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Billet de blog 4 juillet 2014

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Bob Dylan, 1961-1971. La révolte sans la révolution (12)

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Lorsqu’en 1960 John Kennedy parvient au pouvoir, la jeunesse estudiantine le soutient dans sa majorité. Mais quand, en 1961, il tente en vain d’investir Cuba, la confiance reflue. Un parti étudiant (Students for a Democratic Society) naît en 1964, principalement en opposition à la guerre du Vietnam. Il comptera jusqu’à 100 000 adhérents en 1968. Bien que non marxiste, ce parti suscite l’inquiétude des pouvoirs publics. Pour assagir cette jeunesse contestataire et pour satisfaire aux demandes du mouvement du pasteur Martin Luther King, l’administration démocrate propose plusieurs lois-cadres en faveur des Noirs. À cette politique jugée paternaliste, le monde des campus répond par un durcissement dans la radicalisation. Encouragé par le Student Nonviolent Coordinating Comittee (comité de coordination non violent des étudiants, un des principaux organismes du mouvement des droits civiques afro-américains), le SDS se détourne de ses préoccupations plutôt corporatistes et porte la lutte au plan social et politique. Dès lors, la contestation gagne en vigueur ce qu’elle perd peut-être en cohérence. Le SNCC accepte le principe de l’action violente (voir les émeutes du Watts à Los Angeles, 34 morts, 1 000 blessés), expulse les quelques militants blancs de son sein. Acculés à l’extrémisme, ceux-ci politisent davantage leur lutte, prennent nettement position contre la guerre du Vietnam (le principe de conscription fait que tout étudiant peut être enrôlé) et contre l’impérialisme en général, tout en dénonçant les liens qui unissent

l’université (Berkeley en particulier) au Pentagone.

Le point de non-retour est franchi. Le libéralisme est mort. Ces étudiants se détournent du rock qu’ils jugent trop fabriqué et trop lié à des intérêts commerciaux. Ils lui préfèrent des genres plus traditionnels, plus établis dans la conscience collective du pays : le country and western et la folk song. Cette démarche est dictée par des préoccupations de dépouillement esthétique et de purisme idéologique. Ces deux genres ne sont pas chantournés. La forme est simple et le message direct.

Le show business apprécia le retour en force du country and western. N’exprimait-il pas en profondeur la mentalité de l’Amérique des pionniers, son individualisme farouche, son goût pour une morale austère, son esprit de la frontière ? Quant à la folk song, le show business saurait en avaliser l’impact idéologique, ce genre exprimant une vision du monde non conformiste et généreuse, parfaitement analysable et assimilable par la critique. Dans un premier temps, “ Blowing in the Wind ” choquera par sa virulence. Dans un second temps, les mass medias transformeront sa philosophie contestataire et utopique en philosophie oppositionnelle. À la gauche chantante étasunienne, on offrira même un festival rituel parce qu’annuel (Newport). Ainsi l’opposition estudiantine de gauche, vécue en termes d’esthétisme, ne pourra plus envisager qu’une action politique non violente et cadrée par les maîtres du show business.

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