Promenade Léa et Napoléon Bullukian, Lyon

Á Lyon, on compte une rue Laennec où l’on trouve, on ne s’en étonnera point, divers bâtiments à vocation médicale.

 

Soudain, la rue s’interrompt et s’appelle Promenade Léa et Napoléon Bullukian. Mais, me demandai-je, qui est donc cet Arménien improbable au prénom corse et néanmoins glorieux ?

 

Il s’agit d’un de ces immigrés qui ont beaucoup apporté à notre pays.

 

Il est né en 1905 en Turquie, au sein d’une forte minorité arménienne. Lors du génocide arménien de 1915, ses parents sont tués. Il est déporté et vendu comme esclave à un chef de tribu kurde. En 1919, après la défaite de l'Empire Ottoman, lors de l’arrivée des troupes alliées, il s'échappe. Il est recueilli dans un orphelinat créé par les Étasuniens puis s’embarque pour la France.

 

Il arrive à Marseille en 1923. Il travaille comme maçon et crée sa propre entreprise de bâtiment. Il est naturalisé françaisen 1928.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe à la Résistance dans le réseau Le Coq Enchaîné fondé en 1941 par le médecin socialiste Jean Fousseret.

 

Après la guerre, il développe son entreprise de bâtiment, la coopérative Le Roc. Il entre pour un tiers dans le capital de la société Astra de Bouchage et de Surbouchage Plastiques Astra Plastiques spécialisée dans la fabrication du Bouchon Tritop pour les vins (Brevet Chelle), de capsules aluminium Astra. Devenu l'actionnaire principal d'Astra il construit une usine à Saint-Georges-de-Reinens pour suivre et amplifier la fabrication des bouchons plastiques pour les eaux minérales, les huiles, les cosmétiques, les parfums. Il y fait fabriquer, à ses frais, des prototypes de cœurs artificiels pour le Professeur Marion. Il s'est associé à François de Grossouvre (l’« homme de l’ombre » de Mitterrand) pour l'embouteillage du Coca-Cola et devient le parrain de son fils Henri.

 

Veuf et sans enfant, il fait, en 1983, de la Fondation de France sa légataire universelle, pour créer la Fondation Léa et Napoléon Bullukian qui a pour vocation d’encourager la recherche médicale et en particulier la lutte contre le cancer, de participer aux œuvres sociales arméniennes et d’encourager la création contemporaine. La fondation a son siège place Bellecour à Lyon.

 

Napoléon Bullukian décède en 1984, il est inhumé auprès de son épouse au cimetière de Champagne-au-Mont-d'Or.

 

Il a raconté sa vie dans : De l'Ararat à Napoléon, La Pensée Universelle, 1975.

 

Promenade Léa et Napoléon Bullukian, Lyon

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