avancer et à exprimer quoi que ce soit. Ça tombe bien. Des gens sans visage et sans parole. Un rêve pour tous les dirigeants.

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