Souffrance et pétage de plombs

 

Ce qui suit peut, évidemment, laisser pantois. Cette lettre d'un étudiant (que je reprends sans corrections) a été reçue par une universitaire française. On peut penser qu'elle a été écrite de manière impulsive – quoique réchauffée – dans une dynamique de groupe, après quelques joints. Mais, après tout, on s'en fiche. Nous sommes en présence d'un texte ordurier, diffamatoire et rédigée dans un français indigne d'un étudiant de quatrième année dont le niveau est dans la moyenne par rapport à celui de ses congénères.

 

Vu le contexte économique, politique et, naturellement, sanitaire, cet étudiant, comme la quasi totalité des Français, est en souffrance. Et il trouve chez une enseignante qui fut pour lui bienveillante, qui l’aida à avancer dans cette période difficile, un exutoire à un échec dont il est largement responsable. Il se trompe d’ennemi.

 

Sa prose est incohérente, déstructurée, écrite sur un coin de table et « envoyée de son iPhone ». Ce qui est tellement moderne, n’est-ce pas ? Je ne suis pas certain que ce jeune homme aurait rédigé la même horreur si son enseignante avait été un enseignant.

 

 

Madame, 

 

Après près d’un an je réponds enfin à votre mail, qui aujourd’hui me surprend encore par sa bienveillance, et par le reflet de la condescendance dont vous faites preuve. 

 

Saviez vous que lorsque je ne me « donnais pas la peine » d’aller en cours, je travaillais. Mais oui vous le saviez, car nous en avions parlé en début d’année. Mais non vous me direz, c’est la parole d’un « prof » contre celle d’un étudiant. 

 

Oui, en étant étudiant, et sans revenus, et sans parents pour nous aider, nous devons travailler, parfois jour et nuit, afin de pouvoir se sustenter, se loger, ou avoir une simple connexion internet nous permettant d’avoir accès aux déversement de frustrations reçus par mail de la prof du corps universitaire par exemple. Le travail au smic, le terrain, la difficulté salariale, vous connaissez, du haut de votre tour de recherche? 

 

À la suite de votre mail, j’ai évidemment perdu mon stage. Stage pour lequel j’ai du démissionné de mes postes de vendeurs et barman (qui me permettaient de vivre, n’oublions pas qu’un étudiant master ne travaille pas 30h/semaine pour le plaisir.)

Et suite à cela.. le covid19. J’ai, à cause de vos déversement de frustrations et votre incompétence à faire preuve d’un minimum d’empathie pour vos élèves (toujours un comble pour un prof de psycho... non?)

 

A cause de vous madame, j’ai tout perdu, j’ai du abandonner travail pour un stage qui m’a été sucré à cause de votre réaction démesurément non-professionnelle, j’ai perdu une année de fac, j’ai perdu emplois, revenus, argent, puis appartement, santé, et à la limite de la dignité. 

 

Madame, je vous tiens donc personnellement responsable de la situation que j’ai vu ce pendant plus d’un an. J’ai été dans la rue, j’ai du faire des choses qu’une personne ne devrait pas faire pour devoir manger et avoir un toit sur la tete. Et ce pourquoi? A cause de ce « fameux » mail.

 

J’ai abandonné un rêve pour suivre initialement cette formation, et vous avez transformé cela en cauchemar.

 

Je vous apprendrai aussi, qu’insinuer à mon maître de stage, des choses fausses comme vous l avez certifié, s’appelle déjà la diffamation et cela s’appelle aussi discréditer. Ces deux actions étant pénalement et sévèrement punies

 

Ces échanges seront bien évidemment suivis à tous les syndicats étudiants qui se feront un plaisir de rétablir justice et d’assurer un environnement safe et sécurisant pour tout éleve. Ce mail suivra aussi l’administration du mirail, des médias comme la dépêche, et autre support se régalant de ce genre d’histoires, qui auraient plus le mérite de passer dans une presse people, que dans un campus universitaire, je l’entends.

 

A cause d’énergumènes comme vous, des milliers d’étudiants baissent les bras, tournent le dos à l’enseignement, s’immolent, se prostituent, se suicident et j’en passe, pour réussir à garder la tête hors de l’eau. 

 

Je m’assurerai personnellement que tout le monde soit au courant de ce que vous avez faits, au même titre que vous vous êtes assuré que mon avenir universitaire s’arrête à reception de vos mots pestilentiels. 

 

Vous avez ruiné ma vie, et le peu d’amour propre qu’il me restait, car encore après un an, je porte les cicatrices de vos actions. 

 

Je ne vous remercie pas, et espère sincèrement que vous paierez le prix de vos actes. 

 

Envoyé de mon iPhone

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