Ne me parlez plus d’écriture inclusive ! Ses adeptes – des présidents d’université en toute illégalité, par exemple – voient dans cette écorchure de la langue française une Sierra Maestra qui les dédouanent de leurs trahisons d’élus de gauche pratiquant des politiques de droite.
Le mot “ inclusif ” est désormais partout. Est inclusif ce qui contient en soi quelque chose d’autre. En théorie, une pratique inclusive n’exclut personne. Le vrai dessein de la pratique inclusive est – bien sûr et pourquoi pas ? – de donner plus de place au féminin. Une championne de football étasunienne proclame : « We have to be better », cela est traduit en français par « Nous devons être meilleur.e.s ». Nous emmerde, la langue anglaise avec ses adjectifs qui ne portent pas les marques du genre et du pluriel.
Bien sûr, “ inclusif ” est un anglicisme. En français, il n’est pas le contraire exact d’“ exclusif ” qui signifie tout bêtement “ qui n’exclut personne ”. On parlera de société inclusive en cachant pudiquement les rapports de force et de classe à l’intérieur de cette société. Le sens XXIe siècle de l’adjectif inclusif découle de l’anglais inclusive, dont exclusive est l’antonyme. Seulement, en français, exclusif, appliqué aux personnes, signifie absolu : “ un amour exclusif ”.
L’écriture inclusive consiste à afficher dans un texte la marque du féminin dès lors que les deux sexes sont impliqués. Avec parfois des problèmes insolubles. Doit-on dire « un girafe » lorsque la girafe est du sexe masculin ? Doit-on dire « un sentinel » ou « un sentinelle » lorsque c’est un homme qui monte la garde ? On dira « une tête chercheuse » mais « une chercheur.e ». On dira « une actrice » mais « une auteure ». Et on sera bien obligé de constater que l’inclusif ne s’applique qu’aux métiers nobles : on parlera d’une ouvrière fraiseuse et non fraiseure, d’une tueuse en série mais d’une sculpteure. On écrira que l’ingénieure est ingénieuse. Et on verra sur des cartons d’invitation : « Tou∙te∙s les cultivateur.rice∙s, les ambassadeur.rice.s et les camarade.s sont invité∙e∙s au pot de fin d’année ». Á noter qu’on le lira mais qu’on ne le dira pas à l’oral.
En quoi la démarche inclusive est-elle de droite ? Tout simplement parce que, d’un point de vue sociétal, elle n’intègre pas en annulant les différences, en rendant égaux, ceux qui avait été exclus (les Noirs en Afrique du Sud). Elle pose l’autre comme différent, puis comme semblable, alors qu’il ne l’est pas. Finalement, elle stigmatise. La chercheure ne sera jamais « un chercheur » parce qu’elle est d’abord une femme. L’inclusif renvoie donc la victime à sa condition de victime.
En 2019, j’avais repéré cette annonce :
« Le fonds régional recrute son/sa futur(e) directeur/rice … la directrice/le directeur a la responsabilité … le/a candidat.e pré-sélectionné.e. sera … il/elle sera doté(e) … le/la candidat.e est invité.e à consulter … les candidat.e.s présélectionnés seront invité.e.s … »
J’avais réagi vertement :
« Le problème, qui est toujours le même, c’est que le rédacteur (la rédacteure ?) a été incapable d’écrire correctement dans son propre idiome imbécile. C’est très dur de faire du vélo avec une seule jambe. C’est fatiguant, on finit par lâcher prise. Il faut redoubler de vigilance quand on décide d’écrire en chinois alors qu’on ne connaît pas le chinois. C’est un métier que d’être maso et de s’infliger un silice langagier.
Outre le fait qu’il (ou elle ?) viole la langue française en utilisant l’anglicisme désormais archi rebattu («vous aurez à initier une coopération »), le rédacteur (la rédactrice ?) de cette annonce ne tient pas sa route de zélote de l’inclusivité. On citera « la responsabilité du chef d’entreprise », « le/a candidat.e. sera un cadre supérieur », « les candidats.e.s [présenteront] les moyens qu’ils entendent mettre en œuvre », «information des candidats pré-sélectionnés (sic) », « la note de présentation des candidats », « le jury sera composé ”…] d’un représentant d’Amiens ».