L’Europe aux mains de gens qui n’ont pas d’enfant

 

 

Trouvé sur Facebook et signé Danielle Lapierre :

« Un terrible constat 
- Emmanuel Macron, le président français, n’a pas d’enfant.

- La chancelière allemande Angela Merkel n’a pas d’enfant.

- Le Premier ministre britannique Theresa May n’a pas d’enfant.

- Le Premier ministre italien Paolo Gentiloni n’a pas d’enfant.

- Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte n’a pas d’enfant.

- Le Premier ministre suédois Stefan Löfven n’a pas d’enfant.

- Le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel n’a pas d’enfant.

- Le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon n’a pas d’enfant.

- Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker n’a pas d’enfant.

Donc, l’avenir de l’Europe est confié à des gens qui n’ont pas d’enfant ! Ils ont donc une vision à COURT TERME et se foutent COMPLÈTEMENT de l’avenir de NOS enfants ».

Je relève une petite erreur : Juncker a une fille, surnommée « La Biture ». Aimante et dévouée, elle ne le quitte pas.

Théophraste R. (Père de famille et donc « aventurier des temps moderne » selon Péguy).

Source (miraculeuse)

 

PS : une amie quinquagénaire sans enfants me reproche ce texte. Elle n'admet pas qu'on puisse insinuer qu'une femme sans enfants est dénuée d'empathie. Elle ajoute qu'une femme sans enfants peut, tout autant qu'une autre, apporter une contribution valable à l'humanité. Pleinement d'accord avec elle, je lui ai répondu ce qui suit :

 

 

Ce texte n'est pas de moi mais je l'ai repris parce qu'il pose un problème politique. Je passe sur le fait qu'un billet de blog n'est pas une thèse de 500 pages, qu'on fait court, qu'on simplifie, qu'on provoque.

 

Il ne me semble pas utile de s'attarder sur un point de vue moral. Il y a des gens sans enfants qui sont très sensibles et il y a des gens bourrés d'enfants qui se fichent des autres, à commencer de leurs propres enfants.

 

Ce texte nous dit que le capitalisme financier et ses serviteurs sont dans le court terme. Les fortunes ne se transmettent plus, ou si peu. Le destin de toute propriété est de se multiplier de manière transnationale. Une usine n'est plus une usine mais un paquet d'actions. Un travailleur n'est plus un travailleur mais un pion dont le destin peut se décider à 10 000 kilomètres de lui. L'objectif premier du chef de l'Etat français n'est pas de transmettre à ses successeurs une France qu'il aurait embellie mais d'augmenter son cours en bourse.

 

Certes, Macron aurait certainement été tout autant dénué de compassion dans son jupéterisme puéril s'il avait eu des enfants. Mais les conditions de l'exercice du pouvoir – et aussi de son accession – ont beaucoup changé depuis 50 ans. Ce n'est pas un hasard si beaucoup de grands responsables n'ont pas d'enfants. Ce texte n'évoque pas le rapport de ces responsables à leurs propres parents (dans le cas de Macron, ce n'est pas triste). Pour gouverner de manière non démocratique et arrogante, il faut faire fi des réalités, de la solidarité. Avoir des gosses signifie qu'on se coltine 30 fois par jour avec le réel. Les gosses obligent à relativiser, à voir plus loin que le bout de son nez. Or un dirigeant d'aujourd'hui a raison de toute façon, et il ne s'arrêtera que quand il aura fini de privatiser l'air pur, sans jamais se décentrer. Dans le cas de Macron, le fait qu'il ait une famille et une belle-famille complètement déglingos, hors normes, lui rend beaucoup plus facile une posture hors sol, un discours où un chat n'est jamais appelé un chat.

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